Nouvelles sources de financements (2/3) : Voyager utile, pour soi et les populations

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Le « volontourisme » et l’écotourisme peuvent être des moyens de lever des fonds et d’acquérir connaissances et compétences pour les ONG et associations en Afrique.

Se servir du tourisme solidaire et du volontourisme pour réduire la pauvreté et financer des projets. Les pays en voie de développement n’y penseraient pas suffisamment, selon certains économistes. Ainsi, selon un rapport de la Banque mondiale datant de 2010, près de 40% des voyages touristiques internationaux en 2008 ont été effectués à destination des pays en développement. Dans les pays africains les plus visités, le tourisme correspond parfois à plus de 20% de leur produit intérieur brut (PIB).

Cette manne potentielle, ils sont nombreux à ne pas en profiter. Et pourtant, c’est possible via des associations-relais en Europe. Delphine, une trentenaire parisienne, voulait rompre quelques mois avec sa vie d’enseignante, et « se rendre utile ». Elle rêve du continent africain, et de safaris dans les parcs nationaux. Mais au tourisme, elle souhaite y joindre un volet solidaire. Après plusieurs mois d’entretiens et de refus, elle trouve enfin ce qu’elle veut, au Bénin. Elle paye donc les frais de son séjour de trois mois – plusieurs centaines d’euros – à une organisation proposant des séjours de volontariat clé en main. Des frais payés par Delphine, un pourcentage significatif a été reversé à l’association béninoise qui l’a accueillie.

Ils sont des milliers à travers le monde – surtout des jeunes – à vouloir joindre l’utile, leur « envie d’aider », à l’agréable, le voyage. S’ils doivent faire attention où ils mettent les pieds, ce qu’ils payent – pour être logé et nourri – peut contribuer à faire avancer des projets, en parallèle de l’aide apportée. Si comme le disait en 2006 la géographe Sylvie Brunel à la revue Sciences humaines, « s’improviser bon samaritain de l’humanitaire pour quinze jours est souvent un leurre », il est toutefois possible d’obtenir des résultats positifs en ciblant bien les associations. Certaines sont associatives, commerciales et proposent donc des prix plus élevés qu’ailleurs, ou encore confessionnelles. Il faut bien être conscient de ses capacités : de ce que l’on sait et de sa faculté à transmettre un savoir et des techniques. Une bonne préparation, dans le cadre d’un séjour de plusieurs mois à un an, est également indispensable.

Nutritionniste, Catherine, une Canadienne, a vécu « l’une des plus belles expériences » de sa vie en Tanzanie en 2008. Après un premier séjour de deux semaines dans des dispensaires de la région du mont Kilimandjaro, elle y est revenue pour un an cette fois. « Il m’est devenu logique de revenir, plus longtemps, pour développer quelque chose de durable ». Sur place, la collaboration avec le personnel tanzanien est idéale : « Les gens connaissent toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un. Et ça, c’est de l’or pour un bon projet de développement durable. Et quand je dis bon, je veux dire bon pour la population ».

Au cours de son séjour, elle créée également un jardin potager à l’école secondaire du village où elle travaille, de quoi procurer deux repas hebdomadaires aux 245 élèves de l’établissement. De quoi la combler : « Les gens que tu aides progressent par eux-mêmes pour eux-mêmes : voilà, le sentiment du travail accompli ». Depuis son passage en Tanzanie, Catherine a effectué des missions dans d’autres pays africains, inoculant à ces collègues canadiens son enthousiasme à concrétiser les objectifs.

Quand certains décident de rester plusieurs mois, d’autres ne font que passer. Cette autre forme de tourisme solidaire permet à des voyageurs de dormir chez l’habitant ou dans les villages. Lancé dès les années 1970 au Sénégal, il cherche surtout à réduire les inégalités entre les régions du littoral et celles enclavées. L’argent du tourisme va ainsi directement à la population qui peut financer des projets de développement, une école ou un dispensaire par exemple.

De plus en plus de retraités européens s’essayent à ce tourisme, à la recherche de véracité, en marge des circuits balisés par les tour-operators. Jean-Louis et Nicole, deux enseignants retraités de retour du Sénégal, ont été comblés par leur séjour : « Nous voulions voyager différemment, en étant plus proche des habitants. C’est réussi, et en plus nous aidons la population en séjournant dans le village. Nous sommes repartis avec une meilleure compréhension de la vie des Sénégalais, et nous incitons nos amis à faire comme nous. »

La philanthropie touristique, elle, se développe peu à peu. Plusieurs conférences internationales ont d’ailleurs eu lieu depuis 2008, en Tanzanie et au Costa Rica, à l’initiative d’une organisation américaine, le Centre du tourisme responsable (CREST). Pour Martha Horney, sa directrice, la philanthropie est une réelle opportunité pour les villageois et les communautés exclues du cycle habituel de l’économie  touristique : « La générosité des touristes et l’intérêt apporté au pays visité n’existent pas ou trop peu avec le tourisme traditionnel ».

Vision du monde, une agence spécialisée dans le voyage solidaire, reverse un pourcentage de la somme payée par les voyageurs aux communautés locales visitées. Pour l’Afrique, un appui intéressant est apporté à des projets au Maroc dans l’accès à l’eau courante et à l’électricité, dans des toilettes pour une école ou un système d’assainissement des eaux usées dans un village. D’autres soutiens existent en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et à Madagascar. En Afrique de l’Est, Kenya et Tanzanie principalement, des compagnies de safaris incluent dans leurs prix des visites dans les villages voisins des parcs nationaux. Des logements pour les enseignants des écoles des villages ont pu être construits par ce biais : chaque village touchant, des sociétés de safaris, l’intégralité de l’argent versé par les touristes, souvent une vingtaine de dollars par personne.

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