La solidarité internationale et l’essor des nouvelles technologies – le cas des communications mobiles

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Les TIC appliquées à la solidarité internationale :
une (R)Évolution pour un échange à double sens

telephonie mobile et solidarite internationale
© Myriam Ait Aissa

Les nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (communications mobiles, internet, réseaux satellitaires, etc.), communément dénommées TIC, changent le fonctionnement de notre société. Si leur rôle dans le renforcement du réseautage social au niveau global n’est plus à démontrer, depuis une dizaine d’années, les TIC font l’objet d’un fort engouement par les acteurs de l’aide internationale.

Facilitant une meilleure diffusion de l’information, acteurs nationaux, gouvernements, organisations de la société civile dans la prévention et la gestion des crises, chocs, désastres humanitaires se penchent de plus en plus sur le haut potentiel que représentent les TIC dans l’amélioration de l’efficacité de l’aide.

Ces nouvelles technologies ont en outre le potentiel de positionner les communautés au cœur de l’action de solidarité internationale (1) de façon proactive et non plus seulement comme des récipiendaires d’aide (2).

Ces dernières années, de nombreux efforts ont été faits afin d’intégrer les TIC dans la préparation et la réponse humanitaire. Cet article vise à faire un état des lieux des initiatives d’introduction de communications mobiles dans les programmes techniques humanitaires tout en suggérant certains points de vigilance quant à leur utilisation.

Plusieurs tendances fortes émergent quant à l’utilisation d’outils technologiques dans les opérations de solidarité internationale, s’intensifiant ces dernières années à l’ère du digital : on observe une forte augmentation de l’accès aux systèmes d’information, aux technologies mobiles en particulier (en partie due à une diminution des coûts de ces dispositifs), une connectivité accrue, une augmentation de la disponibilité de technologies en open-source et de fait une utilisation des technologies facilitée (3).

Cependant, selon le consultant humanitaire Paul Currion, nous ne sommes pas forcément prêts aux conséquences que cela engendre sur les populations affectées (4). Les TIC permettent, en soutenant ou en facilitant les innovations locales, de connecter les communautés disparates. Alors que les communautés affectées ont davantage de possibilités de s’organiser, de se coordonner et de répondre à leurs propres problèmes avec les technologies, d’après ITU World Telecommunications (5), il y a désormais près de sept milliards de souscriptions de ligne de téléphones mobiles et presque autant d’abonnements que de personnes sur terre. Le rapport « L’économie mobile » (6) de GSMA (Groupe Speciale Mobile Association qui représente 850 opérateurs de téléphonie mobile à travers 218 pays), publié en février 2013, estime que le nombre réel d’abonnés mobiles individuels (définis comme les uniques utilisateurs ayant souscrit aux services mobiles) a atteint 3,4 milliards au cours de la même année.

Même si les 3,6 milliards d’individus qui n’ont pas accès aux nouvelles technologies se concentrent dans les pays en développement, l’accès à la téléphonie mobile se démocratise peu à peu sous l’impulsion des opérateurs téléphoniques à la conquête de nouveaux marchés mais grâce aussi à la baisse du coût de la technologie. Il est cependant important de garder à l’esprit que de nombreuses zones d’intervention humanitaire sont encore peu couvertes en réseaux et infrastructures de téléphonie mobile ou internet. Le manque d’infrastructures, de rentabilité économique et de stabilité freine certains opérateurs à investir dans ces zones.

Les outils des nouvelles technologies ont le potentiel d’améliorer l’efficacité de l’action de solidarité internationale permettant de mieux détecter et anticiper les crises et d’augmenter la rapidité et l’efficacité de réponse à une plus grande échelle.

Dans la gestion et la préparation des urgences, les outils de collecte de données numériques peuvent permettre de mieux s’adapter aux situations de crises. À titre d’exemples :

  • Aux Philippines, le gouvernement a utilisé en décembre 2012 les réseaux sociaux pour informer la population de se préparer à l’arrivée du typhon Pablo en utilisant des cartes de crise interactives sur les réseaux sociaux pour localiser les abris et coordonner les efforts d’assistance.

  • Un site web issu d’un projet de surveillance multisectorielle en République Centrafricaine financé par ECHO et ACF depuis février 2013 permet de partager en continu et avec tous de l’information disponible, en utilisant l’outil ODK (Open Data Kit) (7) de collecte de données. Ainsi, un réseau de plusieurs partenaires humanitaires (ONG internationales et agence onusienne) coordonne et met en œuvre un suivi des prix mensuel d’une sélection de denrées de base sur les marchés centrafricains.

