Pédophilie et Vatican : dire sa « honte » ne suffit pas…

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Jeudi 16 janvier à Genève… Pour la première fois de son histoire, le Vatican répond aux questions des experts du Comité pour les Droits de l’enfant de l’ONU, un interrogatoire bien mené, en règle sur son action de lutte contre la pédophilie au sein de l’Eglise catholique. Le pape François dit sa « honte ». Certes et tout le monde l’a entendu, ce François bien sympathique par ailleurs… Mais l’Etat du Vatican a adhéré à maintes Conventions internationales dont celle sur les Droits de l’enfant. Et le 5 février, le comité pour les Droits de l’enfant de l’ONU a rendu public son rapport. Sans appel.

Retour sur les paroles du pape François : « la honte de l’Eglise. Mais avons-nous honte de ces défaites de prêtres, d’évêques, de laïcs ? (…) Dans ces scandales, dans ces hommes et ces femmes, la parole de Dieu était rare ». Dont acte. Et après ?

Le pardon seul ne suffit pas. Le Vatican est un Etat, avec un gouvernement. Et avec ses règles de droit interne et les actes de droit international signés– Conventions signées etc, qui le lie au monde ‘extérieur’.
Le pontificat de Benoît XVI a été une avancée, certes minime, mais saluée par certains. Le Vatican avait alors demandé pardon aux victimes d’agissements pédophiles et donné pour consigne aux évêques de ne tolérer aucun acte de cette nature.

Les associations de victimes n’y ont vu que des mots, de belles paroles. Elles avaient raison.
Le pardon ne suffit pas. La justice doit passer.

Donc Genève, janvier 2014. Pas sûr, malheureusement, que cela constitue un tournant, une révolution. Mais c’est la première fois que des questions très détaillées ont été posées au Vatican.

Le rapport du Comité des Nations unies sur les Droits de l’enfant, publié le 5 février, demande au Vatican le « renvoi immédiat » de tous les ecclésiastiques coupables ou soupçonnés d’actes pédophiles.
Réaction du Vatican… qui dit « prendre acte des observations finales », qu’il examinera « avec attention ».
Qu’est-ce que cela signifie ? En terme sportif, on dirait ‘gagner du temps’.

Le Vatican poursuit, vindicatif, combattant, et évoque ‘sans honte’ « une tentative d’ingérence dans l’enseignement de l’Eglise sur la dignité de la personne et l’exercice de la liberté religieuse ».
Attitude insupportable.

Si le Vatican est un Etat qui a, rappelons-le encore, adhéré à d’importantes Conventions internationales, pourquoi cette réaction ? Pourquoi réagir comme un Etat zimbabwéen qui nie les atteintes aux Droits de l’Homme devant les experts de Genève ? Ou bien comme le Soudan d’Omar El Béchir, et tant d’autres? Pourquoi se rabaisser à un tel niveau de lâcheté et d’hypocrisie?

Dans leur rapport final, les experts onusiens écrivent : « [nous sommes] gravement préoccupés [de voir] que le Saint-Siège n’a pas reconnu l’étendue des crimes commis, n’a pas pris les mesures nécessaires pour faire face à ces affaires de pédophilie et pour protéger les enfants, et a adopté des politiques qui ont entraîné la poursuite de ces abus et l’impunité pour leurs auteurs ».

Tous les pédophiles au sein de l’Eglise doivent être jugés. Le Saint-Siège doit par ailleurs rendre publique ses archives sur toutes les affaires de pédophilie dont il a eu à prendre connaissance.
Nous parlons là de milliers de crimes, de milliers de victimes, et c’est insoutenable.
‘La parole de Dieu est rare’ en ces temps modernes et le pape François le sait.
Pour une très grande majorité de chrétiens qui entrent dans les églises prier Marie, de musulmans, d’agnostiques et d’athées, le message de François demeurera inaudible sur bien des sujets essentiels de société tant que l’Eglise n’aura pas nettoyé ses écuries.

 

Adhésion à des Conventions internationales

Le Saint-Siège et l’Etat de la Cité du Vatican ont de plus adhéré (mais parfois avec réserve) à de nombreuses Conventions internationales, parmi lesquelles :
– La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale
– La Convention internationale sur les Droits de l’enfant
– La Convention unique sur les stupéfiants et Protocole d’amendement
– La Convention sur les substances psychotropes
– Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires
– La Convention sur l’exploration et l’usage pacifique de l’espace atmosphérique
– Le Protocole sur l’interdiction des gaz toxiques et sur les moyens bactériologiques
– La Convention de Genève (pour améliorer en temps de guerre la condition des blessés et des malades, sur la protection des civils, sur le traitement des prisonniers, sur le statut des réfugiés) et Protocoles additionnels
– La Convention internationale pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé
– La Convention de l’UNESCO relative à la protection du Patrimoine mondial, culturel et naturel
– La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques
– La Convention culturelle européenne
– La Convention en matière de droit maritime
– La Convention sur la circulation routière

Source : site officiel du Saint-Siège

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI.