La Corne de l’Afrique a-t-elle disparu ?

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Une grande injustice est faite à l’Afrique de l’Est dans les médias français. Cette région — non, ce monde ramassé dans un recoin de la Corne de l’Afrique, entre les grands lacs tanzaniens et les contreforts de la Nubie, n’obtient pas la « couverture » qu’il mérite. Pourquoi ? Pour rien. Par atavisme pour les anciennes colonies peut-être, parce que là-bas, les gens parlent français. Pour des raisons bien plus pragmatiques aussi, sans doute.

Pourtant, entre le grand ouest soudanais et la mer Rouge, entre les déserts caillouteux du sud égyptien et les rivages kényans, se jouent des problématiques essentielles du monde contemporain.

Au centre de ce grand tourbillon de routes commerciales, de guérillas et de chefs d’Etat, l’Ethiopie. La grande fédération des peuples éthiopiens est pourtant un terrain d’expérimentation exceptionnel. On a tenté d’y conjuguer le progrès technique et une nation millénaire, d’y appliquer les formes les plus complexes de l’assistance internationale, d’y développer le bénéfice pour l’Afrique des énergies renouvelables, d’y mettre sur des rails « gérables » un pays qui, il y a encore vingt ans, était synonyme de famines et de dictature. La mort de Meles Zenawi a quelque peu propulsé la grande fédération éthiopienne à la une de l’actualité pendant quelques jours, mais pour saluer l’hyper-développeur visionnaire ici ou pour conspuer, là, le tyran tigréen, flanqué d’une impitoyable armée ethnique. On n’a rien vu d’autre, ou si peu.

En Somalie, la longue et brutale reconstruction d’une nation atomisée commence à prendre forme. A Mogadiscio, avec de l’argent européen, la nouvelle mairie ramasse les poubelles. L’éclairage public a été rétabli dans le centre-ville. On sort au restaurant, entre amis, malgré les kamikazes. Le « grand jeu » joué par les bailleurs de fond des jihadistes d’al-Shabab continue de faire des morts, mais quelque chose a bougé dans ce pays qui, il y a encore dix ans, était un archipel de milices sans foi ni loi.

En Erythrée, le dernier bastion des guérilleros maoïstes des années 70 résiste à tous les assauts. La population est martyrisée mais, en exil, ne parvient pas à s’unir pour faire tomber la dictature. Entretemps, on laisse les ministres érythréens venir semer la terreur au sein de la diaspora. La « communauté internationale », sans doute échaudée par les expériences afghane, irakienne et libyenne, n’enverra jamais de légionnaires mourir pour Asmara. On jurerait que le « droit d’ingérence » a trouvé sa limite. Iraniens, Qataris et Chinois, chacun pour leurs raisons, s’y sont donc solidement ancrés, amenant plus de complexité encore à un tragédie déjà bien asphyxiante.

Soudan, Djibouti, Kenya… On pourrait continuer jusqu’à la nausée et dire combien les vies tourmentées de ce pays nous concernent, nous autres Français.

Car les oubliés, les opprimés, les rebuts de cette machine politique à créer des nations viennent se faire traquer par « nos » rebelles libyens donnant la chasse aux « mercenaires africains », servent de « coke en stock » aux trafiquants bédouins liés au Hamas dans le Sinaï, se font tabasser par des Israéliens xénophobes dans les banlieues de Tel-Aviv, viennent mourir au large des côtes de l’Italie ou massacrer à coups de barre de fer par les milices nazies qui sévissent en Grèce.

N’y aurait-il pas là des leçons importantes à tirer, pas seulement pour les diplomates, mais pour l’opinion publique ? Si l’on répond par la négative, que l’on ne vienne pas dire que la politique étrangère de la France est menée dans la transparence et la rationalité. Pour notre malheur et celui des peuples d’Afrique de l’Est, elle est pour l’instant menée en catimini, parce que dans l’indifférence générale.

 

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