Mali : lutte contre le Sida… Les médias oublient nos enfants

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La presse indifférente aux enfants

Par Issoufi Dicko

La question du Sida fait la Une de l’actualité au Mali, où il ne se passe pas un jour sans qu’il en soit question dans les journaux, sur les radios ou à la télévision. En dépit de ce tapage médiatique, le sort des enfants infectés, et affectés, par le VIH-Sida ne semble pas émouvoir la presse malienne.

En tout cas, ceux qui s’occupent de la lutte contre la propagation du VIH-Sida au niveau des enfants ne bénéficient pas de la visibilité médiatique accordée aux autres acteurs. Beaucoup de maliens ne connaissent pas Maly, dite Bibi SANGHO, ni son association. Pourtant, l’Association pour la Survie des Enfants au Mali (ASE-Mali) que dirige cette quinquagenaire, donne aux personnes infectées (et affectées) par le VIH des raisons d’espérer en des lendemains meilleurs. L’association recueille, en effet, les enfants de parents séropositifs et les prend en charge, de façon à leur éviter le même sort que leurs parents.

Après plus d’une décennie d’engagements, tant en faveur des enfants victimes du Sida que de parents séropositifs, la structure est mal connue, voire pas du tout. Le 31 décembre dernier, le président de la République avait décidé de décorer certains acteurs du développement économique et social du pays. Parmi les récipiendaires figurent Bibi SANGHO et un officier de police qui, échangeant les civilités avec sa voisine, lui dit n’avoir jamais entendu parler de sa structure.

La raison est toute simple : les médias n’accordent pas une grande couverture à la question du Sida au niveau des enfants. Le nombre d’articles parlant des actions d’ASE- Mali n’atteint guère la demi-douzaine. Ces actions s’inscrivent dans le registre de l’humanitaire et sont, de ce fait, moins rentables pour une presse généralement privée qui, en dépit de l’aide du Gouvernement, se débat dans toutes sortes de difficultés. En outre, l’association ne dispose pas des mêmes moyens que certains acteurs de la lutte contre le Sida.

Une presse peu intéressée

Les productions de la presse malienne sont alimentées, pour l’essentiel, par le compte-rendu des activités officielles menées dans le cadre de la lutte contre le Sida. Ce sont des journalistes généralement débutants qui en sont chargés, rarement pour faire la couverture. Il arrive parfois que des intervenants de la lutte contre la pandémie parviennent à faire la Une avec leurs activités, mais généralement la visibilité médiatique se limite à la célébration de la journée internationale de lutte contre le Sida, ou éventuellement aux manifestations conduites par les différents départements ministériels, qui ont tous une cellule de lutte contre la maladie.

Pour avoir des informations de première main sur la situation des enfants et des femmes en matière de VIH- Sida, il ne faut pas parcourir les productions de la presse malienne. Les différents rapports, des directions régionales ou Nationales de la Santé et des Affaires Sociales pourvoient aux besoins des chercheurs. A défaut, il faut se fier aux différentes enquêtes démographiques et de santé (EDS).

Le taux officiel de prévalence du VIH est de 1,3% (statistiques de 2006 ; source : Santé, Affaires Sociales, EDS IV), soit une légère baisse par rapport au chiffre de 2001 qui était de 1,7%. Toujours selon l’EDS IV, certains indicateurs ont connu une nette amélioration entre 2002 et 2006. Il s’agit notamment de la proportion de femmes enceintes acceptant le test de dépistage du VIH- Sida (de 32,1 à 58,2%), ou de la proportion de femmes enceintes séropositives sous traitement ARV (de 15,3 à 58,2%). Pendant ce temps, le taux de nouveau-nés séropositifs sous ARV est passé de 100% à 97,5%.

Les enfants, victimes oubliées

Pour obtenir la baisse du taux de prévalence du Sida au Mali, il a fallu initier et conduire un ambitieux programme de sensibilisation et d’information, auquel tous les médias locaux et nationaux ont pris une part active. La stratégie de communication de tous les intervenants (présidence de la République, départements ministériels, Haut Conseil National de Lutte contre le Sida, ONG…) est axée sur l’utilisation du préservatif (féminin ou masculin), la fidélité, voire l’abstinence, car de toutes les voies de contamination, les rapports sexuels non protégés sont pointés du doigt. La voie congénitale et la transfusion sanguine sont, certes, connues comme étant des voies de contamination. Mais le fait d’axer la stratégie de communication sur la voie sexuelle a été pendant longtemps à l’origine de la marginalisation des enfants dans les médias. Pendant ce temps, les efforts des acteurs du sous secteur sont ignorés, ainsi que la possibilité de les faire connaître du grand public et d’éventuels partenaires.

ASE- Mali, comme beaucoup d’acteurs de la lutte contre le Sida, est médiatisé lors du Téléthon de la télévision nationale, où beaucoup d’intervenants se font connaître et reçoivent des appuis de diverses formes de la part des populations. Après, c’est le silence sur leurs actions et leurs difficultés.

Parce que des difficultés, il y en a. Les enfants victimes du Sida que ASE-Mali accueille, suscitent souvent la frayeur de l’encadrement. Les premiers à avoir découvert que les enfants du Centre Niaber étaient de parents séropositifs, voire l’étaient eux-mêmes, ont déserté les lieux. Il a fallu toute la persuasion et toute la ténacité de la fondatrice pour les faire revenir.

Pour surmonter certaines de ces difficultés, ASE-Mali a recours à la demande d’appui de certaines chancelleries. C’est ainsi que les ambassades, de France et du Canada pour ne citer qu’elles, lui ont permis, à un moment donné, de faire face à certaines difficultés.

Pour que les actions et les activités de sa structure soient pérennes, Bibi ne voit qu’une issue : ” La communication. Car, dit-elle, l’orphelinat Niaber n’est pas connu des Maliens et l’on ne peut aider efficacement quelqu’un que l’on ne connaît pas “. Elle a cependant une consolation : le dévouement de personnes bénévoles qui consacrent leur temps, leur énergie et leurs ressources à ces activités.

“La plus grande richesse que j’ai eu, c’est la ressource humaine. Tout serait voué à l’échec sans le soutien des bénévoles, qui sont les principaux partenaires et qui viennent de l’étranger”, nous confie-t-elle.

Issoufi Dicko est journaliste au Ségovien (Mali)

 

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