La colère des monarques du Golfe contre l’Amérique

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Couverture du livre , Ces 30 ans qui ébranlèrent le Golfe PersiqueUn vent de fronde souffle dans les monarchies du Golfe et ce qu’on appelle le « Printemps arabe » n’y est pas pour rien. Mais la fronde en question vise le président américain Barack Obama. Ses encouragements adressés aux manifestants de Tunis, du Caire, ou de Manama ont suscité chez les monarques de la Péninsule arabique l’incrédulité, qui a vite fait place à une franche colère.

Le lâchage de Hosni Moubarak par l’administration américaine a renvoyé les autocrates du Golfe plus de trente ans en arrière, lorsque Jimmy Carter avait laissé tomber le Shah d’Iran, donnant un quasi feu vert à la révolution islamique de l’ayatollah Khomeyni (c’est du moins ainsi que l’ont ressenti rois et émirs de la rive arabe du golfe Persique). Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, qui se trouvait en convalescence au Maroc, est rentré “dare-dare” au pays pour reprendre les choses en main.

Le 12 mars, le secrétaire américain à la Défense, qui se trouvait à Bahreïn, apportait ouvertement le soutien de Washington aux aspirations démocratiques des manifestants de la place de la Perle qui défiaient le régime de la dynastie Al Khalifa, ridiculisant l’argument officiel selon lequel ces mêmes manifestants étaient des agents iraniens. Deux jours plus tard, les chars saoudiens traversaient le pont-digue reliant le Bahreïn à l’Arabie pour manifester le soutien des pays frères du Conseil de coopération du Golfe – en réalité, pour donner un coup d’arrêt à un mouvement qui fragilisait le régime sunnite des Al Khalifa et menaçait de gagner la communauté chiite de la province orientale du royaume saoudien.

Arrestations massives, tortures, disparitions, licenciements se sont depuis lors succédé à Bahreïn, tandis que le régime tentait sans grand succès de convaincre les pays occidentaux qu’il venait tout juste d’échapper à une gravissime campagne de subversion orchestrée par l’Iran.

N’en croyant pas un mot, les Américains ont cependant mis une sourdine à leurs appels à la démocratisation et ont tenté de se réconcilier avec les Saoudiens, sans grand succès. Un proche de la famille royale, Nawaf Obaid qui dans le passé a plusieurs fois servi de poisson pilote pour faire passer des messages, a publié le 16 mai une tribune dans le Washington Post dans laquelle il affirme que les relations saoudo-américaines avaient subi une secousse tectonique sans précédent depuis soixante ans et que désormais, les Saoudiens ne tiendraient plus compte des intérêts américains dans leur politique.

Dans son discours-clé du 19 mai sur le Moyen-Orient, Barack Obama n’a pas mentionné une seule fois l’Arabie Saoudite. En revanche, il a à nouveau exhorté les dirigeants de Bahreïn à dialoguer avec l’opposition. De toute évidence, le président américain n’est pas impressionné par les menaces saoudiennes, sachant pertinemment que Ryad n’a pas d’allié de rechange lui permettant de se fâcher durablement avec les États-Unis.

Olivier Da Lage vient de publier : “Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe Persique” aux Editions du Cygne.

 

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