Diversité culturelle…

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C’est en tant que cinéaste du réel que je m’exprime ici. Car comme témoin privilégié du monde, nous nous devons de représenter la souffrance collective, de témoigner des épreuves des peuples dominés et de rappeler que chaque groupe humain, chaque classe, chaque nation et chaque race à une histoire de lutte et de conquêtes.

Je pense que notre première mission comme documentariste est de révéler  la complexité du monde, de dénoncer la dure loi des hommes, de découvrir ce qui nous relie les uns aux autres et de nous maintenir en état d’alerte, loin des stéréotypes, des orthodoxies et des doctrines.

Il nous faut restaurer la mémoire, universaliser les crises, prendre en compte l’expérience et le souvenir des voix oubliées et des réalités occultées. Il nous faut redonner les lettres de noblesses à une activité fondée sur une forme de conscience sceptique et engagée, vouée à l’investigation rationnelle, en confrontant des sources contradictoires et  en exhumant des documents enfouis.

Mais en tant qu’artistes et intellectuels, nous sommes sommés de faire le choix entre la stabilité des vainqueurs, des dominateurs et la dénonciation de ce qui menace les faibles et les perdants.

Car au-delà des intérêts purement économiques, et dans le sillage d’une décennie qui a vu les appartenances idéologiques tomber en désuétudes, une nouvelle une guerre froide, larvée et sournoise s’est imposé sur le front de la culture et des religions.

Face à la culture américaine, qui, en particulier dans l’audiovisuel, bénéficie de formidables moyens de production et de distribution, nous ne pourrons nous contenter d’être le « pot de terre » contre le « pot de fer ». Notre culture a besoin d’être soutenu par un effort volontariste et dynamique de notre gouvernement. Il y va de notre identité.

Enfant bâtard de l’histoire, la Belgique est un pays surréaliste, ouvert sur le monde, pratiquant l’autodérision et la comédie dramatique. Et ce n’est pas un hasard si l’émission « strip-tease » fait bien rire toute l’Afrique et si le film « C’est arrivé près de chez nous » se trouve dans les vidéothèques de Melbourne et de Durban.

C’est le sens de cette mobilisation d’aujourd’hui, de refuser ces tentatives de destruction de notre culture et d’être solidaire de ceux qui loin d’ici, en prise avec un sous-développement chronique n’ont plus que leur identité et leur culture pour seule raison d’être. En ce temps de conflits entre les différends blocs de connaissance et de cultures, il est urgent de nous mobiliser contre tout ce qui mutile le regard, ce qui défigure la réalité du monde et nous plonge, comme dans un miroir brisé, au coeur même des fissures  de notre conscience

L’heure est à la résistance, car déjà aujourd’hui, chacun expérimente existentiellement cette déchirure intérieure.  Car il y a le monde que m’ont légué nos ancêtres et le monde que m’ont légué les conquérants.

Il y a le monde à construire et le monde tel qu’il est devenu. Il y a la vision d’un monde enchanté par l’aura de la mémoire collective et la vision d’un monde emporté par la tourmente de la mondialisation.

Il ne s’agit pas de régression vers les mythologies des origines comme certains courant du fondamentalisme musulman le revendique, il ne s’agit pas d’un refus obsessionnel à relever les défis des temps nouveaux, de ceux de la modernité et du changement.

Il s’agit essentiellement de résister à la marchandisation du monde. En tant qu’intellectuels, il nous faudra combattre dans le même temps, l’instrumentalisation de l’homme et de la culture par l’économie marchande, l’expansion du stéréotype comme référence culturelle et son effet de mort sur ce qui est authentique et vivant. Il nous faudra également refuser de servir les bureaucraties puissantes et les employeurs généreux.

 

 

Thierry Michel

Thierry Michel

Thierry Michel est cinéaste.

Thierry Michel

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