Et Merci pour le choléra !

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La vie à Port-au-Prince est presque comme n’importe où dans le monde. On y naît et on y meurt, sans doute plus qu’ailleurs, mais comme partout, entre temps on y vit…

L’espoir de jours meilleurs est encore vivace dans les yeux des plus jeunes. Comment cela pourrait-il être pire ? Non, Haïti n’est pas vomi des Dieux. Une malédiction pour nous rappeler notre condition à tous. Vivre sous une tente, prendre sa douche au milieu des autres, chercher de quoi pour manger, et puis… prier toujours pour quelque chose, comme ne pas attraper le choléra. Peut être que c’était déjà comme ça avant. Avant le jour où tout a littéralement basculé.

On survivait déjà à l’époque mais on ne savait pas encore que le pire était à venir. Il n’y avait pas ce deuil collectif d’une époque révolue. Il n’y avait pas encore l’Avant et l’Après. Il n’y avait pas non plus la hantise collective de cette maladie inconnue qui emporte les survivants du séisme. Si facile à attraper et tellement impressionnante à voir et à vivre. Si facile à traiter pourtant, lorsque les moyens sont mis en œuvre.

 Il y a un goût amer à naître de ce côté de l’île. Une injustice tellement criante. Le « On ne choisit pas là où l’on naît » se fait ici vérité.

Reste le fatalisme. Comment faire autrement ? On peut se rebeller contre la mauvaise gestion politique et économique, difficilement contre un tremblement de terre ou des cyclones en soi… Mais on peut demander des comptes aux politiques : pourquoi sommes-nous si peu prêts à subir, à gérer ces cataclysmes? Les temps changent cependant.

Preuve en est, le 3 novembre dernier, plus de 5000 victimes du choléra ont porté plainte devant les instances de l’ONU, dont une partie des bonhommes en casques sont tenus pour responsable de l’introduction du vibrion souche du choléra. Les Haïtiens l’ont accepté, l’aide internationale – ce cadeau, après le séisme. Mais ils ne savaient qu’il y avait une contrepartie. Le choléra.

Les études scientifiques ont confirmé  l’import de la souche par des soldats népalais de la Minustah. Les victimes du choléra veulent réparation. La réponse de l’ONU tarde à venir.

Depuis le dépôt de cette plainte il y a plus d’un mois, près de 26 000 nouveaux cas de choléra ont été enregistrés et près de 200 nouveaux morts répertoriés. A en croire les organisations médicales internationales, le vibrion se « plait » sur l’île, proie facile. Une nouvelle urgence pour des décennies dont les Haïtiens se seraient bien passés.

En marchant sous ce soleil de plomb, je m’interroge sur cette douloureuse acceptation de la misère, pendant qu’eux, survivent. Il y a je trouve quelque chose d’indécent à cette promenade.

Avant de remonter dans la voiture, j’aperçois brièvement des enfants, à peine cachés par une porte qui tangue, qui prennent le large, à trois dans une bassine pleine d’eau…

Je souris…

Et puis Non.

Leurs rires, semblables à tous les gamins du monde, n’ont pour effet que de souligner la cruauté de leur environnement. Pour eux l’avenir y est aussi sombre que le ciel y est bleu. C’est une notion lointaine dont ils n’ont pas les clés. Le concret, pour eux, c’est la vie sous une tente, la douche au milieu des autres, la débrouille pour trouver de quoi se nourrir un peu ; et puis… l’hygiène, la santé… : comme on peut ! D’ailleurs, pour ça, on prie Dieu…

Bâtir, reconstruire, certes. Se nourrir, se vêtir, se laver, se loger, aller à l’école… Sourire, si possible. Vivre dans le souvenir du séisme et éviter de mourir du choléra. Et se demander ce qu’il peut encore bien advenir de pire.

« Souriez, vous êtes vivants ».

 Des mots pour les enfants…

 

 

 

 

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