Le ventre est encore fécond. Les nouvelles extrêmes droites européennes

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Aux dernières élections européennes, l’extrême droite a dépassé ou frôlé les 10% dans un tiers des Etats de l’Union, et obtenu entre 5 et 10% dans six autres. Les scrutins nationaux de 2012 ont confirmé cette poussée. Dans ce livre – “Le ventre est encore fécond. Les nouvelles extrêmes droites européennes”, Dominique Vidal propose une radiographie d’un courant de pensée qui forme sur le vieux continent un ensemble disparate, changeant, mais dont le succès croissant constitue une menace pour la démocratie.

Pour l’auteur, l’extrême droite européenne se divise en trois familles, dont la présentation fait l’objet du premier chapitre. Les groupuscules qui revendiquent l’héritage du nazisme sont en voie de marginalisation, à l’exemple des Republikaners allemands. Mais avec 18 députés, Aube Dorée fait exception en Grèce. Le deuxième groupe réunit des partis que l’auteur présente comme des ‘ovnis’ politiques, à l’instar du PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, dont les origines ne sont pas dans l’extrême droite traditionnelle. La troisième famille enfin, sur laquelle s’attarde l’auteur, est celle des partis en mutation. Comme le Front National en France, ils ont opéré un changement de stratégie, et opté pour une « dédiabolisation » leur permettant de peser sur les partis de la droite traditionnelle. Certains ont pris part à des gouvernements, comme en Slovaquie, en Italie, en Autriche.

Les raisons du succès électoral des partis d’extrême droite sont complexes. Les clés de leurs discours varient. Mais plusieurs traits communs se dégagent.

L’un d’eux, Domnique Vidal y revient longuement, est le remplacement de l’antisémitisme par l’islamophobie (surtout à l’ouest de l’Europe). « Sa poussée a pris de telles proportions qu’elle semble désormais presque consensuelle » remarque l’auteur. Un autre est la peur de la mondialisation et la détestation des institutions de l’Union européenne. Quel que soit le pays, les fruits de la mondialisation n’ont profité qu’à une minorité. Ses effets délétères en période de crise pèsent quant à eux sur la majorité, c’est-à-dire les classes populaires.

C’est d’ailleurs dans cet électorat que la percée de l’extrême droite est la plus remarquable en France. Le livre analyse la question sous deux aspects.

Tout d’abord il examine l’évolution du discours de Marine Le Pen, dont certaines propositions semblent inspirées par la gauche, en matière de défense du service public, de justice fiscale, ou d’interdiction des stock options et autres parachutes dorés.

Dans un chapitre intitulé « Trente ans de malheur ouvrier », il effectue un retour historique sur les mutations du monde du travail et leurs conséquences sociales pour les classes populaires et les classes moyennes.

Ces mutations sont à l’origine de ce que ce que l’auteur appelle « la mise en flottement des identités », mais elles ne sont pas les seules. Les pays européens, à l’ouest comme à l’est, connaissent des transformations profondes dans les domaines du la religion, de la famille, de la science…

La situation des pays de l’est de l’Europe fait l’objet d’un chapitre entier. Si l’extrême droite y partage certains des points évoqués plus haut, l’histoire de ces pays lui confère quelques caractères particuliers. Le nationalisme y est plus exacerbé, les groupuscules violents plus actifs et moins réprimés, et les juifs et les roms restent les principaux boucs émissaires.

L’héritage des Empires transnationaux, la période du bloc soviétique et la transition post-communiste ont laissé la question nationale irrésolue. On le constate en Hongrie par exemple, où le Jobbik voudrait donner la nationalité hongroise aux communautés d’origine hongroise des pays voisins, Roumanie et Slovaquie.

L’un des points forts du livre est la richesse de ses sources documentaires. Il s’appuie sur quantité d’études, d’interviews, de discours et de chiffres qui sont autant d’invitations à des lectures approfondies.

Dominique Vidal l’explique dans son introduction, son ouvrage est un appel à la vigilance : «Comment (…) ne pas évoquer La résistible ascension d’Arturo Ui, cette parabole de la montée du nazisme que Bertold Brecht écrivit en 1941 et dont la dernière phrase sonne encore, soixante et onze ans pus tard, comme une mise en garde: Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde».

Historien, journaliste, Dominique Vidal collabore au Monde diplomatique. Il est également codirecteur avec Bertrand Badie de L’Etat du Monde (éd.La Découverte) et auteur de très nombreux ouvrages, notamment sur le Proche-Orient.

“Le ventre est encore fécond. Les nouvelles extrêmes droites européennes”, Dominique Vidal. Editions Libertalia. 150 p. 7 euros.

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