La crise sociopolitique et humanitaire au Mali : quel vivre ensemble demain ?

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Le Mali traverse une situation de crise grave de gouvernance et de conflit. Le 22 mars 2012, le président en exercice  Amadou Toumani Touré est renversé par  un groupe de sous-officiers suite  à un putsch militaire dirigés par le capitaine Amadou Aya.

A la suite, la constitution est suspendue, plusieurs responsables civils et militaires sont mis aux arrêts, la classe politique divisée. D’un coté le FDR légaliste s’agrippant à la constitution, en face le COPAM, le MP22, Alternative IBK 2012, L’armée en capilotade, la hiérarchie brisée, le pouvoir en lambeaux. Une répression s’abat sur les opposants au putsch militaire, mettant ainsi le pays dans une situation de grave crise de gouvernance de même que le péril des efforts de plus de cinquante ans d’indépendance et  l’intégrité territoriale après plus de vingt ans d’alternance pacifique et de stabilité politique isolant ainsi le pays des instances internationales.

Auparavant, en janvier 2012, une nouvelle rébellion armée voyait le jour avec l’attaque perpétrée sur la ville de Ménaka. Les régions du nord tombent successivement sans combat entre les mains des groupes armés occasionnant l’occupation des deux tiers du territoire national : Kidal, Gao et Tombouctou  resteront de longs mois sous la coupe des groupes terroristes islamiques et le Mnla (Mouvement national pour la libération de l’Azawad).

Pendant que les groupes armés décident de l’occupation totale du pays, la confusion règne à Bamako, les institutions de la république sont fragilisées, le pays est à nouveau en face d’une crise institutionnelle.    Des marches de soutien ou de protestation sont organisées. Le président de la République sera agressé dans son palais et donné pour mort suivant différentes versions.

Diverses appréciations sont faites de cette crise. Au sommet de l’Etat se trouve un triumvirat  qui ne fait pas bon ménage : un président intérimaire, un Premier ministre de « pleins pouvoirs » et un chef de junte bunkerisé dans sa garnison de Kati à15 kmde Bamako. Le président tirant sa légitimité de la Constitution, le Premier ministre ayant pour référence l’Accord Cadre Cedeao Cnrdre (junte militaire) et le capitaine Sanogo doit son assise aux armes.

Des groupes armés et de leur ligne de conduite

Le MNLA a été créé en octobre 2011 de la fusion de plusieurs groupes touaregs qui avaient trouvé refuge en Libye et qui sont revenus au Mali après la chute de Kadhafi.  Il se présente comme « un mouvement révolutionnaire et laïc qui lutte pour le droit à l’autodétermination de l’Azawad » et il est dirigé par Mohammed Ag Najim, ancien colonel de l’armée libyenne. Le 6 avril 2012,  il  proclame son indépendance à travers les médias occidentaux . Cette indépendance n’a été reconnu, à ce jour, par aucun État. Les différents groupes armés au nord du Mali ne partagent pas les mêmes objectifs.

Le MNLA milite pour l’indépendance de l’Azawad constitué par la  partie nord du Mali.

Le groupe  islamiste Ansar dine (en arabe « Défenseurs de la religion ») a été créé en décembre 2011. Il est dirigé par un Touareg, ancien dirigeant des rébellions des années 1990 : Iyad Ag Ghaly. Contrairement au MNLA, le groupe Ansar din ne remet pas en cause l’intégrité territoriale du Mali.  Il prêche l’intention d’imposer la Charia sur l’ensemble du pays.

Quant à  Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique), il est issu du groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien. Il a été créé suite à son allégeance, le 11 septembre 2006, à Oussama Ben Laden. Il s’est installé dans le nord du pays sans trouver de résistance de la part de l’État malien. Cette passivité des autorités maliennes a permis à AQMI de se constituer un sanctuaire dans cette région du Sahel où il a détenu et détient de nombreux otages. Certains ont été échangés contre des rançons grâce à la médiation de l’État malien et/ou burkinabè. AQMI compte dans ses rangs des combattants de diverses nationalités, notamment algérienne, mauritanienne, sénégalaise et malienne de même que  Boko Haram  et Ansarou qui sont des groupes islamistes actifs au Nigeria qui ont liés des  liens avec AQMI.

