France : un peu d’humanitaire dans l’élection présidentielle !

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Les questions internationales et plus encore les problématiques humanitaires sont absentes de la campagne présidentielle française et ce alors qu’il est indispensable que le futur président de la France s’empare de ces problématiques qu’il aura à gérer dès le début de son mandat…

Cet oubli est particulièrement préoccupant puisque l’actualité étrangère nous rappelle quotidiennement les conséquences humaines dramatiques des catastrophes naturelles et des conflits.

Au Sahel, au-delà de l’insécurité et de l’instabilité grandissante au Mali, c’est l’ensemble de la région qui fait face à un risque de famine. Selon la FAO plus de 16 millions de personnes sont menacées[1].

En Syrie, selon la mission d’évaluation du gouvernement à laquelle se sont joint les agences de l’ONU et l’Organisation de Coopération Islamique, plus d’un million de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence qui reste pour le moment bloquée par Damas.

La hausse notable du nombre de catastrophes naturelles et de conflits internes touche toujours plus durement les populations, érode les acquis du développement et laisse les plus vulnérables en situation de grande dépendance.

Au-delà d’une préoccupation politique nécessaire quant à ces situations de crises aux conséquences humanitaires graves, il faut que les candidats à l’élection présidentielle française n’oublient pas leur nécessaire devoir d’humanité. Coordination SUD souhaite attirer l’attention des candidats sur plusieurs points.

Tout d’abord, Il faut cesser de détourner le mot « humanitaire » à des fins politique ou militaire.La France, en signant le Consensus Européen Humanitaire,s’est engagée à ce que toute action humanitaire menée ou financée par le gouvernement français soit basée sur les besoins des populations et respecte les principes humanitaires d’impartialité, d’indépendance, de neutralité et de non discrimination.C’est le respect et la défense de ces principes, dès le début au cœur de l’action des « French Doctors », qui a contribué à la reconnaissance de l’humanitaire français à travers le monde.

Les décideurs de la politique étrangère de notre pays doivent donc  garder ces principes à l’esprit afin d’éviter la politisation croissante de l’humanitaire à laquelle nous faisons face, comme l’illustrent les exemples afghans, libyens ou syriens. Cela est essentiel et indispensable à notre action puisque pour pouvoir réellement soulager les souffrances des personnes dans le besoin, les ONG humanitaires doivent avoir accès à ces populations et donc être reconnues comme neutres et indépendantes par tous. C’est cette indépendance qui nous permet d’aller sur les terrains les plus difficiles et d’être acceptés pour ce que nous sommes par tous les acteurs présents. Toute utilisation à des fins politiques ou militaires de la logique et de la qualification d’humanitaire est donc, in fine, nuisible à nos actions et à notre engagement.

Ensuite, il est nécessaire que la France renforce son engagement financier dédié à l’aide humanitaire. En effet, en plus de ne pas respecter ses engagements en terme d’aide publique au développement[2], la France ne consacre que 2,2 % de son APD à l’action humanitaire. Le Royaume-Uni y consacre  10,49%.  Il est indispensable d’augmenter les Fond d’Urgence Humanitaire et d’augmenter la part qui transite par les ONG.

Enfin, pour renforcer l’impact de notre présence sur le terrain auprès des plus vulnérables, il est important que la France investisse dans la prévention, la préparation et la réduction des risques, mais également dans la reconstruction et fasse ainsi le lien entre l’urgence et le développement. En effet,anticiper, prévoir et prévenir les futures crises est un des moyens les plus efficaces de réduire le nombre de victimes lors de catastrophes. Une approche proactive aurait permis de préserver la vie de près de 100.000 personnes dont la moitié d’enfants lors de la famine de 2011 dans la Corne de l’Afrique[3] . Cette approche de prévention des risques est également nécessaire sur le long terme afin de prévenir les futures catastrophes telle la sécheresse dans le Sahel, le tremblement de terre en Haïti ou les inondations au Pakistan.

Les hommes politiques français sont conscients de l’importance de l’humanitaire français. Ainsi Alain Juppé, le 16 novembre dernier,disait que « l’engagement humanitaire est au cœur de la vocation universelle de la France »[4]. Pierre Moscovici affirmait le 26 juillet que « le professionnalisme de nos urgentistes (humanitaires) n’est plus à démontrer »[5]. Les organisations humanitaires françaises voudraient maintenant que les candidats mettent leur discours en pratique à travers des engagements forts en faveur d’une action humanitaire française efficace et indépendante.

Politique de coopération au développement : Quels engagements des candidats ?

 

[1]FAO, 29 mars 2012,”Executive Brief, the Sahel crisis, 2012”.http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/sahel/docs/EXECUTIVE%20BRIEF%20TCE%2029%20March.pdf
[2]Coordination SUD, Elections 2012. Propositions pour un quinquennat de développement durable et solidaire, mars 2012.
[3]A Dangerous Delay: The cost of late response to early warnings in the 2011 drought in the Horn of Africa, Oxfam, Save the Children, 18 janvier 2012
[4] Actes de la Conférence Nationale Humanitaire, Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, 16 novembre 2011.
[5] « La Somalie, loin du cœur ? Que la France tienne ses engagements », tribune  du 26 juillet 2011 de Pierre Moscovici et SafiaOtokoré.

 

Sandrine Chopin

Sandrine Chopin

Sandrine Chopin est vice-présidente de Coordination SUD.

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