Sommet Humanitaire Mondial : Conférence régionale préparatoire d’Abidjan

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À Abidjan a eu lieu la première consultation régionale (Afrique de l’Ouest et du Centre) organisée par OCHA, le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, pour préparer le Sommet Mondial Humanitaire (SMH) programmé pour 2016 à Istanbul. Cette première rencontre sera suivie par sept autres conférences régionales entre le mois de juillet 2014 et le deuxième trimestre de l’année 2015 (1). Cette série de consultations sera clôturée par une consultation globale à l’automne 2015. 

La stratégie pour ces consultations a été organisée le long de quatre axes :
–             Consultations des différents groupes pour discuter des thèmes du SMH avec les parties prenantes y compris les personnes affectées par les crises humanitaires ;
–             Intégration des discussions sur le SMH dans les différentes réunions et manifestations programmées au niveau régional et sous-régional ;
–             Concours de l’innovation pour identifier des solutions novatrices aux défis humanitaires ;
–             Consultations et sondages en ligne pour atteindre la communauté élargie de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Parmi les participants, on note 55 représentants africains de la région, 4 représentants de la Communauté Economique de l’Afrique Centrale, 5 représentants de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest, 11 délégués de la communauté diplomatique/donateurs, 19 ONG nationales, 7 membres du Mouvement de la Croix Rouge/du Croissant Rouge, 12 représentants d’ONG internationales, les 12 membres du Comité de Pilotage régional (dont ACF France), 9 membres du secteur privé et de think tanks (incluant le Fonds de la Croix Rouge Française), la délégation des Nations unies avec 26 personnes, l’OCHA avec 11 personnes dont la secrétaire adjointe et directrice de OCHA, Valérie Amos, et finalement l’équipe de support du Secrétariat pour le SMH (13 personnes).

Les discussions

Les débats en séances plénières et dans les groupes de travail étaient organisés autour de quatre thématiques :
1. L’efficacité humanitaire
2. Les réponses aux besoins des personnes victimes de conflit
3. La réduction de la vulnérabilité et la gestion de risques
4. L’innovation

Ces thématiques étaient présentées en plénière par un panel composé de plusieurs spécialistes suivi de deux « flash talks ». Suivait ensuite une session de dix groupes de travail devant identifier les problèmes majeurs et faire des recommandations spécifiques. Pour chacun des dix groupes de travail, les organisateurs avaient préparé une liste de dix questions. Chaque groupe de travail devait débattre d’une question et soumettre des recommandations (voir l’annexe).

Un sommaire des débats des groupes de travail a été présenté au cours de la session de clôture.

Dans l’agenda pour l’action, furent identifiés comme centraux entre autres :
– La distinction entre les catastrophes naturelles et les désastres d’origine humaine, voire les conflits armés, qui sont deux phénomènes totalement différents.
– La redevabilité envers les bénéficiaires.

Concernant la notion d’efficacité, le consensus a démontré l’importance du cadre légal. Il a été souligné la nécessité d’évaluer celui-ci par des retours des programmes humanitaires. Un autre point essentiel du point de vue des acteurs sur le terrain est l’harmonisation des critères de financement des projets par les donateurs.
Enfin, il a été envisagé de créer une organisation régionale pour la levée des fonds.

En ce qui concerne la gestion des risques, plusieurs facteurs ont été identifiés :
– en premier lieu, la création d’agences de coordination ;
– l’idée que les gouvernements devraient prendre plus de responsabilités, investir davantage dans la résilience, ce qui impliquerait aussi un financement au niveau municipal ;
– le mapping des catastrophes pour l’avertissement précoce serait utile, voire impératif ;
– la nécessité d’une amélioration de la communication avec les populations à risque.

Pour promouvoir l’innovation, a été suggérée la création de centres d’excellence au niveau régional accompagnés par un fonds pour l’innovation régionale.
Enfin, un listing mis à jour des partenariats privés publics serait souhaitable.