Certains secteurs sont déjà particulièrement investis dans le test et l’utilisation des TIC afin d’améliorer la réponse de l’aide humanitaire :

  • Les programmes de soins et de santé m-health (8) sont majoritairement liés à des programmes du secteur santé et plus récemment de nutrition/santé. Par exemple, il existe des initiatives intégrant la téléphonie mobile qui peuvent améliorer la prise en charge des maladies (9) et l’observance des traitements (10), avoir un impact sur la fréquentation des centres de santé éloignés des villes (11), ou délivrer l’obtention de recommandations médicales par le biais de services vocaux ou de SMS (pratiques alimentaires (12), rappels afin de se rendre en centre de santé (13)). Les mobiles ou les systèmes d’applications renforcent également la collecte des données ainsi que le suivi et l’évaluation des programmes (14).

  • Les programmes de cash transfer (transferts monétaires) sont souvent liés à des programmes d’assistance alimentaire ou de réponse à un désastre. Les systèmes de transfert monétaire peuvent répondre aux besoins des populations de façon flexible et rapide en réduisant les possibilités de corruption ou de détournement (15). Ils peuvent par exemple, par le biais des SMS dans le cadre de programmes de sécurité alimentaire, permettre la distribution d’argent par mobile ou la délivrance de conseils ou d’informations clés pour les populations telles que les distributions de semences (16).

    Il existe également des programmes qui utilisent les données cellulaires (localisation, identité, durée des appels) pour, entre autres (17), améliorer la réponse aux désastres (18), par exemple lors de recherche et d’identification des personnes à travers la signature digitale (carte SIM des téléphones mobiles) lors de désastres. On peut également citer l’utilisation des SMS dans les cas de désastres naturels comme systèmes d’alertes précoces ou encore pour le suivi de distribution de produits. Cependant, la convergence entre les besoins liés à l’action de solidarité internationale et la capacité des nouvelles technologies à y répondre est encore sujette à débats.

De manière plus générale, les TIC peuvent aussi dans le secteur de l’humanitaire, offrir de nouvelles plateformes pour la formation à l’emploi ou pour sensibiliser l’opinion publique et lever des fonds (19).

Renforcer l’action de solidarité internationale centrée sur une approche communautaire ?

Les nouvelles technologies sont de plus en plus utilisées pour par les acteurs de la solidarité internationale, puisqu’elles permettent d’obtenir, de partager et de générer un grand nombre d’informations en temps réel, lorsque les technologies sont disponibles et les infrastructures fonctionnelles (couverture GSM, internet, réseaux électriques).

Un nombre croissant d’organisations humanitaires adopte désormais des technologies mobiles et/ou géospatiales comme les Smartphones ou des appareils mobiles dédiés à la collecte digitale des données, afin de récolter des données, de la part de tous, dans plusieurs formats et de les référencer sur divers supports. Cela représente un potentiel de développement, car dans le futur, chacun pourrait être amené à participer à la réponse des acteurs de la solidarité internationale, qui a notamment pour conséquence la responsabilisation des communautés (20) (empowerment).

Cependant, même si cette nouvelle façon de travailler constitue un changement important dans le domaine de l’assistance humanitaire, les possibilités de traitement et de suivi des données récoltées sur le terrain permises par les nouvelles technologies représentent un gain de temps non négligeable pour les humanitaires et peuvent impacter positivement leur sécurité. Les nouvelles technologies offrent également de nouvelles sources d’information avec davantage d’acteurs investis, elles devraient donc permettre d’améliorer la transparence de l’aide (21).

Des challenges à relever et des limites perceptibles

Les innovations technologiques font évoluer les opérations de solidarité internationale et peuvent continuer à les transformer, si elles sont adaptées aux besoins des populations et si leur utilisation remplit des critères d’exploitation possibles. Elles représentent un potentiel considérable pour améliorer l’efficacité de l’intervention humanitaire. Cependant, elles présentent aussi des inconvénients ou des risques qui sont rarement perçus.

Tout d’abord, la disponibilité et la stabilité des diverses infrastructures constituent un défi important dans de nombreux pays. Le coût financier que certaines innovations technologiques exigent lorsqu’elles doivent être distribuées sur de grandes échelles, sur le terrain, peut s’avérer très élevé.  Par ailleurs, le manque de certaines compétences humaines incluant celles des travailleurs humanitaires peut représenter un frein à leur utilisation puisqu’elles impliquent un changement de méthode de travail qui n’est pas toujours bien appréhendé par les équipes.

