Mugabe, l’épidémie et le politique…

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Il  y a quelques semaines un grand hebdomadaire français consacrait une double-page au Zimbabwe. Pour l’occident Robert Mugabe, il est vrai, est l’image du Mal incarné. Cette «qualité» lui confère une aura médiatique importante, «vendeuse».

Paris-Match, dans ce numéro, a renoué avec son ancien slogan : le poids des mots, le choc des photos… Pleine page, le visage du dictateur zimbabwéen. Noir ébène. Notre mémoire télévisuelle et photographique nous renvoie à d’autres visages africains familiers : celui d’Idi Amin Dada, le cannibale, celui de l’Empereur fou Bokassa 1er… Le titre « Le choléra ou la peste » barre la photographie de Robert Mugabe. Sur la page voisine, le lecteur fait « connaissance » avec l’un des agents municipaux, grandes bottes en caoutchouc, pelle à la main, face à un trou encore vide… C’est lui qui enterre ses compatriotes morts du choléra.  L’épidémie a fait au moins 4000 morts. La lecture du rapport texte / images de cet article de Paris-Match, la lecture du non-dit, mais qui saute aux yeux comme une évidence, force à ce constat : le choléra est une maladie politique, c’est la faute du président Zimbabwéen qui mène son pays à la catastrophe humanitaire.

A l’instar de cet hebdomadaire, la plupart des organes de presse en Europe, notamment britanniques et français, ont traité de la crise humanitaire qui sévit au Zimbabwe avec une lorgnette diplomatique et politique, commentant et stigmatisant avant tout le bras de fer entre les capitales occidentales et Harare, se préoccupant très peu des victimes du choléra et de la faim. Ces victimes « n’alimentaient » les chroniques que pour servir de toile de fond à une campagne contre le vieux dictateur. Pour mesurer la fébrilité et l’importance de ce bras de fer par média interposés, il suffit de s’attarder sur quelques dépêches de l’Agence France Presse (AFP) de cette fin d’année 2008, des dépêches reprises par tous les grands média du monde. De Genève, le 22 décembre, l’AFP diffuse un communiqué publié par des experts des droits de l’Homme de l’ONU : « La crise sévère affectant le Zimbabwe ravage le pays à une vitesse alarmante (…) il n’y a pas assez de nourriture (…) On estime à 5,5 millions le nombre de personnes qui pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire. » Les experts craignent « un désastre ». L’Agence de presse évoque aussi le choléra qui, à cette date, a fait 1.123 morts et affirme que « cette épidémie illustre l’état de déconfiture du pays ruiné. » Le lendemain, le 23 décembre, c’est la Fédération internationale de la Croix-Rouge qui « monte au créneau » . L’AFP couvre la conférence de presse donnée par la Fédération internationale et reprend les mots employés par les représentants de l’organisation : nous sommes face à « un cocktail molotov humanitaire ».

la guerre médiatique

Toujours ce 23 décembre, l’Unicef entend faire, à son tour, entendre sa voix. « Au cours d’une conférence de presse téléphonique, explique l’Agence France presse, Roeland Monasch du Fonds des Nations unies pour l’enfance affirme que la maladie se propage toujours dans le pays, ce qui signifie qu’elle n’est toujours pas sous contrôle. » L’Unicef dit « tabler sur un scénario pessimiste ». Et Roeland Monasch conclue, écrit l’AFP, par ce propos : « le plus gros problème est la crise économique qui doit être réglée immédiatement… mais, cela signifie s’attaquer à la crise politique. » La contre-attaque médiatique vient le lendemain, le 24 décembre, depuis le Zimbabwe, une contre-attaque relayée par les agences internationales de presse dont l’AFP. Dans une dépêche, on apprend que l’ambassadeur chinois adjoint à Harare a annoncé que son pays – allié de Mugabe, fait « un don de 500.000 dollars pour lutter contre l’épidémie de choléra ». Le ministre zimbabwéen de la Santé David Parirenyatwa saisit l’occasion pour annoncer au monde que « l’épidémie est sous contrôle dans la plupart des régions »… Ces trois jours, du 22 au 24 décembre 2008, illustrent à eux seuls parfaitement la guerre diplomatique et médiatique à laquelle se sont livrés les capitales occidentales et Harare « sur le dos » d’une situation humanitaire réellement alarmante. Mais Robert Mugabe n’a pas plié sous le poids de cette campagne orchestrée. Il dirige toujours le Zimbabwe. Seule concession faite à la communauté internationale, la nomination de l’opposant Morgan Tsvangiraï au poste de Premier ministre. Les média ont largement couvert ce « coup » porté à Mugabe.

Les victimes du choléra et de la faim, elles, sont passées au second plan et servent de moins en moins de toile de fond aux reportages. Qu’en est-il aujourd’hui du « cocktail molotov humanitaire », du désastre annoncé comme « sans précédent » ? Mystère…

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