Le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest)  est né en fin 2011, d’une défection des rangs d’AQMI. Le mouvement a revendiqué notamment l’enlèvement, fin octobre 2011, dans la région de Tindouf (sud-ouest de l’Algérie) de trois travailleurs humanitaires (deux Espagnols et une Italienne), puis l’enlèvement de sept diplomates algériens le 5 avril 2012 à Gao au Mali. Il prêche  l’application de la charia sur les populations qui  doivent subir désormais les affres d’une occupation de fait au nord du pays par des groupes armés séparatistes et salafistes coalisés transformant cette partie  du Mali en un état taliban au cœur du Sahara avec des combattants  Afghans et Pakistanais.

De nos jours, ces différents groupes terroristes prêchent un islam radical et prolifèrent des menaces à l’endroit des pays du sahel et de l’occident. À ces groupes armés viennent s’ajouter plusieurs milices arabes et touaregs qui bénéficient du soutien de l’état Malien.

Les milices songhoi interviennent en cas de crise et vivent le long du fleuve Niger. Ce sont : le mouvement patriotique Gandakoye et le Gandayzo (« maîtres de la terre », en songhay) et Ganda Izo (« fils du pays »).

Le Mouvement patriotique Ganda Koy a été créé par d’anciens membres de l’armée malienne lors de la  rébellion touarègue des années 1990.

L’occupation du Nord et sa horde de malheurs

Au nord, les populations sont soumises à toutes sorte d’exactions et l’application radicale de la charia islamique conduit à  des amputations, flagellations, confiscations de libertés individuelles et collectives ; imposition de tenues vestimentaires, destruction de mausolées, recrutement d’enfants soldats,  violences sexuelles, mariages forcés.

Au delà se développe un vaste trafic d’armes et de drogue dont les tentacules dépassent de loin les frontières du Mali et du Sahel occidental. Les révolutions arabes ont bouleversé l’équilibre des forces dans toute la région créant ainsi une situation d’instabilité favorable pour le refuge des terroristes qui cherchent à étendre leur influence.

Cette situation est favorisée par  l’absence de structures étatiques effectives et les carences de développement qui ont favorisé l’émergence de revendications autonomistes et l’apparition de groupes et de milices armés dans le nord du Mali, la libre circulation transfrontalière des armes qui alimentent les conflits dans les pays du sahel.

C’est aussi la conséquence directe de la chute de Kadhafi qui a vu le retour de plusieurs touaregs de sa légion militaire, l’attaque des garnisons militaires, la destruction et le pillage des biens publics et privés, les violations graves au droit international humanitaire à travers les massacres de Tessalit et Aguelhok  en exécutant froidement des militaires prisonniers de guerre. Ansardine et le MNLAla sont indexés par la plupart des observateurs avisés des pratiques de ces mouvements d’un autre âge.

La nouvelle donne – l’occupation du nord par les groupes armés – occasionne le déplacement des populations à l’intérieur et l’extérieur du pays dans les pays voisins occasionnant une situation de crise humanitaire aggravée dans les pays du sahel.

On recense près de 400 000 refugiés dans les camps de Mauritanie, d’Algérie, du Niger et du Burkina Faso. Avant cette catastrophe, les enquêtes sanitaires et des missions de l’Unicef attiraient déjà l’attention des autorités nationales et organisations internationales sur l’état de malnutrition dans lequel se trouvaient plusieurs milliers d’enfants au Nord.

A Bamako, la vie n’est aussi pas rose pour les déplacés. Aux charges de logement et de nourriture s’ajoute  l’incertitude des lendemains pour des milliers d’enfants qui vont difficilement à l’école.

Le cycle résiduel de l’irrédentisme peut s’expliquer par plusieurs facteurs et derrière tous ces agissements se cachent des enjeux géopolitiques et stratégiques : la région a connu un regain d’intérêt depuis les prospections minières par plusieurs sociétés.

