La journaliste et le conseiller de Ben Ali…

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Nous patientions voilà plus d’une heure lorsque le conseiller auprès du président Ben Ali, chargé des Grands Projets nous reçoit enfin, la directrice de la revue Archibat et moi…

Son somptueux bureau a été aménagé à la hâte dans une villa située à un jet de pierres du palais présidentiel de Carthage. Cette attente prolongée lui a-t-elle servi comme stratégie de l’humiliation ou plutôt pour s’informer auprès du ministère de l’Intérieur et de quelques uns “des vendus de la plume” sur notre degré d’allégeance au régime, la couleur de nos papiers et… notre état civil ?

Du haut de son imposante  stature, M. T nous invite à nous asseoir dans son salon clinquant en cuir blanc. Grosse voix, pseudo courtoisie, manières affectées. Arrogance. Un clone du Raïs. Nous avions demandé à l’interviewer à propos des gigantesques opérations immobilières, des villes de tours dans la ville, lancées en 2007 par des investisseurs émiratis autour des lacs de Tunis.

Ces projets inquiétaient urbanistes, architectes  et spécialistes de l’environnement dans la mesure où ils rompaient avec un équilibre écologique fragile et l’échelle d’une capitale de poche comme Tunis. Ils ont été dès le départ entourés d’une opacité qui en disait long sur l’implication de la Famille dans le partage de ce nouveau butin. Le conseillé-ministre s’était préparé à la dimension critique de nos interventions…à sa manière.

A peine commencions-nous l’entretien, que j’esquisse le geste de me défaire de ma veste. Comme s’il n’attendait que ce mouvement, il s’exclame soudainement :

-J’espère que vous allez vous arrêter là. N’enlevez surtout plus rien d’autre sinon je risque d’être trop troublé pour continuer…

Ses allusions douteuses et ses tentatives de détourner la conversation sur un autre registre en aucun cas professionnel n’ont pas arrêté le long de l’interview. Une heure et quelques poussières. Tout le jeu a consisté à éluder les questions taboues en feignant la séduction. Tactique de déstabilisation utilisée par tous les “flics” du monde. Monsieur le conseiller m’a même invité à passer en sa compagnie un séjour à Costa Del Sol, où a-t-il souligné « Berlusconi partait de temps à autre avec de belles nanas se refaire une jeunesse » !

Est-ce ainsi que l’on traite les femmes journalistes sous le régime de Ben Ali, qui a toujours brandi sa défense de la dignité et des droits des femmes tunisiennes comme un porte-drapeau de sa « politique avant-gardiste » ?