La peine de mort et la prison en Iran : au-delà du cas de la journaliste Roxana Saberi

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La politique de la terreur

La journaliste irano-américaine Roxana Saberi, 32 ans, a été libérée le 11 mai à Téhéran. Le mois dernier, elle avait été condamnée par un tribunal iranien à huit ans de prison pour espionnage au profit des Etats-Unis. En appel, sa peine a été réduite à deux ans et commuée en sursis… Roxana Saberi a quitté l’Iran.

Mais au-delà de la crise médiatico-diplomatique, cette affaire dévoile un pan de la stratégie mise en place par le régime de Téhéran pour maintenir la société iranienne dans un état de peur permanente. En effet, si Roxana Saberi n’encourrait pas directement la peine de mort pour les actes qui lui étaient reprochés, l’ «espionnage» – un des chefs d’inculpation de son procès, la peine capitale est néanmoins pratiquée dans certains cas en Iran.

Homosexualité, adultère, trafic de stupéfiants : comme le démontre un rapport récent de la FIDH (La peine de mort en Iran, Une politique de la terreur), l’éventail de délits et de crimes pour lequel le Code pénal iranien prévoit la peine capitale est si large et si démonstrative» (pendaisons publiques, lapidation…), qu’il n’a pour but selon l’organisation des droits de l’Homme que d’instaurer un climat de terreur politique, que l’on ressent désormais à tous les niveaux de la société.

Selon la FIDH en effet, la peine capitale est en effet devenue depuis quelques années un instrument important de répression pour le régime, et l’Iran détient le triste record du nombre d’exécution par habitant le plus important sur la planète. Particulièrement visée par cette politique, la liberté d’expression est une cible privilégiée du régime. «Activités subversive contre la sécurité nationale», «propagande séparatiste»… : les justifications ne manquent pas pour condamner à mort des journalistes.

De telles peines ne touchent la plupart du temps que des journalistes indépendants.  Signe des temps, en juillet 2008, un nouveau projet de loi passé devant le parlement iranien prévoyait l’extension du champ d’application de la peine de mort aux blogueurs accusés de «promouvoir la corruption, la prostitution, et l’apostasie».

A l’image de Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003 et directrice du Centre pour les défenseurs des droits de l’Homme, organisation affiliée à la FIDH, qui a choisi de défendre Roxana Saberi en appel, une partie de la société civile iranienne se mobilise pour résister à cette politique de terreur. Mais ses marges de manoeuvre sont limitées et elle ne peut réellement faire entendre sa voix que sur des sujets qui embarrassent le régime, comme la lapidation – un châtiment cruel toujours en vigueur et prévue par le Code pénal en dépit d’une réforme récente de ce dernier et des déclarations du Procureur général de Téhéran, ou encore l’exécution de mineurs.

2008 : année noire dans le monde

En 2008, dans le monde, au moins 2 390 personnes ont été exécutées et 8 864 ont été condamnées à mort. Amnesty International a enregistré des exécutions dans 25 des 59 pays qui ne sont pas abolitionnistes en droit ou en pratique. Quatre vingt treize pour cent des exécutions capitales ont eu lieu dans cinq pays : Chine, Iran, Arabie saoudite, Pakistan et États-Unis d’Amérique. A elle seule la Chine a procédé à au moins 1 718 exécutions, soit 72% de toutes celles effectuées dans le monde.

En Asie, 11 pays ont pratiqué la peine de mort : Afghanistan, Bangladesh, Chine, Indonésie, Japon, Corée du Nord, Malaisie, Mongolie, Pakistan, Singapour, Viêt-Nam.

Le Moyen Orient et l’Afrique du Nord sont la région avec le plus grand nombre d’exécution (508) après l’Asie. En Iran, lapidation et pendaison ont été utilisées pour tuer au moins 346 personnes y compris 8 mineurs délinquants. En Arabie saoudite, au moins 102 personnes ont été décapitées.

Aux Amériques, seuls les États-Unis persistent à exécuter régulièrement. Le Texas a procédé à 18 des 37 exécutions du pays. Quatre condamnés à mort ont été innocentés. Le seul autre pays à avoir appliqué la peine capitale est Saint-Kitts-et-Nevis avec une exécution fin 2008.

En Afrique subsaharienne, il y a eu deux exécutions, mais au moins 362 personnes ont été condamnées à mort. En outre, le Liberia a réintroduit la peine capitale pour vol, terrorisme et enlèvement.

A l’exception de la Biélorussie qui a exécuté quatre personnes en 2008, l’Europe est un continent sans peine capitale. L’Ouzbékistan et l’Argentine ont aboli la peine de mort pour tous les crimes.

Gaël Grilhot

Gaël Grilhot

Gaël Grilhot est journaliste indépendant.

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