Enfin, sans réflexion à ce sujet, ils peuvent avoir un impact sur l’application des principes humanitaires : « On part souvent de l’hypothèse que les technologies améliorent l’efficacité et la transparence de l’aide humanitaire, mais ce n’est pas forcément le cas si l’accès aux technologies n’est pas le même partout et pour tout le monde, si les agents humanitaires ne sont plus en contact direct avec la population (…) et si les nouveaux acteurs ne sont pas fermement attachés aux principes humanitaires » (22).

De plus, on retrouve des inégalités d’accès aux technologies au niveau du pays, du genre, du revenu, et des différences entre villes et campagnes. Une étude (23) de 2013 de la GSMA et de la Fondation pour les Femmes Cherie Blair sur l’écart de la possession d’un téléphone mobile au niveau du genre, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, indique qu’une femme est 21% moins susceptible de posséder un téléphone mobile, et qu’il y a 300 millions de femmes abonnées de moins que d’hommes abonnés.

Malgré un fort taux de pénétration du mobile ces dernières années au niveau global, le taux de pénétration de nombreux pays d’intervention humanitaire peut s’avérer encore très faible. Les niveaux d’éducation ont aussi un impact sur la possession d’un mobile, et le principal frein à son obtention est le coût des communications.

Parmi les problèmes relatés par les spécialistes sceptiques quant aux nouvelles technologies figure la crainte que les innovations digitales ne viennent remplacer les moyens de communication traditionnels, alors qu’ils ne sont pas forcément adaptés aux contextes dans lesquels se trouvent les communautés (24).

Les populations affectées peuvent compter de nombreux groupes qui ne sont pas des habitués des nouvelles technologies et qui ne possèdent pas toujours une culture digitale ou peuvent rejeter l’idée de se tourner vers des outils technologiques. Autre obstacle important, les conséquences entraînées par les nouvelles technologies les plus complexes à gérer correspondent à la véracité et l’exactitude des données transmises.

Selon OCHA, les « nouvelles sources d’informations ne sont pas moins représentatives ou fiables » que les sources d’informations traditionnelles. Toute information présente un risque de déformation lors de sa transmission, et il y a peu de mesures pour s’assurer de la qualité des données transmises, notamment celles transmises par les populations.

Une des problématiques majeures est le volume de données (Big Data) non authentifiées produites par les communautés affectées elles-mêmes se mobilisant plus rapidement que jamais par le biais des nouvelles technologies et du web. Les données produites peuvent également ne pas être accessibles à tous, car il peut y avoir un problème de lecture dû à la spécificité d’un format, ou si elle n’est pas partagée auprès de toutes les personnes concernées (25).

Le rapport de l’ONG Privacy International Aiding Surveillance, publié en 2013, indique que les programmes et technologies impliquant le transfert de données peuvent également facilement être utilisés à des fins de surveillance d’individus, de communautés ou de populations entières. La collecte et l’utilisation des renseignements personnels dans ces initiatives de développement et d’aide sont sans précédent et sous réserve de quelques garanties juridiques.

Si le système n’est pas bien sécurisé, le rapport démontre que les organismes d’aide internationale et les bailleurs de fonds, en se précipitant pour adopter de nouvelles technologies facilitant la surveillance, peuvent créer des systèmes qui constituent « de graves menaces pour les droits fondamentaux des individus, en particulier leur droit à la vie privée » (26).

Par ailleurs, l’utilisation des nouvelles technologies est soumise à de nombreux risques inhérents à une utilisation détournée ou malveillante (27) telles que les cyber-attaques ou l’utilisation de drones, ces derniers étant de plus en plus utilisés dans un grand nombre de secteurs, y compris dans l’humanitaire.

Ainsi, cette utilisation accrue des nouvelles technologies ne peut se faire sans une définition préalable des systèmes de protection des données qui ne sont pas suffisamment performants et/ou utilisés. Des acteurs publics de certains pays remettent en question ou s’opposent à l’utilisation de certains outils des technologies d’information et de communication en raison de leur crainte vis-à-vis de fraudes, de failles de sécurité ou d’atteinte à la vie privée (Royaume-Uni, Allemagne, Israël par exemple) (28).

