Mexique : le réveil de la société civile à la veille des élections du 1er juillet

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A l’approche des élections fédérales du 1er juillet, journalistes et défenseurs des droits de l’homme demeurent les cibles d’assassinats et de menaces. Face à une classe politique engluée dans les scandales et les liens avec le narcotrafic, la société civile tente de fourbir ses propres armes.

Donnant l’ancien gouverneur de l’État de Mexico Enrique Peña Nieto, 45 ans, très loin devant les trois autres candidats à l’élection présidentielle du 1er juillet prochain, sondages et médias mexicains martèlent l’inévitable retour aux affaires du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui gouverna le pays sans discontinuer de 1929 à 2000. Cette mécanique huilée d’avant scrutin aurait pu durer encore un mois. Or, des étudiants mexicains des universités privées et publiques ont fait irruption dans la campagne en lançant un mouvement spontané, horizontal et sans affiliation partisane. Une première.

La visite d’Enrique Peña Nieto à la prestigieuse et coûteuse université Ibéroaméricaine a servi d’étincelle au mouvement Yo soy 132. Après une conférence face à des étudiants qui lui rappelaient son bilan catastrophique en matière de droits de l’homme lors de son mandat de gouverneur – crimes en série contre des femmes, répression aveugle contre un mouvement social a San Salvador Atenco en 2006 –  le candidat a pris la fuite devant la foule mécontente. Son entourage de campagne a immédiatement dénoncé une manœuvre de “la gauche” pour saboter sa visite, en sous-entendant que les étudiants venaient de “l’extérieur”. L’accusation a été reprise par de nombreux journaux tout à la dévotion de l’ancien gouverneur. La réplique fracassante des intéressés à ces accusations a essaimé les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Youtube) : dans une vidéo, 131 d’entre eux revendiquent haut et fort leur appartenance à l’université en brandissant leur carte d’étudiants. De là est né leur mouvement intitulé Yo Soy 132, “je suis le 132e” http://yosoy132.mx/.

Selon ces étudiants, “le recul de la misère, des inégalités, de la pauvreté et de la violence”, est suspendu à la transparence de l’information. Mise en place d’une charte éthique médiatique, fin du duopole télévisuel entre les mastodontes Televisa et TV Azteca, temps de parole plus équitable pour tous les candidats et garanties réelles de liberté d’expression : telles sont les principales exigences de ce mouvement. Des revendications urgentes dans un pays où  l’indépendance des journalistes pèse peu face aux dizaines de millions d’euros de dépenses publicitaires des candidats. Les étudiants ont déjà obtenu la retransmission du deuxième débat présidentiel sur la chaîne la plus regardée du pays. Quelques semaines auparavant, le groupe Televisa avait préféré diffuser un match du championnat national de football sur son antenne principale.

Le mouvement a vite conquis le cœur de nombreux intellectuels et écrivains  comme Paco Ignacio Taibo II, Elena Poniatowska ou encore Lorenzo Meyer, dépositaires de la mémoire du soulèvement étudiant de 1968, réprimé dans le sang par le gouvernement PRiste de Gustavo Díaz Ordaz, lors de la triste journée du 2 octobre. Sans se laisser comparer tout à fait à leurs prédécesseurs de Tlatelolco, les Yo Soy 132 ont tout de même gagné soutien de Javier Sicilia, le poète initiateur du Mouvement pour la paix après l’assassinat de son fils par des hommes de main, en mars 2011.

“Ils donnent une leçon de dignité au pays”, a lancé le poète à l’adresse des étudiants qu’il rencontrait récemment. Quinze jours plus tôt, le Mouvement pour la paix célébrait l’adoption de la loi générale pour les victimes. Votée à l’unanimité sous la pression des organisations de défense des victimes de l’offensive fédérale contre le narcotrafic, qui a cause près de 60 000 morts depuis 2006, cette nouvelle législation oblige l’État mexicain à élucider des assassinats, des disparitions ou des enlèvements trop souvent ignorés par une police indifférente ou dans certains cas complice. La loi prévoit également des dédommagements, grâce à un fonds alimenté par les saisies de biens confisqués aux cartels. Un mécanisme de protection est également prévu pour les défenseurs des droits de l’homme et des journalistes, lourdement touchés par un état de guerre qui ne dit pas son nom.

Même si le candidat du PRI garde une confortable avance dans les sondages, le candidat de la gauche, Andrés Manuel López Obrador pourrait bénéficier de ce réveil de la société civile contre la crise morale des élites politiques et médiatiques. Réponse le 1er juillet, dans les urnes.

 

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