Renouveler l’humanitaire… Osons !

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humanitairesLe mouvement humanitaire, en France, n’est ni de droite ni de gauche. Dans nos débats de société, c’est silence radio : sur la montée et la banalisation du racisme, la percée du Front national, la déliquescence des partis politiques, la corruption, la pauvreté qui gagne une majorité de Français, la montée vertigineuse du chômage…

Sur tous ces sujets, les ONG comme MSF, MDM, ACF, Solidarités internationales, H.I, le Secours islamique, Acted, PU-AMI etc. n’ont-elles donc rien à dire ?

S’interdisent-elles toute prise de parole ? Sont-elles comme paralysées ? D’aucun diront – avec raison, que cette prise de parole ne fait pas partie de leur mission. Etre dans l’action, oui. Pour certaines d’entre elles, dans nos quartiers, dans certaines zones sensibles, ou auprès de minorités comme les sans-papiers, les Roms…

Absence de prise de position publique donc lors des temps forts de la démocratie française, élections municipales, régionales, présidentielle : il faut le reconnaitre. Faut-il s’en désoler aujourd’hui ? Le temps de le regretter arrivera-t-il ? Ce monde humanitaire en action dans le monde n’est donc pas classifiable dans l’espace politique nationale. Cet apolitisme apparent sera-t-il un jour assourdissant ?

On le dit pourtant : certains de ces « patrons » de l’humanitaire français sont des hommes politiques ratés. Contrariés. Un temps, celui d’une jeunesse militante, ils furent engagés, à droite ou à gauche. Très peu de ces hommes ou femmes ont un véritable parcours très  « marqué » à droite, ce parcours classique : mouvements de jeunesse d’extrême-droite, coups de feu en terres lointaines, embrigadements dans le champ politique pur, amitiés parallèles peu avouables avec certains intellectuels ou milieux.

Les motivations des jeunes / étudiant(e)s qui désirent embrasser la carrière – souvent par vocation, n’en sont que plus déconcertantes : eux aussi s’avouent dans l’ensemble ni de droite ni de gauche, matérialiste oui sans le dire mais il suffit d’évoquer leur avenir, leurs vœux – acheter une maison, fonder une famille etc., et s’avouent épris de « choses » (mot entendu) qui les transcendent : pureté, engagement, faire le bien. « Je veux faire le bien » dit une jeune femme en formation. Un discours un tantinet religieux sans ses fondamentaux – grandes ignorances de l’Histoire des religions etc. et du fait religieux en soi, tout simplement. Ceux-là ne sont pas les 30% de ces étudiants qui votent pour le fascisme feutré de Marine Le Pen. Eux sont plutôt les abstentionnistes. Ou les écolos-bobos.

Nombre de ces jeunes qui s’engagent dans l’humanitaire par le biais d’un premier stage ou CDD sont donc politiquement corrects. Sans plus. Ils sont déjà « dans le moule ». Mais veulent stopper la famine à des milliers de kilomètres, changer le monde loin là-bas. Nous sommes dans le prêt-à-porter idéologique. Bien sûr au grand bonheur des DRH et patrons d’ONG. Ces petits ‘tirailleurs’ de l’humanitaire partiront la fleur au fusil.

Maintenant soyons juste : faire le Bien avec ou sans majuscule n’est de droite ni de gauche. « Faire » de l’action humanitaire n’est ni de droite ni de gauche. Faut-il rappeler ici que l’action humanitaire est fille du monde politique et économique libérale? Construction laborieuse, si riche en débats d’idées depuis trois cents ans. De Londres à Paris… Donc que faire ? Que faire ? Comme disait l’ami Lénine…

Je réponds simplement qu’il est temps aujourd’hui que les patrons d’ONG descendent dans les amphis, aillent à la rencontre de ces jeunes humanitaires en herbe. Pour leur expliquer notre monde, ce à quoi ils se préparent, évoquer leur propre expérience de quelques décennies pour certains… Et remettre quelques pendules à l’heure, parler des valeurs qui portent le métier d’humanitaire. Rappeler l’impartialité, la neutralité, l’indépendance…La fameuse sainte Trinité qui avec un grand dosage d’inter-culturalité peut nous sauver ici, sauver l’autre et sauver notre engagement vers l’autre. Et faire comprendre, ici et à des milliers de kilomètres, qu’il existe encore une éthique et une morale sur lesquelles il ne faut jamais – jamais, transiger.

Je fais un rêve : que le monde humanitaire français se lève comme un seul homme pour rappeler au plus grand nombre les valeurs humanistes qui font sa fierté. Sans entrer dans le champ politicien national. Avec hauteur et dignité. Il est inutile de nommer l’innommable : l’extrême-droite. Mais il est urgent de témoigner. Ici aussi.

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI.