Faire sa com sur le dos des Roms, c’est pas très Droits de l’Homme!

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Dans la «frénésie sécuritaire» (livre de Laurent Mucchielli, 2008) qui frappe l’actuel gouvernement et le Président de la République, le faire-savoir de l’action publique devient un objectif en soi. On a beaucoup souligné l’indignité au regard du droit français et européen de la circulaire ministérielle du 5 août qui ciblait directement les Roms comme entité globale dans le cadre de procédures de destruction de camps illégaux et d’expulsion de populations souvent marginales.

On a moins prêté attention dans les médias, à la circulaire du 9 août 2010, toujours issue du Ministère de l’Intérieur et destinée aux préfets. Sous le titre très administratif : «évacuation des campements illicites /information du cabinet du Ministre», un encadré donne la consigne suivante :
«En complément de cette synthèse, je vous remercie de veiller à m’informer préalablement (au minimum 48h auparavant) de toute opération d’évacuation revêtant un caractère d’envergure ou susceptible de donner lieu à un écho médiatique».

Tout est dit : l’action d’évacuation n’est pas un objectif suffisant, encore faut-il que cela puisse donner lieu à un «écho médiatique» et que le Ministre soit au courant 48h avant, afin, sans nul doute, de pouvoir en jouer, en se rendant sur place ou en préparant un communiqué au ton aussi martial que triomphal.

Le parallèle est saisissant avec une note interne au gouvernement de Tony Blair rendue publique en juillet 2000 par le journal The Times. Il publia un «mémo» confidentiel du gouvernement intitulé : «Touchstone issues» daté d’avril 2000. Tony Blair, de sa main, dresse un bilan des sondages et de ce qui en ressort comme étant les limites de son action. Sur la criminalité, «nous sommes perçus comme trop doux». En réponse, il appelle à «donner de la publicité aux reconduites à la frontière» et plus généralement «à mieux mettre en lumière toutes les mesures dures que nous avons prises». Mais il faut aussi, écrit-il, «réfléchir à une initiative frappante qui enverrait le message adéquat à travers tout le système», et il suggère en exemple : «l’enfermement immédiat des braqueurs et voleurs de rue», idée à laquelle, souligne-t-il «je devrais être personnellement associé autant que cela est possible».

Chacun sait que Nicolas Sarkozy a imposé depuis 2002 une figure du Ministre de l’Intérieur comme le «super flic de France», toujours présent là où il se passe quelque chose de grave et de révoltant pour le sentiment de sécurité auquel chacun aspire.

Pour détourner l’attention des journalistes un peu trop braqués sur les méandres de ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui les affaires Woerth/ Bettencourt, pour frapper les esprits en donnant à tous la sensation que le gouvernement n’a pas failli dans sa politique de lutte contre l’insécurité, l’été fut occupé à chasser des Roms sans discernement et de façon collective et ciblée.

Aubaine : leurs campements de fortune sont disséminés un peu partout sur le territoire, ils ont si peu de ressources et de soutiens qu’ils sont une proie facile qui n’offrira pas de résistance, les habitudes de les reconduire à la frontière sont bien installées (plusieurs milliers en 2009), ne restait plus qu’à penser à en tirer un parti médiatique : faire comme l’an passé mais en tapant un peu plus fort, en l’annonçant à coup de trompe, en multipliant sur l’ensemble du territoire ces actions et en invitant les journalistes à montrer des images et en faire des récits.

Peu importe que l’action soit vouée à un certain échec car les expulsés concernés auront le droit de revenir rapidement après (ce qu’un nombre non négligeable fait).

Peu importe qu’une population dans son ensemble soit ainsi stigmatisée comme dangereuse.

Peu importe que le gouvernement bafoue dès lors les valeurs de la République et le sceau des traités internationaux qui nous engagent en matière de respect des Droits de l’homme. L’essentiel est que le gouvernement puisse faire sa com.

Il faudra bien un jour que cette spirale s’arrête (à chaque fait divers une nouvelle annonce d’une loi plus répressive, de peines renforcées…) soit parce que le gouvernement se rendra compte que le risque de dérapages est immense (la circulaire du 5 août a été réécrite à la hâte suite au tollé national et international) soit parce que les journalistes se poseront en conscience la question de savoir jusqu’où couvrir de tels événements formatés pour faire «écho», afin de ne pas se laisser prendre au piège de la communication politique et de l’effet d’annonce.