Canada : la sécurité des humanitaires en exergue

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Philippe couillard premier ministre quebecquois
Philippe Couillard, premier ministre du Quebec après les attentats © MRIF

Après la mort de 6 de ses ressortissants au Burkina Faso, le Canada plus que jamais concerné par la sécurité des humanitaires.   Entretien  avec Pascal Ouellet Porte-parole, Ministère des Relations internationales et de la Francophonie.

Geneviève Sababadichetty : La mort des six bénévoles de CASIRA au Burkina-Faso interroge encore une fois sur la sécurité des travailleurs volontaires. Bénéficient-ils des mêmes mesures de prévention que les autres humanitaires ?

Pascal Ouellet : Le Québec tout entier a été profondément attristé par les attentats terroristes de Ouagadougou, le 15 janvier dernier, qui a coûté la vie à près de 40 personnes, dont six Québécois qui effectuaient un séjour au Burkina Faso visant à appuyer des communautés défavorisées. Ces personnes engagées s’étaient auparavant investies pendant de nombreuses semaines pour concrétiser leurs initiatives, notamment par l’organisation d’activités d’autofinancement.

Par l’entremise de ses programmes de solidarité internationale, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) appuie des organismes de coopération internationale (OCI) du Québec ayant une expertise reconnue et une riche expérience de travail dans les pays en développement.

Ces programmes soutiennent principalement la réalisation de projets de développement (Programme québécois de développement international – PQDI) et de projets de solidarité internationale impliquant de jeunes Québécois de 18 à 35 ans (Québec sans frontières – QSF). Hormis une petite enveloppe pour le volet « Aide d’urgence » du PQDI, le MRIF ne soutient pas de projets impliquant l’envoi de travailleurs humanitaires.

Les OCI financés doivent répondre à des standards élevés en matière de capacités financières, humaines, matérielles, d’encadrement, d’expérience et de santé/sécurité. Ces organismes sont par ailleurs proactifs face aux nouvelles menaces sécuritaires. Ils révisent en continu leurs politiques et leurs pratiques afin d’assurer la sécurité de leurs coopérants, travailleurs et stagiaires dans les pays en développement, et ce, en fonction des contextes d’intervention.

GS : Comptez-vous prendre des mesures pour éviter ce genre d’accident ?

PO : La santé et la sécurité des volontaires et coopérants québécois qui œuvrent dans les pays en développement ont toujours été une préoccupation, tant pour le MRIF que pour son partenaire l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et les organismes responsables de la mise en œuvre des projets.

Au cours des dernières années, de nombreuses mesures ont été adoptées par le MRIF et ses partenaires pour renforcer la prévention, la santé et la sécurité des participants du programme QSF. Ces mesures ont touché notamment les critères d’admissibilité des organismes et des projets, la formation offerte aux participants et aux accompagnateurs, le suivi et l’évaluation des projets.

Les récents attentats survenus à Ouagadougou, à Bamako et en Tunisie sont venus rappeler que nous faisons face à une accentuation et à une diversification des menaces à la sécurité des coopérants et travailleurs sur le terrain. Le contexte actuel oblige à être plus vigilant que jamais. C’est pour cette raison que la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Christine St-Pierre, a annoncé, le 29 janvier dernier, que le MRIF appuierait financièrement une formation préparée par l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaires (OCCAH).

Cette formation, proposée conjointement par l’Observatoire et l’AQOCI, cherche à soutenir les efforts constants des OCI québécois en matière de sécurité. Elle vise à donner aux OCI de nouveaux outils en vue d’intégrer la gestion du risque dans leurs activités et leurs programmes, de la conception à la mise en œuvre des projets, en passant par la gestion du personnel sur le terrain. Cette formation sera offerte prochainement et sera adaptée aux réalités des petites comme des grandes organisations, ainsi qu’aux différents contextes d’intervention (coopération volontaire, projets de développement, aide humanitaire, etc.).

 

GS : Le gouvernement du Québec envisage-t-il une concertation entre les uns et les autres ? 

PO : En plus de l’appui financier accordé à la formation développée par l’OCCAH, des actions précises ont été faites au cours des dernières semaines, notamment :

  • Le MRIF et l’AQOCI ont organisé, le 29 janvier dernier, une rencontre de concertation avec les OCI partenaires du programme QSF. Cette réunion a notamment permis de tenir une réflexion sur les nouveaux risques à la sécurité des participants QSF et sur les meilleurs moyens de les atténuer.
  • Le MRIF a transmis, le 5 février dernier, une communication écrite aux OCI partenaires de QSF afin de rappeler les recommandations de base et certaines mesures additionnelles à prendre par rapport aux risques d’attentats et au virus Zika.
  • La ministre St-Pierre a participé, le 26 février dernier, à une réunion de réflexion et d’échanges sur les enjeux de sécurité lors de l’Assemblée générale spéciale organisée par l’AQOCI.

Le MRIF continuera à appuyer le renforcement des capacités de ses partenaires qui travaillent en continu pour s’adapter aux nouvelles réalités sécuritaires.

GS : Les grosses ONG ont un volet sécurité assez développé, mais qu’en est-il des petites structures ?

PO : Une solidarité et une collaboration entre toutes les organisations, les grandes et les plus petites, sont une condition nécessaire pour accroître collectivement la capacité des acteurs de la coopération internationale à s’adapter aux menaces à la sécurité de leur personnel sur le terrain.

Des rencontres annuelles de concertation réunissant le MRIF, l’AQOCI et les OCI responsables des projets QSF sont organisées depuis déjà plusieurs années. Elles visent à favoriser la réflexion et le partage d’expériences entre les organismes, en particulier sur les questions de santé et sécurité.

Lors de l’Assemblée générale spéciale de l’AQOCI le 26 février dernier, la ministre St-Pierre a invité l’AQOCI et ses membres à mettre sur pied d’autres mécanismes pour encourager le partage des pratiques entre les grands et les petits OCI sur ces questions.

La ministre a également salué le leadership de l’AQOCI qui formera un groupe de travail qui aura pour mandat de réfléchir aux nouveaux besoins de ses membres en matière de santé/sécurité et à la mise en œuvre de pistes d’actions.

GS : Quelles seront vos préconisations lors du Sommet mondial de l’Humanitaire à Istanbul, en mai prochain ?

PO : Le gouvernement du Québec ne prévoit pas participer à cet événement.