Les barrières du cœur

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Il apparaît donc que la participation d’organisations locales aux projets est un facteur de réussite, essentiel. Ce qui n’empêche en aucun cas la dimension internationale. Les volontaires ou le personnel étranger apportent leur aide mais reçoivent leurs directives de l’organisation locale.

Nous devons par ailleurs nous garder d’avoir un discours extrême sur l’inutilité des organisations d’aide internationale dont le modèle a su répondre à des situations de crise et d’urgence durant plusieurs décennies et qui tentent de s’adapter aux exigences d’une solidarité qui ne cesse de se remettre en question ; que ce soit par leur mode de gouvernance, d’organisation ou par la participation de personnels locaux à leurs activités et à leurs organes de décisions. Il est vrai que la société australienne a cette particularité anglo-saxonne du don à la communauté.

Cela a pour effet d’exclure tout ceux qui ne sont pas considérés comme faisant partie cette communauté, en particulier les populations aborigènes qui sont fortement marginalisées(2). Pour prendre la mesure du phénomène, l’expérience de Blaze Aid nous est utile. Un article de The Monthly de Mai 2013(3) décrit l’histoire d’  Angus Guild, arrivé mi-janvier avec son camping car, dans la région de Gippsland après que 86,800 hectares de sa propriété soient partis en fumée. Angus a passé deux jours à organiser un camp pour Blaze Aid.

Deux mois après, 35 volontaires étaient installés et depuis, rapporte le journal, 487 personnes sont passées par le camp et ont reconstruit 130 kilomètres de barrières réparties sur 65 propriétés. « Certains restant quelques jours, d’autres plusieurs semaines et la plupart arrivant sans la moindre idée de ce qu’ils pourraient faire ».

Une autre histoire est relatée sur le site de Blaze Aid et nous apprend qu’après les inondations de 2011 et le passage du cyclone Yasi, 2 239 volontaires ont reconstruit 833 kilomètres de barrières et en ont réhabilité 1 109 kilomètres. Ce qui représente un total de 13 463 jours-homme. Leur estimation fait état d’une valeur de 4 millions de dollars répartis entre 591 familles aidées.

Le site web précise « qu’à tous les niveaux il était question d’efforts communautaires ». Et l’on peut aisément imaginer les difficultés qu’une telle entreprise entraine en terme de logistique, de ravitaillement, de transport, de coordination, de sécurité… La nécessité de la participation des communautés locales est ainsi reconnue par l’association, à tel point qu’elle les remercie et leur rend hommage dans ses publications.

Si l’on se réfère au nombre de feux de brousse auxquels l’Australie a à faire face chaque année (54 000), on prend la mesure du travail de  Blaze Aid. Afin d’être préparée à répondre à ces situations d’urgence,  l’association fait en sorte d’avoir toujours des moyens financiers suffisants pour pouvoir agir lorsqu’il le faut. Cela leur permet d’être efficace et réactif lorsque leur aide est nécessaire. La logistique joue un rôle primordial dans l’établissement d’un campement. Ce sont les communautés sinistrées qui viennent leur demander du renfort et pas l’inverse.

Ainsi, l’association ne se place pas dans une position de sauveur mais réellement de fournisseur d’aide. La coopération est au cœur des projets. Lorsqu’un désastre se produit dans une communauté, pour qu’un camp soit établi, Blaze Aid demande que le terrain soit fourni par les autorités locales, ainsi que l’électricité et qu’elles financent les groupes locaux qui prépareront les diners. Il est aussi demandé aux sinistrés de fournir le thé pour le matin et le déjeuner ainsi que, si possible, du matériel pour la reconstruction. Les médias locaux sont également mis à contribution afin qu’ils médiatisent l’action, ce qui aide à faire venir des volontaires.

En contrepartie, Blaze Aid fournit du personnel de coordination, les assurances, de l’équipement et des outils, les petits déjeuners et les déjeuners (si les sinistrés ne le peuvent), tente d’impliquer plus de propriétaires dans le projet et s’occupe de nettoyer le camp pendant et après le projet. Ce travail demandant beaucoup d’effort, Blaze Aid n’intervient que si une distance significative de barrière doit être reconstruite et que la catastrophe a affecté un certain nombre de personnes et de familles voulant travailler avec Blaze Aid (généralement 20 ou plus). Pour qu’un camp soit viable, il faut qu’il y ait au moins trois mois de travail. Nous sommes en présence d’une association qui repose sur l’entraide communautaire et qui agit sur une problématique très particulière et spécifique. Ce n’est pas une « association d’aide humanitaire » ou « d’aide à la reconstruction », ce qui est flou et permet à certaines organisations de parfois sortir de leur champ de compétences afin de répondre à des appels d’offres de toutes natures.

Cependant, même si l’expérience de Blaze Aid apporte des éléments intéressants au débat, ce qui est vrai en Australie ne peut pas forcément être étendu à toutes les zones du monde et certaines zones ont peut-être plus besoin que d’autres d’un regard extérieur (sans toutefois être inquisiteur) afin de résoudre des situations problématiques. Comme toujours dans les projets sociaux (internationaux ou non d’ailleurs), il faut s’adapter aux circonstances micro-géographiques afin que les actions soient couronnées de réussite.

(1) Cela se comprend aisément étant donné que l’association agit dans un pays occidental.
(2) Peu d’associations semblent s’occuper des problématiques rencontrés par les Aborigènes et l’action de l’Etat repose principalement sur la repentance, ce qui débouche sur une charité mal organisée censée le disculper de ses anciens crimes.
(3) http://www.themonthly.com.au/issue/2013/may/1366950578/lisa-clausen/blazing-fences-after-bushfire

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