Gaza : « Je ne haïrai point »…

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Parcours d’une vie, chemins de paix…

« Nous ne vivons pas dans un jardin de roses, mais le docteur Abuelaish croit fermement que la médecine peut aider à rapprocher les peuples israélien et palestinien »… C’est l’avis du médecin israélien Marek Glezerman, sur son collègue palestinien. Abuelaish. est un gynécologue-obstétricien né en 1955 dans la bande de Gaza. Il a tout au long de sa vie rencontré de nombreuses personnalités, a souvent exercé son métier hors de son pays, a été invité à donner des conférences dans le monde entier.

Le narrateur relate son difficile et douloureux parcours sur fond de soixante ans de relations conflictuelles avec Israël, malgré quelques périodes de répit. Il explique que la vie des Palestiniens, supportable en 1948, pénible après le conflit de 1967, devient infernale après 2006 en raison des conséquences de l’élection du Hamas.

 Le premier obstétricien palestinien à exercer en Israël

La vocation d’aller vers les autres, l’auteur l’a acquise dès l’enfance dans les camps. Le jeune Abuelaish (son nom signifie celui qui est généreux et qui donne le pain), est l’aîné d’une famille pauvre de neuf enfants. Il rate souvent les cours, contraint de travailler pour aider sa famille. Il met ses espoirs de salut pour lui et les siens dans l’école et le travail. A l’âge de sept ans, il est premier de sa classe tout en livrant du lait et en triant des oranges. Il est fasciné par une mère exigeante mais toujours prête à défendre ses enfants. Pour lui : « la mère palestinienne est l’héroïne de l’histoire de la survie de notre peuple, elle est responsable de nos succès. Elle nourrit tout le monde avant de se nourrir elle-même ». L’agitation politique quasi permanente qu’il observe puis déplore, le conforte dans une volonté de mener à bien des études de médecine pour aider les autres. Il reçoit des bourses qui lui permettent d’abord d’exercer en Arabie saoudite. On l’envoie en stage de spécialisation. Il devient rapidement un gynécologue-obstétricien réputé, spécialisé dans la fécondation in vitro. Il obtient un diplôme d’Harvard, est expert auprès de l’OMS. Ses contacts israéliens l’orientent vers la maternité de Soroka à Beersheba. Il tire ses revenus de sa clientèle privée à Jabalia et fait chaque jour de pénibles allez-retours entre son domicile et Israël. Il prend des cours d’hébreu pour devenir rapidement le premier Palestinien à travailler à temps plein comme médecin spécialiste dans un hôpital israélien.

 La vie dramatique d’Izzeldin Abuelaish

La vie du docteur Abulaish est ponctuée d’événements tragiques. Le lecteur comprend assez vite que la tension entre Israéliens et Palestiniens, toujours plus forte au fil des pages, va finir par engendrer des drames, son drame. Outre le conflit permanent, l’administration israélienne de Gaza qui supplante celle des Egyptiens à l’issue de la « guerre des six jours », le docteur Abuelaish revient incessamment sur les tracasseries administratives absurdes qu’il subit de la part des soldats israéliens à la frontière ou à l’aéroport, à chaque fois qu’il doit se rendre à l’étranger ou rentrer chez lui, alors qu’il est une personnalité reconnue. Plus la situation se dégrade, plus le médecin décide de partir en mission dans des pays éloignés. En septembre 2008, alors qu’il est en Belgique, il apprend que son épouse est atteinte de leucémie. Il parvient à la faire hospitaliser en Israël, mais son état empire rapidement, et parce qu’il est Palestinien, il ne peut pas obtenir de vol de retour direct pour Israël pour se rendre à son chevet. Il est obligé de passer par la Jordanie après d’interminables escales. On lui demande ses papiers, on découvre par erreur qu’il n’était pas autorisé à quitter son pays. Le docteur Abuelaish serre les poings, reste calme, attend et n’arrive à l’hôpital que pour voir mourir sa femme, après avoir subi, comme souvent depuis l’adolescence, cent et une humiliations. En janvier 2009 il perd trois de ses filles et une nièce au plus fort de l’opération « plomb durci ». Alors que Gaza est détruite, un char israélien fait face pendant plusieurs jours à son immeuble puis bombarde son appartement « par erreur » affirmeront plus tard les autorités israéliennes qui ne l’ont jamais indemnisé, ni reconnu leur tort.

 Après les épreuves, le combat continue…

Alors que ses filles sont tuées sous ses yeux, un journaliste qu’il essaye de joindre arrive à le contacter sur son portable en plein journal télévisé, il hurle sa détresse en direct dans les foyers israéliens. Son histoire fera le tour du monde. L’opération de sauvetage de sa famille sera suivie en direct également. Le docteur Abuelaish encaisse, sans colère, sans envie de vengeance, garde un optimisme inébranlable. Cela peut laisser le lecteur perplexe. Surtout lorsqu’il affirme « si je savais que mes filles étaient le dernier sacrifice sur le chemin de la paix, je pourrais l’accepter ».

Il y a à la fois du Albert Schweitzer, du Florence Nightingale « la sollicitude précède la guérison » et du Gandhi chez le docteur Izzeldin Abuelaish.

Pendant la tragédie de l’opération « Plomb Durci », l’auteur explique que tout ce qui lui restait était de compter sur Dieu et sa foi. Apôtre de la non-violence, il est aussi très croyant : « le Coran m’a appris qu’il faut accepter la souffrance en silence et pardonner aux responsables des injustices desquels cette souffrance découle ».

Ce livre est une leçon d’humilité, de courage et de persévérance. On est bouleversé par toutes les souffrances et les injustices qu’un homme qui s’est toujours battu pour être le premier et sortir de la misère a subies. Le gynécologue palestinien souhaite un avenir meilleur, veut qu’une génération nouvelle fasse avancer la civilisation. Il pense que la réconciliation avec les Israéliens est possible, martèle que le dialogue est toujours plus fort que la violence. « L’ennemi, c’est l’ignorance de l’autre ». Il ajoute, « plutôt que de construire un mur on aurait mieux fait de construire un pont ».

Son combat sera-t-il un jour couronné de succès ? Il a été plusieurs fois primé et un ministre belge l’a proposé comme prix Nobel dela Paix en 2010 mais Abuelaish ne l’a pas obtenu. « Pour ce qui est de la paix, la décision appartient aux politiques », mais il n’a jamais cru en eux.

 

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