En plus du retour des combattants de la Libye, il faut comprendre le cycle des crises au Mali.  L’histoire des crises au Mali énumère trois causes essentielles de par le passé :

L’héritage colonial

La colonisation a laissé des frontières poreuses, des limites territoriales litigieuses et un système d’administration inapproprié compte tenu de la diversité ethnique et l’existence de plusieurs empires et royaumes, fractions et tribus.

En lieu et place du mode de gestion traditionnel avec des diversités et réalités différentes l’option d’un état fort centralisé pour la cohésion nationale est préconisée par le colonisateur.

Le problème touareg

Le peuple touareg n’adhère pas à l’idée d’administration dans laquelle il ne se reconnait nullement. Il a été réprimé.

Trois ans après l’indépendance en 1960, c’est le début du soulèvement du même peuple. Il est réprimé à nouveau  et le Nord connaitra le cycle de mouvement de crises de révoltes successives  de 1988 à 1991. Les accords de Tamanrasset interviendront avec plus tard  la signature du pacte national, octroyant un statut particulier pour le nord

De 1960 à aujourd’hui, cette quiétude a certes été troublée quelques fois, notamment dans la première partie de la décennie de 1990 lorsque des individus, en juin 1990, ont déclenché une rébellion armée contre le pouvoir central avec pour revendications les exigences d’une meilleure politique d’administration et de développement des régions déshéritées du nord.

Déjà au cours de cette décennie, les droits de l’homme ont été constamment et gravement violés de part et d’autre, avec la mort de nombreux innocents. Pourtant, il n’y a jamais eu aucune enquête pour situer les responsabilités et enclencher la justice. Au contraire, sous la médiation algérienne et la pression de l’Occident, les autorités ont fait dans la compromission  des programmes d’intégration et des projets de réinsertion socioéconomique des ex-combattants des mouvements et fronts unis de l’Azawad et de Ganda Koy.

La faiblesse de l’Etat

En cinquante ans d’indépendance, le Mali a connu plusieurs coups d’états, tentatives de coup, de même que l’organisation de plusieurs élections avec des faibles taux de participation, la mauvaise gouvernance caractérisée par des politiques contre productives, sans visions et sans participation populaire ni contrôle démocratique avec  parfois l’imposition de leaders.

A titre d’exemples :

Au niveau politique, la confiscation du pouvoir, la faible participation citoyenne.

· 31,4 % pour les élections présidentielles de 1992

· 22,7 % pour les élections législatives de 1992

· 38,4 % pour les élections communales de mai 1999

· 43,2 % pour les élections communales de juin 1999

· 29,9 % pour les élections présidentielles de 2002

· 30 % pour les élections législatives de 2002

· 37,06 % pour les élections législatives partielles de Mopti de 2006

. 16,32 % pour les élections législatives partielles de Sikasso de 2006

· 9,48 % pour les élections législatives partielles de la Commune V de Bamako de 2006

· 32,19 % pour les élections législatives de 2007

· 35,38 % pour l’élection présidentielle de 2007.

Tous les ingrédients de défaillance et de faiblesse tant au plan sécuritaire qu’institutionnel sont ainsi réunis.

Avec  l’avancée des islamistes et l’occupation de certaines localités au sud comme Konna dans la région de Mopti et Diabaly dans la région de Ségou, la crise prend une autre dimension.

Humilié, agressé et pris en otage, à cause de sa fragilité  politique et sécuritaire, le Mali ne pouvait que demander  une intervention militaire internationale immédiate  pour sauver sa souveraineté. Cela  après une longue médiation et négociations marquées par une succession de sommets, colloques, rencontres unilatérales souvent même dans le désert  et confiées au Burkina Faso dans le but  de trouver une réponse  de  sauvegarde de son intégrité territoriale  et de sa souveraineté.

