Quand art contemporain et développement se conjuguent au pluriel

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Fresque de Makwacha, le village des femmes peintres, à 41 kms  de Lubumbashi @ Georges Nsenga Asani
Fresque de Makwacha, le village des femmes peintres, à 41 kms de Lubumbashi @ Georges Nsenga Asani

Impliquer des artistes du continent africain dans des projets de développement à long terme, c’est l’ambition d’African Artists for Development (AAD).

Fondé en 2009 par Matthias Leridon, président de la société d’investissement privé Cofilebo et de la société de conseil en communication Tilder, et Gervanne Leridon, commissaire priseur, tous deux passionnés d’Afrique et grands collectionneurs d’art contemporain du continent, AAD fonctionne via un fonds de dotation privé. Un fonds qui relève d’un mécénat humanitaire et indépendant, dont le principe est d’associer des créations d’artistes africains contemporains à des micro-projets de développement.

L’originalité de la démarche réside dans la volonté de promouvoir l’art et le développement l’un dans l’autre et non séparément. Sa force est de générer du développement économique et social en décloisonnant les mondes de l’entreprise, des ONG et de l’art. AAD a d’ores et déjà porté plusieurs projets d’envergure. L’initiative « Les bulles de Bukavu », par exemple, en République Démocratique du Congo, a appuyé l’édition de la bande dessinée Les Diamants de Kamituga, de Séraphin Kajibwama, pour véhiculer un puissant message de prévention et de lutte contre le virus du Sida dans une région où plus de 20% de femmes subissent des violences sexuelles. Le projet s’est monté en partenariat avec les associations française Solidarité Sida et congolaise SOS Sida, récipiendaire du bénéfice des ventes en France. Cent mille exemplaires ont été distribués gratuitement dans la région de Bukavu.

Danser pour reprendre confiance

Dernier projet en date qu’AAD s’apprête à lancer au Tchad, et qui devrait se développer pendant quatre ans dans une dizaine de pays (Congo, Centrafrique, Ethiopie, Ouganda…), « Regugees on the move » : des ateliers de création chorégraphique dans des camps de réfugiés, au nombre de 300 000 dans ce pays enclavé, selon le HCR. A partir du 7 novembre, avec le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, une équipe d’AAD se rendra dans les camps tchadiens de Moula et de Yaroungou, à la frontière centrafricaine, où cohabitent des réfugiés centrafricains et darfouris. Elle suivra le travail de Taïgué Ahmed, jeune et talentueux chorégraphe tchadien, et de dix danseurs de son association Ndam Se Na (Dansons ensemble en Ngambaye), auprès des habitants des camps et des populations alentours.

Pendant un mois, ils œuvrent à redonner de la confiance, de l’amour propre à des populations dont l’environnement quotidien n’est que violence. AAD projette de former sur place des animateurs à même de poursuivre le travail d’Ahmed après son départ.

Aux côtés de Taïgué Ahmed et de ses danseurs, Marie Bede Koubemba, chorégraphe du Congo Brazzaville, lancera ensuite le projet dans son pays et accueillera lui même un chorégraphe centrafricain. A son tour, celui-ci ira animer des ateliers en Centrafrique. Un passage de relais de l’espoir pour permettre aux réfugiés de se réapproprier leur corps, de se remettre debout.