ONG et forces armées : les cas du Tchad et de l’Afghanistan

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  • Tchad : Les humanitaires inquiets d’un éventuel départ des forces de maintien de la paix

(IRIN) – Dans la région instable de l’est du Tchad, les travailleurs humanitaires surveillent avec inquiétude les discussions sur un éventuel retrait des forces de maintien de la paix des Nations Unies, depuis que le gouvernement a dit qu’il voulait que la mission quitte le pays à la fin de son mandat, le 15 mars prochain.

«La principale préoccupation des agences humanitaires concerne l’impact [qu’aurait ce départ] sur la situation de sécurité», a dit, sous couvert d’anonymat, un travailleur humanitaire dans l’est du Tchad. «Si le gouvernement tchadien peut créer les conditions permettant aux opérations humanitaires de se poursuivre dans un environnement sécurisé, très bien. Mais sinon, continuer le travail humanitaire ici sera très difficile».

Un des rôles de la mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) consiste à protéger les civils, et notamment les quelque 450 000 réfugiés et déplacés dans l’est du Tchad.
Dans cette région, malgré la présence des militaires et de la police, les travailleurs humanitaires et d’autres civils sont régulièrement la cible de braquages de véhicules, d’enlèvements et de vols commis par des groupes armés. Dans des bulletins récents sur les opérations au Tchad, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a dit que l’insécurité était «une préoccupation majeure», et que de «graves crimes» affectaient les organisations humanitaires et les civils dans l’est.

Des attaques à main armée ont également visé une force de police tchadienne entraînée par les Nations Unies, qui a aussi pour mission de protéger les réfugiés et les déplacés.

Le gouvernement tchadien a demandé aux Nations Unies de ne pas renouveler le mandat de la MINURCAT, a dit à IRIN, le 20 janvier, Gen Oki Mahamat Yaya Dagache, représentant du président Idriss Deby auprès de la mission des Nations Unies.

«A la fin du mandat, nous ne prolongerons pas», a-t-il dit. Il n’a pas souhaité commenter les raisons de cette décision. Le 19 janvier, un présentateur de la radio d’Etat a dit que la MINURCAT – avec ses 3 000 hommes déployés à ce jour, pour un effectif prévu de 5 200 hommes – «[ne s’était] pas montrée efficace ».

D’après la radio d’Etat, le Tchad est prêt à collaborer avec les Nations Unies pour assurer la sécurité des réfugiés vivant dans l’est du Tchad. M. Dagache et des responsables des Nations Unies ont dit à IRIN que les deux parties discuteraient de la MINURCAT au cours des prochains jours. Une des préoccupations du gouvernement, qui demande le départ de la MINURCAT, porte sur la lenteur du déploiement, d’après un porte-parole de la mission.

«Le gouvernement nous a fait part de ses inquiétudes concernant des retards dans le déploiement de la MINURCAT et le développement du soutien aux infrastructures destiné au Détachement Intégré de Sécurité [la force de police tchadienne entraînée par les Nations Unies]», a dit à IRIN Michel Bonnardeaux, responsable de l’information de la MINURCAT.

«Nous travaillons sur ces points, et sur d’autres. Dans les prochains jours, une équipe [des Nations Unies] de New York viendra au Tchad pour discuter de ces questions avec le gouvernement». Des travailleurs humanitaires dans l’est du Tchad ont dit que leur principale préoccupation était la protection des civils et des travailleurs humanitaires – quelle que soit l’organisation qui s’en charge. La plupart des travailleurs humanitaires avec lesquels IRIN a parlé n’ont pas souhaité que leur nom ou celui de leur organisation soient cités, car selon eux, le sujet est sensible.

«Des dizaines de milliers de réfugiés et de civils tchadiens vulnérables ont toujours besoin d’aide, mais les travailleurs humanitaires qui les aident sont confrontés à une situation de plus en plus dangereuse», a dit à IRIN une personne travaillant pour une organisation humanitaire internationale. «Les travailleurs humanitaires doivent être protégés en permanence, de façon à pouvoir apporter une aide aux populations démunies, dans l’urgence et avec efficacité, mais aussi dans des conditions sécurisées».

Oxfam International a dit à IRIN : «Notre préoccupation principale est la sécurité et le bien-être des réfugiés, des déplacés et des communautés tchadiennes. Etant donné la situation actuelle instable dans l’est du Tchad, marquée par le banditisme, des tensions entre les communautés au sujet des ressources naturelles, et la fragilité des négociations de paix visant à résoudre le conflit armé dans la région, il est nécessaire que toutes les mesures visant à assurer la sécurité, à établir un état de droit et à mettre fin à l’impunité soient examinées et employées». L’organisation Oxfam a dit qu’elle n’avait pas de commentaire à faire sur la question de savoir si la sécurité devrait être prise en charge par la MINURCAT ou par le gouvernement tchadien. «Notre préoccupation est que les communautés soient en sécurité et aient accès aux services essentiels, y compris à l’aide humanitaire».

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  • AFGHANISTAN: L’augmentation de troupes étrangères pourrait-elle aggraver la vulnérabilité ?

(IRIN) – Des milliers de nouveaux soldats étrangers arrivent en Afghanistan cette année, mais certaines organisations humanitaires expriment leurs craintes que cela puisse provoquer une intensification du conflit, avec des conséquences humanitaires catastrophiques.