Plusieurs observateurs trouvent  négatif, le rôle joué par le président du Burkina Faso Blaise Compaoré, à cause de son manque de crédibilité et de neutralité dans la médiation.. Comme avoir envoyé un avion militaire à Gao héliporter des combattants du MNLA blessés au moment où le reste de la population restait sans assistance ou l’hébergement des combattants du MNLA  juste  à coté de la résidence de l’ambassadeur du Mali à Ouagadougou comme pour narguer Bamako… Du temps précieux a été perdu. Les agissements du médiateur ont  été considérés comme une prise de position.  Comme un signal fort, la Mauritanie et l’Algérie n’étaient pas favorables   à  une intervention militaire  souhaitant la voie du dialogue en lieu et place de la guerre.

La guerre étant imposée au Mali, il n’y a plus d’alternative possible suite à l’échec des multiples initiatives et tentatives de sortie de crise de la Cedeao.

A l’appel du président Traoré, les troupes Françaises débarquent au Mali, suivies par certaines troupes Africaines pour  affranchir  un peuple opprimé et humilié.

Cet engagement de l’intervention de l’armée  française au Mali est loin d’être une guerre coloniale ou néocoloniale, ce n’est aussi rien de la Françafrique. C’est  juste une guerre ayant  l’adhésion et le soutien de plusieurs autres pays de l’Europe et des Etats-unis d’Amérique . De même que les armées africaines engagées pour en découdre  avec les terroristes et décidés à instaurer l’autorité et la souveraineté  avec l’appui de la communauté internationale .

 Quelles pistes de solutions

Plusieurs interrogations se profilent pour chercher une voie royale de gestion de la double crise institutionnelle et sécuritaire.

Le dialogue politique est-il encore possible ? Avec quels acteurs négocier ? Que faut- négocier ? Quelle leçon tirer des accords passés ? Comment préserver la cohésion sociale ? Toutes ces interrogations méritent des réponses précises pour la gestion de cette crise au Mali et le manque d’interlocuteur reste le principal handicap surtout avec la versatilité du Mnla.

Après cette guerre imposée par les groupes islamistes, la promotion de la prise en compte des divers composants de la société est indispensable pour la restauration de l’unité de l’état, sa légitimité et la cohésion sociale afin de  doter le pays d’une équipe consensuelle capable de proposer un plan de sortie de crise.

L’honorable Assarid Ag Imbarkawane député élu au nord, vice président à l’assemblée nationale du Mali disait : «je ne crois pas qu’il y ait une solution politique à cette crise. Je n’ai jamais cru à une solution politique, pour la simple raison que nous avons affaire à des combattants liés à Al Qaïda, au Pakistan, en  Afghanistan, en  Irak.. Et avec lesquels on ne peut pas négocier. Ce sont des islamistes radicaux. Ils veulent instaurer la Charia sur l’ensemble du territoire national, dans un premier temps. Ensuite, cela sera au niveau de toute l’Afrique et, pourquoi pas, du reste du monde».

Ce qu’il faut faire aujourd’hui c’est :

* La reconquête du Nord par tous les moyens en respectant le droit humanitaire international ;

* La réorganisation des forces armées et de sécurité qui passe par une formation et un réarmement moral

* L’application correcte de la feuille de route adoptée à l’unanimité par les députés à l’assemblée nationale qui dans son contenu doit préciser  la durée de la transition qui s’articule autour de deux points essentiels : la restauration de l’intégrité territoriale et l’organisation d’élections transparentes et libres pour rétablir la légalité constitutionnelle, la préservation et la démocratie, le rétablissement de l’unité, la laïcité.

* La Poursuite par la Cour Pénale internationale des auteurs et complices  d’exactions ou de violations de droits de l’homme ;

* L’organisation d’un débat national ou d’une conférence nationale pour apporter des réponses aux différents maux qui minent le Mali. Il s’agit de diagnostiquer  les raisons de l’effondrement de l’autorité de l’état, la corruption, la mauvaise gouvernance, le sous-équipement de l’armée, l’occupation du nord par des narcotrafiquants, le déficit de  la bonne gouvernance et la décentralisation ;

En conclusion, l’histoire retiendra que le Mali a été secouée par  une crise profonde, mais  elle retiendra aussi que certains hommes politiques maliens après vingt  ans de démocratie ont applaudi et accompagné, l’un  des coups d’Etat militaire, le plus piètre des pays africains.

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