Un Monde Tortionnaire

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Tous les jours, des milliers d’hommes, de femmes et même d’enfants sont livrés à l’imagination des bourreaux. Dans plus d’un pays sur deux, l’usage de la torture est une pratique courante, routinière.

Un Monde Tortionnaire, publié par l’ACAT-France, rend compte de l’ampleur et de la réalité des pratiques tortionnaires tout en s’interrogeant sur les multiples dimensions de ce crime et les facteurs qui l’encouragent.

Les victimes sont toujours les mêmes. Lorsque les responsables d’un État n’hésitent pas à recourir à la violence pour conserver leur pouvoir, la torture leur apparaît comme un des moyens les plus efficace d’y parvenir. Dès lors, tous ceux qui peuvent apparaître comme une menace contre l’État courent le risque d’être livrés aux mains des bourreaux. Eux, leurs proches et les membres des divers groupes ou communautés auxquels ils appartiennent.

On l’oublie trop souvent, mais ce sont les délinquants ordinaires qui constituent la majorité des victimes de torture. « Tous les citoyens arrêtés par la police, même pour un délit mineur peuvent être maltraités et torturés », écrivons-nous à propos du Vietnam. Par habitude et par manque de moyens, les policiers cognent pour obtenir des aveux que les juges retiennent sans se préoccuper de la façon dont ils ont été obtenus.

Les méthodes de torture sont elles aussi tristement semblables. « Les insultes, les menaces d’exécution, les coups, les brûlures, les chocs électriques, les simulations de noyade et la suspension dans le vide sont les techniques les plus fréquemment rapportées ». Cette phrase, écrite à propos du Chili, pourrait s’appliquer à tous les États concernés. Quant aux victimes, même si chacune d’elles réagit en fonction de sa propre singularité, toutes sans exception restent à jamais marquées au plus profond d’elles-mêmes par ce qu’elles ont enduré. La torture vise à les contraindre à se plier à la volonté de leurs bourreaux, à briser leur individualité et à leur ôter jusqu’à leur condition d’être humain. Moins qu’un homme, juste un simple morceau de chair. Un processus dont personne ne peut sortir indemne.

Les bourreaux aussi se ressemblent. Ils appartiennent aux services de sécurité officiels (police, armée, services secrets, gardiens de prison…) ou clandestins (paramilitaires, milices…) et agissent en sachant que les risques d’avoir à affronter un tribunal et, a fortiori, d’être condamnés sont infimes. Sûrs de leur impunité, ils peuvent s’attaquer à ceux qu’ils considèrent comme moins humains qu’eux. Tous ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau, les bonnes opinions politiques, ne prient pas de la bonne façon… peuvent être transformés en boucs émissaires propres à être indistinctement catalogués comme « ennemis du peuple » qu’il convient d’éradiquer au nom du « bien commun ».

Cette année, le Printemps arabe nous a prouvé que des hommes pouvaient se lever et « dégager » ceux qui les oppressent. Rien n’est joué, nous le savons, et en ce moment même en Syrie, en Chine ou en Ouzbékistan, nombre de ceux qui osent dire « non » paient leur audace avec leur sang ou leur liberté. À nous d’être à la hauteur de leur courage.