Peu à peu, une dépendance aux nouvelles technologies peut se créer sans que nous ayons des infrastructures technologiques suffisamment performantes, alors même que ces dernières sont détenues (hors partenariats public-privé) par le secteur privé, qui n’a pas les mêmes principes fondamentaux que les organisations d’aide internationale ni les mêmes rythmes de développement puisque certains opérateurs privés ne souhaitent pas forcément investir dans des zones peu peuplées ou peuplées d’habitants en situation de précarité.

Quelles normes éthiques proposer ?

Des cadres éthiques font leur apparition depuis les années 1990, au moment de la création du Projet Sphère, initiative à but non lucratif rassemblant des agences humanitaires autour de l’amélioration de la qualité de l’aide humanitaire ainsi que la redevabilité des acteurs humanitaires vis-à-vis de tous. Face à un manque de normes existantes sur l’utilisation des nouvelles technologies dans l’humanitaire et le développement, des cadres éthiques et du respect de la vie privée sont désormais proposés par certaines organisations et de plus en plus sont ceux qui manifestent un intérêt pour plus d’éthique.

La déclaration de Montreux de 2005 lors de la 27e Conférence Internationale des commissaires à la protection des données et à la vie privée a énoncé le besoin de principes internationaux, essentiels à mettre en place ; il s’agit ensuite de « mener une action normative » en élaborant un code éthique, en menant une étude sur la neutralité des réseaux et en faisant connaître l’info-éthique des réglementations et normes internationales ; enfin, en favorisant l’éducation du public concernant notamment l’utilisation des nouvelles technologies et son devoir de respect des droits de l’Homme.

C’est d’abord l’UNESCO qui a réalisé une étude sur les implications éthiques des nouvelles technologies en 2007, comprenant plusieurs recommandations avec la création d’un conseil consultatif visant à bénéficier des éclairages d’experts des technologies et d’autres partenaires, mais également en créant une communauté de technologues afin de protéger les données personnelles, dans le cadre de l’exercice des droits de l’homme et de l’accès à l’information avec l’idée que les technologies sont de plus en plus utilisées avec l’objectif d’exercer un pouvoir de contrôle sur les populations.

Le bureau d’OCHA a ensuite déclaré initier l’élaboration d’un document visant à établir des règles sur l’utilisation des informations issues des nouvelles technologies dans le domaine de l’humanitaire. Il a réalisé en 2011 un rapport qui examine les opportunités et les challenges soulevés par la réponse humanitaire liée au digital, et le futur des technologies de l’humanitaire.

OCHA recommande à toutes les organisations d’adopter les normes « do not arm (29) » pour la protection des individus et de veiller à une utilisation éthique de toutes les formes de données, avec des protocoles sur la protection de la vie privée, en développant des cadres et en désignant des personnes responsables de la conformité aux normes éthiques.

Le forum mondial sur les politiques humanitaires (Global Humanitarian Forum) de décembre 2013, qui se tenait à New York aux Nations Unies sous la direction d’OCHA, a mis en exergue le fait que des mesures devaient être mises en place pour la sécurité des données et le respect de la vie privée en affirmant qu’il devait « y avoir un moyen d’équilibrer ces préoccupations réelles sans ralentir l’adoption de nouvelles technologies ou approches ». L’organisation met davantage en avant le besoin que la solidarité internationale s’adapte à la révolution digitale et aux innovations.

Un des objectifs du CaLP (The Cash Learning Partnership) est qu’il souhaite améliorer les directives, fournir des outils et renforcer les capacités dans l’utilisation des nouvelles technologies dans le cadre de programmes d’aide internationale. En 2011, le CaLP a publié un rapport de recherche sur les nouvelles technologies dans les programmes d’aide humanitaire impliquant des transferts de fonds. Le rapport décrit les mesures suggérées pour avancer vers l’adoption de solutions technologiques de l’aide humanitaire responsables et conclut en formulant des recommandations sur l’utilisation de plusieurs technologies.

Il a également réalisé par la suite un document établissant des principes et des normes afin de sécuriser les données personnelles dans le cadre de programmes de transferts monétaires et e-transferts. La FICR a de son côté créé les normes professionnelles pour la protection du travail en 2013 englobant les normes sur les technologies de l’humanitaire et notamment la gestion des informations sensibles.

Une attention particulière a été accordée à la notion de consentement éclairé ; les défis posés par l’interprétation des données recueillies à distance ; les risques de subjectivité et la manipulation de données ; l’évaluation des risques pour les sources d’information et pour les populations affectées par des conflits, qui résultent de l’échange public d’informations. La GSMA qui travaille à la standardisation des services de téléphonie mobile a lancé en 2013 un code de conduite pour l’utilisation des SMS dans le cadre de réponses aux désastres naturels.

