Paul Salvanès, « La haine qu’il faut »

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Un roman noir dans l’humanitaire d’aujourd’hui

Pendant dix ans, Paul Salvanès a effectué des missions humanitaires d’urgence en Afrique, en Asie et au Proche Orient, sur les terrains de conflits et de catastrophes naturelles, avec l’ONG Solidarités International puis le Comité international de la Croix Rouge. A 35 ans, « La haine qu’il faut » est son premier roman. Il nous parle de son ouvrage.

J’avais envie d’écrire depuis longtemps, et mes dix années dans l’humanitaire ont constitué un terreau idéal. Les zones de guerre, les contextes volatiles et tous les personnages qui gravitent autour des missions d’urgence sont une matière fantastique pour se lancer dans l’écriture d’un roman noir. D’autres auteurs avant moi ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et je les ai lus avec plaisir. Il m’a semblé cependant que l’essentiel de la littérature humanitaire, du moins française, s’attache encore aux débuts de cette aventure, alors que le secteur a énormément évolué depuis la naissance du « sans-frontièrisme ». J’avais donc aussi l’envie de raconter un peu de l’humanitaire contemporain, celui du 21ème siècle, de la professionnalisation et des masters en action humanitaire, des bailleurs de fonds, des Clusters, des règles de sécurité et autres SOPs, tout en sachant que les dilemmes, eux, sont parfois inchangés.

J’ai donc placé l’intrigue et mes personnages dans les conflits du Darfour et de l’est de la République Démocratique du Congo, avec de brefs passages en Afghanistan, en Birmanie, en France et bien sûr à Zanzibar où vont se reposer, le temps d’un break, les humanitaires fatigués. Le héros, un jeune français fraîchement diplômé arrive au Soudan pour sa première mission, dans les années 2010. Il se réalise d’abord complètement dans son engagement, et trouve ce qu’il était venu chercher, et au-delà. Mais, très vite, des expatriés sont mystérieusement assassinés. La mort faisant malheureusement partie des risques du métier – il suffit de voir les nombreuses victimes d’insécurité sur le terrain – son entourage l’accepte pour continuer à travailler. Pourtant, le doute s’installe en lui jusqu’à ce qu’il décide de mener son enquête avec un groupe d’amis, humanitaires, chercheurs et journalistes.

Sortir de l’image d’Epinal

L’un des enjeux était de faire ressentir aux lecteurs que l’humanitaire n’est pas ce monde manichéen qu’on présente si souvent de l’extérieur. Pour certains, l’humanitaire est forcément et exclusivement vertueux. On assiste depuis des années aux carnages en Syrie, et la seule lueur d’espoir vient de ce que certaines organisations arrivent à faire au cœur de ce conflit. Cela rassure de voir qu’alors que tout va mal, des femmes et des hommes prennent des risques pour évacuer des civils, acheminer de l’aide malgré le danger… Pour d’autres, l’humanitaire est une nouvelle forme de colonialisme, à la solde des Etats Occidentaux ou des multinationales qui préparent à travers lui leurs futures parts de marché. Evidemment, ces deux conceptions extrêmes oublient en chemin tout un monde de gris que connaissent bien les acteurs humanitaires. Eux vivent cela de l’intérieur, ils savent que les choses sont « complexes », que le secteur humanitaire n’est pas homogène, qu’il a ses paradoxes. C’est au milieu de ces réalités divergentes que j’essaie de faire naviguer mes personnages.

Ce roman est donc à la fois pour mes camarades du terrain et celles et ceux qui ne le connaissent pas et ont envie de se plonger dans l’humanitaire contemporain. La difficulté principale aura été de l’écrire pour les uns et pour les autres, parler de certains aspects techniques du métier sans rendre le roman indigeste, construire une intrigue à suspens, tout en m’assurant qu’elle reste crédible et attachée à la réalité. Pour les uns comme pour les autres, cette aventure sera peut-être l’occasion de discuter de certains des défis auxquels l’humanitaire est aujourd’hui confronté, son besoin de se réinventer dans un monde qui change, et vite.

Grotius International

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La rédaction de Grotius International.