Logo du RESCIUne conférence animée par Simplex Kambale Malembe, coordinateur régional du Forum des Amis de la Terre FAT – Grands Lacs, conseiller en développement rural et économie de développement était organisée le 21 mars 2012, à l’université d’Evry Val d’Essonne dans le cadre des “Conférences du Facteur Cheval” saison 2011 – 2012. Cette rencontre est placée sous l’égide du RESCI, le Réseau des Etudiants en Solidarités et Coopérations Internationales, en partenariat avec le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD).

Sabrina Le Noach s’est entretenue pour Grotius International avec Simplex Kambale Malembe…

Sabrina Le Noach : En novembre dernier se sont tenues la présidentielle et les législatives en République Démocratique du Congo. Les ressources naturelles, grande richesse de la RDC, et leur pillage n’ont pas été évoqués par les candidats. Comment l’expliquez-vous ?

Simplex Kambale Malembe : La RDC est un pays très riche tant pour ses ressources minières, ses biocarburants que ses terres fertiles. La terre fait donc l’objet de beaucoup de convoitise. Les grands producteurs ainsi que les multinationales, qu’elles soient chinoises, sud-africaines ou encore françaises (Bolloré,  Bouygues, etc.), exercent de fortes pressions pour la privatisation et pratique une vraie politique de prédation des terres.

L’administration congolaise, corrompue de la base au sommet, cède aux avances des entreprises et signe des contrats opaques, attribuant ainsi de grandes superficies aux sociétés étrangères au détriment des exploitants locaux. Face à l’importance de cette manne financière,  les politiques sont prêts à tout pour garder ces arrangements secrets et continuer à amasser de l’argent.

Sabrina Le Noach : Les problèmes d’autosuffisance alimentaire et de souveraineté alimentaire auxquels est confrontée la RDC sont donc liés à la prédation des terres ?

Simplex Kambale Malembe : L’accaparement des terres par les grandes compagnies posent un vrai problème pour le maintien d’une agriculture vivrière suffisante. Il ne faut néanmoins pas oublier les problématiques de gouvernance, notamment de gouvernance agricole. Au lieu de défendre les principes de la souveraineté alimentaire et de soutenir son économie agricole, le gouvernement a négocié l’ouverture de son marché aux entreprises occidentales (souvent dans le cadre de pratiques de corruption). Le dumping agricole empêche alors les fermiers d’écouler leur production et tue ainsi à petit feu la production agricole locale. Le phénomène est tel qu’à Kinshasa, nombreux sont les congolais qui n’ont pas mangé local depuis bien longtemps.

Sabrina Le Noach : Comment justifiez vous que la population ne se soulève pas ? Pensez-vous qu’un mouvement du type printemps arabe puisse avoir lieu en RDC ?

Simplex Kambale Malembe : Dans un premier temps, il y a une grande ignorance de la part de la population sur les agissements du gouvernement. La RDC est un pays dont les infrastructures ne sont pas développées. L’information venant de Kinshasa va donc mettre beaucoup de temps avant de parvenir dans les provinces. Puis, il faut aussi ajouter que les contrats signés par nos dirigeants avec les multinationales et les Etats européens sont maintenus secrets. Nous n’en connaissons pas les termes. Enfin tout mouvement contestataire, aussi minime soit-il, est violement réprimé.

Néanmoins, la société civile congolaise se structure peu à peu. Nous essayons de trouver une dynamique regroupant les différentes initiatives pour créer une vraie synergie entre les différents acteurs. Des rapports sont par exemple rédigés puis diffusés au niveau national et international. Notre objectif est de porter au grand public la question des ressources naturelles.

Sabrina Le Noach : Le changement viendra donc de la société civile selon vous ?

Simplex Kambale Malembe : Oui, je pense que face à des dirigeants corrompus, la société civile se doit d’être un contre-pouvoir. Elle doit opter pour des structures solides, poser des questions et soulever les problèmes de manière efficace. Il faut lutter contre cette ignorance des populations qui profite au pouvoir. La société civile doit pousser le peuple à demander plus de transparence aux gouvernants.  Il est désormais nécessaire de recréer un lien de confiance entre le peuple et ses institutions.

Par ailleurs, une collaboration Sud/Nord s’établie entre les ONG afin de sensibiliser les populations du nord aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Les citoyens occidentaux qui bénéficient de nos ressources doivent prendre conscience des conséquences que cela engendre pour nous. La société civile occidentale doit interpeller les dirigeants européens complices de l’exploitation de nos ressources et les pousser à se remettre en question afin de mettre un terme à  ces pratiques. Qu’ils expliquent d’où provient l’argent de Bolloré et Bouygues…

 

Sabrina Le Noach

Sabrina Le Noach

Sabrina Le Noach est juriste de formation. Actuellement étudiante en Master 2 Coopérations et Solidarités Internationales à l’Université d’Evry Val d’Essonne, elle est en charge de l’organisation des conférences au sein du Réseau des Etudiants en Solidarités et Coopérations Internationales (RESCI)