Ce code de conduite s’adresse autant aux utilisateurs et aux acteurs chargés de la mise en œuvre de l’aide au niveau local, qu’aux opérateurs de téléphonie mobile qui apportent un support technique et aux partenaires qui participent de quelque façon que ce soit à la délivrance de l’aide.

Enfin, l’auteur Hibah Hussain de Dialing Down Risks, Mobile Privacy and Information in Global Development Projects (30) a élaboré des principes qui peuvent s’appliquer dans le cadre de programmes de solidarité internationale intégrant des nouvelles technologies, à savoir : s’assurer que les données de l’utilisateur sont protégées de la surveillance d’un tiers ; limiter la collecte des données pour ce qui est absolument nécessaire pour les objectifs du projet ; promouvoir et faciliter la transparence ; intégrer un retour d’information de l’utilisateur ; assumer la responsabilité par rapport aux risques de fuites de données.

Une initiative collective entre acteurs publics et privés, créatrice des normes et codes de conduites concernant les nouvelles technologies, applicables à tous les intervenants, permettrait d’éviter les abus. Des mécanismes de suivi du respect de ces principes permettraient de garantir l’éthique.

Quels futurs possibles pour l’action de solidarité internationale à l’ère du digital ?

Les bénéficiaires ont de plus en plus d’attentes vis-à-vis des acteurs de l’aide internationale, avec des moyens de communication de plus en plus nombreux. Les organisations sont-elles prêtes à répondre à ce niveau exponentiel d’attentes et suffisamment structurées sur le plan organisationnel pour y faire face ? Elles ne peuvent ignorer la nouvelle norme de la communication bidirectionnelle avec les communautés et ses évolutions qui mettent au défi les organisations de s’y adapter.

D’autre part, de nombreux bénévoles numériques s’engagent dans des projets de gestion de crise, et ils sont amenés, avec les systèmes collaboratifs interactifs, à être de plus en plus nombreux. La variété d’acteurs, incluant les ONGs et le secteur privé, et de moyens autour du digital va continuer à se diversifier. À l’avenir, le numérique va prendre une place prépondérante dans l’anticipation et la gestion des crises, chocs et désastres. Pour que tout cela soit possible, il faudrait que l’accès aux nouvelles technologies soit réparti de façon plus équitable et que les outils et solutions développés soient adaptés aux différents contextes d’intervention et prêter une plus grande attention aux populations n’ayant pas d’accès au digital.

L’humanitarisme d’aujourd’hui se focalise sur l’innovation technologique, mais cette innovation est liée aux évolutions qu’apportent ces nouvelles technologies comme les systèmes collaboratifs qui se créent. Le nouveau paysage de la solidarité internationale est fortement imprégné du changement communicationnel et sociétal qui s’opère.

Les nouvelles technologies et la téléphonie mobile participent de différentes manières au succès des interventions et permettent d’améliorer les processus d’implémentation des programmes, au moins sur le court terme. Il est nécessaire de mettre en place des études et évaluations permettant de préciser l’objectif de chaque nouvelle technologie utilisée et son cadre, afin d’évaluer les impacts de ces nouvelles technologies à plusieurs niveaux.

L’efficacité des équipements mobiles dans les programmes doit être confirmée par des études sur le long terme et sur les impacts, de différents types, que ces appareils engendrent au sein des communautés. En particulier, les innovations technologiques doivent être envisagées dans le cadre de principes éthiques.

Le rôle des humanitaires est entre autres de garantir que les acteurs qui participent à la diffusion des nouvelles technologies dans le cadre de leurs interventions ne compromettent pas les principes humanitaires. « La portée accrue des réseaux de communication et le réseau croissant de personnes désireuses et capables d’aider sont la définition d’une nouvelle ère (digitale) — l’ère des réseaux — pour l’aide humanitaire » (31), dans laquelle l’Humain constitue l’élément central dans un système de solidarité internationale plus efficace, collaboratif et éthique.

Par Chloé LANDROT – RESOLIS, ex-Action contre la Faim,
Florian LE GOAZIOU – Action contre la Faim,
François Bernard HUYGHE – IRIS,
Myriam AIT AISSA – Action contre la Faim

(1) La notion de solidarité internationale rassemble les actions et attitudes de prise en compte des inégalités ou injustices entre pays ou entre un pays et des entités d’autres pays ou entre les individus d’un pays pour les comprendre afin de les résoudre ou les combattre de manière solidaire.

