Les caméras de l’espoir

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Affiche Five Broken Cameras« Je suis passé par tant d’épreuves… C’est comme si ma tête brûlait, la peine et la joie, la peur et l’espoir…Tout se mélange et se brouille… Les blessures n’ont pas le temps de guérir que d’autres surviennent… Alors je filme, pour ne pas perdre la mémoire… ».

Inlassablement depuis 2005, date de  la naissance de son fil, et début de l’annexion de son village par les autorités israéliennes qui ont commencé la construction d’un « mur de séparation »,  Emad, paysan de Bil’in en Cisjordanie s’est mis à filmer. Avec son ami Guy Davidi, vidéaste et militant israélien ils ont finalement décidé de faire un long métrage de toutes ces années où Emad s’est accroché à ses caméras, comme pour se protéger. Primé à plusieurs reprises, 5 Broken Cameras était présenté au Festival Cinéma et Droits Humains, le 13 novembre dernier, à Paris.

L’arrivée des géomètres venus faire des relevés, l’assassinat des oliviers du village arrachés à la terre par les pelleteuses, les premiers pas de son fils Djibril, la résistance pacifique du village, les tirs de l’armée israélienne sur les contestataires… La caméra nous plante au cœur des villageois ; Nous devenons Emad et ses tourments deviennent les nôtres. Impossible de regarder ailleurs. Emad nous force à voir sa réalité.

Ses interrogations deviennent nos interrogations et notre conscience nous submerge.

Pour Emad Burnat et les habitants du village de Bill’in… L’œil de la caméra est devenu un moyen de survivre, de supporter l’insupportable. Un peu comme si ce qui arrivait ne leur arrivait pas à eux mais à d’autres.

Emad nous torpille par son témoignage car il fait partie intégrante de l’histoire… Phil, Adeeb et les autres… Des personnalités fortes  qui nous ancrent dans la tragédie du village grâce aux  liens qui les unit à Emad et le regard qu’il  porte sur eux.

Le récit d’Emad est rythmé par la durée de vie de ses caméras. Une à une, elles nous livrent leurs regards dubitatif sur une situation qui les dépasse mais où l’espoir prédomine.

Emad témoigne. Il ne dénonce personne. Le cliché, palestinien d’un côté – israéliens de l’autre laisse la place à des images où transparaissent la réalité des liens qui unissent les deux peuples et où l’absurdité de la situation est subie de part et d’autre.

5 Broken cameras nous prend aux tripes jusqu’à la nausée. La seule alternative que nous ayons est de nous interroger sur nous-mêmes, de sortir de nos préoccupations de nantis  et peut-être de commencer à réagir face à une situation criante d’injustice…

 

Geneviève Sababadichetty

Geneviève Sababadichetty

Geneviève Sababadichetty est co-fondatrice de Grotius International.