Le dialogue humanitaire est central pour mieux prendre en charge les besoins des populations. Des méthodes novatrices restent à être trouvées pour compenser l’impossibilité d’accès. Enfin, il a été rappelé la nécessité d’un dialogue plus incisif avec les gouvernements.

Le concours de l’innovation

Sur la cinquantaine de projets soumis au concours d’innovation, trois ont été retenus par un jury :

1. KACHE, d’origine régionale : kit de transfert de fonds autonomes dans des situations d’urgence humanitaire, proposé par ACF Espagne et financé par le PAM à travers son Fonds pour l’innovation des partenaires coopérants

2. Pour le Tchad, la création d’une unité de prise en charge de la Bilharziose par une unité pour le dépistage mobile. Sont impliqués dans ce projet : Reach For Change, le Canton et le Centre de Santé de Torrock, les Établissements Guin-Pala, la Centrale Pharmaceutique, Tigo-Tchad, l’Entreprise KoudoriGuizinie.

3. Pour le Bénin, le projet prévoit de mettre à disposition des communautés dans le nord du Bénin des sachets d’eau avec des paquets de purification d’eau dans le cas d’inondations qui sont récurrentes dans cette région. Étaient impliqués dans ce projet : Care International Bénin/Togo, DayOne Response Inc., Procter & Gamble.

La façon dont tous les résultats des consultations régionales pourront être inclus dans le programme final du SMH reste à voir. Il est néanmoins clair, comme le mentionnait la directrice du bureau régional d’OCHA à Dakar, Allegra Baiocchi, que les recommandations résultant de ces consultations ne doivent pas attendre 2016 ; elles peuvent être mises en œuvre bien avant. Cela renforcerait même l’utilité de ces processus de consultations sur l’état des lieux de l’action humanitaire.

Même si un congrès réunissant près de 200 participants n’est pas forcément la meilleure condition pour un débat intensif et productif, les groupes de travail d’environ une vingtaine de personnes chacun ont permis des échanges constructifs.
Il est à noter cependant un manque d’information des participants concernant les structures et processus des différents pays comme par exemple lors du débat sur la prévention, la préparation et la gestion de catastrophes en particulier naturelles. Les expériences au niveau institutionnel et pratique, par exemple par la Croix Rouge Indonésienne ou le Technisches Hilfswerk en Allemagne, étaient pratiquement inconnues. Cette observation est à mettre en relation avec les recommandations mentionnées plus haut qui insistaient directement ou indirectement sur une meilleure diffusion des connaissances dans les différents domaines d’intervention humanitaire.

Entre-temps, la deuxième consultation régionale pour l’Asie du Nord et du Sud-ouest a eu lieu à Tokyo. Les résultats sont partiellement comparables mais reflètent en partie des problèmes spécifiques à cette région. Selon les recommandations concernant la coordination civilo-militaire, des investissements dans la formation des acteurs sont nécessaires. Le développement de conventions régionales pour la protection et l’assistance de personnes déplacées internes comme des migrants sera proposé au Secrétaire général pour être inclus dans son rapport. Les institutions et réseaux régionaux existants pour la prévention et la médiation des conflits comme pour la construction de la paix doivent être renforcés. Pour conclure, les organisations humanitaires devraient créer des opportunités d’interaction avec les militaires au plus haut niveau.

Compte-rendu du sommet d’Abidjan en anglais
Compte-rendu du sommet de Tokyo en anglais

 

(1) Asie du Nord et du Sud (juillet 2014), Afrique du Sud et de l’Est (octobre 2014), Europe de l’Est, de l’Ouest et autres (février 2015), Moyen-Orient et Afrique du Nord (mars 2015), Amérique Latine et Caraïbes (avril 2015), Région du Pacifique (deuxième ou troisième quart 2015) et Asie du Sud et du Centre (deuxième quart 2015).

Wolf-Dieter Eberwein

Wolf-Dieter Eberwein

Wolf-Dieter Eberwein a été président de Voice de 2008 à 2012.