(2) IFRC, Bekele Geleta, World Disaster Report 2013, Focus On technology and the future of humanitarian intervention, Introduction, p. 9.

(3) Harvard Humanitarian Initiative. Disaster Relief 2.0: The Future of Information Sharing in Humanitarian Emergencies. Washington, D.C. and Berkshire,UK: UN Foundation & Vodafone Foundation Technology Partnership, 2011, consulté le 12/07/2014.

(4) Paul Currion, The technology issue, Technology: bringing solutions or disruptions ?, RMF 38, 2011, consulté le 15/05/2013.

(5) Plus d’informations et de schémas de ITU World Telecommunications

(6) GSMA, The Mobile Economy Report, 2013, consulté le 23/06/2014.

(7) Pour plus d’informations sur le système ODK, voir : Open Data Kit et sur la surveillance multisectorielle en RCA, consulté le 22/05/2014.

(8) Cipresso, P.; Serino S., Villani D., Repetto C., Selitti L., Albani G., Mauro A., Gaggioli A., Riva G. (2012). “Is your phone so smart to affect your states? An exploratory study based on psychophysiological measures”. Neurocomputing 84: 23–30 : mHealth (aussi écrit que le m-santé) est une abréviation pour la santé mobile, un terme utilisé pour la pratique de la médecine et de la santé publique soutenue par des dispositifs mobiles. Le terme est le plus souvent utilisé en référence à l’utilisation de dispositifs de communication mobiles, comme les téléphones portables, les ordinateurs tablettes et les PDA, les services de santé et de l’information, mais aussi d’affecter les états émotionnels, consulté le 15/06/2014.

(9) De Jongh T, Gurol-Urganci I, Vodopivec-Jamsek V, Car J, Atun R, Cochrane Journal, Envoi de messages par téléphone portable pour faciliter l’auto-prise en charge de maladies à long terme, 2012, consulté le 15/05 /2014.

(10) Malar J., Using mobile phone text messaging for malaria surveillance in rural Kenya, 2014, consulté le 25/06/2014.

(11) Phillips JH, Wigger C, Beissbarth J, McCallum GB, Leach A, Morris PS, J Paediatr Child Health, Can mobile phone multimedia messages and text messages improve clinic attendance for Aboriginal children with chronic otitis media? A randomised controlled trial, 2014, consulté le 17/06/2014.

(13) Bull Soc Pathol Exot, Use of SMS to ask mothers to come to vaccination sessions in Bobo-Dioulasso, 2012, consulté le 20/06/2013.

(15) OCHA, Humanitarianism at the network age, Chapitre C Mobile Cash, p.32, 2013, consulté le 12/05/2014.

(17) Talbot, D., MIT Technology Review, African Bus Routes Redrawn Using Cell-Phone Data, 2013, consulté le 20/04/2103.

(18) Kirkpatrick, R. Data Philanthropy: Public & Private Sector Data Sharing for Global Resilience. UN Global Pulse blog, 2011, consulté le 22/054/2014.

(19) PNUD, Technologies mobiles et autonomisation : Renforcer le développement humain par la participation et l’innovation, Chapitre 4, Technologies mobiles et gouvernance démocratique, p. 21, 2012, consulté le 22/04/2014.

(20) White, J. et McNulty, A., Assessing the links between first aid training and community resilience, Research, evlauation and impact, Croix Rouge du Royaume-Uni, 2011, consulté le 22/07/2014.

(24) Mancini, F., ed., New Technology and the Prevention of Violence and Conflict, New York International Peace Institute, 2013, consulté le 22/06/2014.

(25) Department for international Development (DfId), Building resilience and improving our responses to humanitarain emergencies through innovation and better use of evidence, 2012, consulté le 2/07/2014.

(27) Electronic Frontier Foundation, Pro-Syrian Government Hackers Target Activists With Fake Anti-Hacking Tool, 2012, consulté le 23/06/2014.

(29) Ne pas nuire ou « ne pas porter préjudice » : selon le Projet Sphere, « l’injonction ‘ne pas nuire’ visait à l’origine à sensibiliser les agences humanitaires au fait que leur action pouvait aggraver un conflit (violent) ».

(30) Hussein, H., Dialing Down Risks, Mobile Privacy and Information in Global Development Projects, consulté le 12/08/2014.

(31) OCHA, Humanitarianism in the network age, OCHA policy and studies series, 2012, p. 113, consulté le 23/05/2014.

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La rédaction de Grotius International.