Le bilan des morts parmi les civils est de plus en plus lourd, et l’espace humanitaire dans le pays ayant été réduit par l’insécurité, ainsi que par des attaques et des stratégies d’intimidation visant les organisations humanitaires, de nombreuses communautés vulnérables ont un accès réduit, voire inexistant, aux services essentiels. «D’après notre expérience, depuis 2005, chaque renfort massif des troupes a conduit à l’intensification et à la propagation du conflit, et à une augmentation du nombre de victimes civiles», a dit à IRIN Reto Stocker, directeur de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Afghanistan.

Plus de huit ans après que les Talibans ont été délogés par une intervention militaire menée par les Etats-Unis, la situation a été qualifiée de fragile et critique par le Secrétaire général des Nations Unies – une analyse qui a été corroborée le 18 janvier par une série d’attaques mortelles dans le centre de Kaboul.

Le président Obama a dit que les 30 000 soldats américains supplémentaires contribueraient à sécuriser certaines zones et à créer des environnements sûrs favorisant le développement, mais les Talibans ont annoncé qu’ils renforceraient leur campagne de violence en 2010, et ils s’y sont déjà employés, y compris pendant l’hiver, qui est traditionnellement une période d’accalmie.

 

Vulnérabilité

«Si l’augmentation du nombre de soldats implique que l’accès aux zones de conflit diminue encore davantage, cela exacerbera la vulnérabilité», a dit Sheilagh Henry, responsable de la coordination sur le terrain au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

«Si le conflit armé s’intensifiait encore en 2010», a averti Charlotte Esther Olsen, directrice pays du Norwegian Refugee Council (NRC), «le NRC, comme la communauté humanitaire en Afghanistan, craint que l’on n’assiste à des niveaux élevés de déplacements internes ou de fuite vers les pays voisins».
IRIN a interrogé des porte-parole du quartier général des forces dirigées par l’OTAN à Kaboul au sujet des inquiétudes des organisations humanitaires, mais n’a pas obtenu de réponse spécifique. Une intensification du conflit pourrait avoir un impact désastreux sur les civils, qui sont déjà gravement affectés par les combats, d’après des agences humanitaires.

Les organisations craignent aussi d’être elles-mêmes de plus en plus la cible d’attaques, les insurgés cherchant à créer une impression générale d’insécurité, et rendant ainsi le travail humanitaire plus risqué et plus difficile. L’augmentation du nombre de soldats pourrait en outre renforcer l’implication des militaires dans les projets civils, humanitaires et d’aide, brouillant encore davantage les frontières entre les civils et les militaires.

Des objectifs civils
«tout aussi importants»

 

Dans sa dernière déclaration au Conseil de sécurité des Nations Unies, le 6 janvier dernier, Kai Eide, en tant que Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Afghanistan, a averti : «Le renforcement de la présence des militaires ne doit pas miner les objectifs civils, qui sont tout aussi importants».

M. Eide a suggéré que des objectifs civils clés – le renforcement des institutions gouvernementales afghanes, l’amélioration de l’efficacité de l’aide et de la coordination entre les donateurs – viennent compléter la mobilisation militaire. «Le développement des institutions et l’amélioration de la coordination sont des objectifs à long terme», a dit Ajmal Samadi, directeur de l’Afghanistan Rights Monitor (ARM), un organisme de surveillance des droits humains basé à Kaboul. «[Le pays a] besoin d’urgence d’un plan de réponse aux conséquences humanitaires immédiates de l’intensification du conflit anticipée pour 2010». Les principes humanitaires traditionnels insistent sur l’importance de l’indépendance et de l’impartialité de l’aide, qui doit être au service des victimes et non d’un agenda politique quelconque. En Afghanistan, il s’est avéré difficile de respecter cette règle.

Plan d’action humanitaire

OCHA a dit avoir lancé un Plan d’action humanitaire de 860 millions de dollars pour 2010, qui place les populations vulnérables en Afghanistan au centre de ses préoccupations. En outre, l’organisation souhaite créer un «Fonds de réponse d’urgence» qui permettrait aux organisations d’avoir accès à une réserve de fonds prêts à être débloqués en cas d’urgence, y compris dans les situations d’urgence liées à un conflit.

«Le gouvernement, en tant qu’organisme assumant la responsabilité ultime de la sécurité de la population de l’Afghanistan, doit réfléchir à des plans de contingence pour les déplacements [de populations]», a dit M. Henry, d’OCHA. Cependant, les plans et stratégies d’OCHA comme d’autres organisations humanitaires dépendront en grande partie des conditions d’accès et de sécurité, et des capacités d’exécution.

Le 28 octobre dernier, une attaque visant une maison d’hôtes à Kaboul, qui a coûté la vie à cinq employés internationaux des Nations Unies, a affecté les capacités de l’organisation : depuis cet incident, plus de 340 employés internationaux des Nations Unies ont été temporairement relogés à l’extérieur du pays.

IRIN a demandé au CICR, aux Nations Unies et à d’autres organisations humanitaires ce qui devrait être fait pour minimiser l’impact du conflit sur les civils : «Le moyen le plus efficace pour éviter les souffrances inutiles lors d’un conflit est le respect strict du droit humanitaire international», a dit Reto Stocker, du CICR. «Nous espérons que la priorité numéro un des opérations militaires sera la sécurité et la protection des civils», a dit à IRIN Aleem Siddique, porte-parole de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). «Les acteurs militaires doivent respecter les principes directeurs civilo-militaires élaborés par le Groupe de travail national afghan civilo-militaire en 2007 afin d’améliorer la sécurité des ONG [organisations non gouvernementales]», a dit Charlotte Olsen, du NRC.

 

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