Paludisme : le moustique ne tue presque plus à Zanzibar

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Les cas de malaria sont en chute libre sur l’archipel de Zanzibar, où l’on veille à respecter strictement les consignes.

La fatalité peut être vaincue. Sprays, moustiquaires, et implication des autorités locales : le remède n’a rien d’exceptionnel. C’est pourtant ce qui est appliqué contre le paludisme depuis de nombreuses années à Zanzibar, un archipel de deux îles situé en Tanzanie, dans l’océan Indien, à une quarantaine de kilomètres au large de la Tanzanie continentale. La Journée mondiale du paludisme, le 25 avril dernier, a d’ailleurs mis en exergue la lutte réussie contre cette maladie, première cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans en Afrique. Zanzibar a été en quelque sorte un laboratoire de la bataille contre le moustique femelle – l’anophèle, responsable de la diffusion du virus – avec son Programme de contrôle de la malaria (ZMPC), qui centralise et coordonne les actions de la lutte.

Zanzibar, de part son climat et ses nombreuses zones d’eau stagnante, présente les caractéristiques qu’affectionnent le moustique pour se reproduire. Dès les années 1920, des études sont réalisées et montrent un taux de prévalence de 68% parmi la population zanzibarite et surtout de 14% parmi les enfants de 1 à 6 ans. En 1958, l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lancent leur programme d’éradication de la malaria, à base d’insecticides. Suivent de nombreuses autres tentatives mais le taux de prévalence ne faiblit pas. A la fin des années 1990, des projets concrets voient le jour. La naissance du ZMPC en 1998 marque réellement le début d’une lutte efficace contre la malaria à Zanzibar.

L’arrivée de l’aide américaine au milieu des années 2000 a permis de faire quasiment disparaître la prévalence de la malaria chez les enfants de moins de 5 ans. Robert Cunnane, le directeur pour la Tanzanie de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), le rappelait en effet fin avril : « La prévalence chez les enfants de moins de 5 ans est passé de 25% en 2005 à 0,8% en 2010 ». Les résultats sont donc au rendez-vous. Les Américains ont notamment investi 24 millions de dollars depuis 2006 dans ce programme d’éradication.

Pour éradiquer la malaria, le ZMPC a été doté de moustiquaires imprégnées d’insecticides afin d’éloigner les moustiques. Distribuées aux familles, ces moustiquaires ont permis d’accroitre le nombre d’enfants protégés. Les habitations ont aussi été pulvérisées à coup d’insecticides. Quant aux conseils prodigués aux femmes enceintes sur les protections à apporter à leur nouveau-né, ils ont également permis de réduire le nombre d’enfants touchés par la malaria. Enfin, le traitement du paludisme à l’aide de médicaments efficaces tels que la combinaison basée sur l’artémisine (ACT) ont permis de diminuer le nombre de victimes.

Si la collaboration entre américain et zanzibari fonctionne, c’est avant tout en raison d’une confiance mutuelle. L’USAID apporte son aide mais comme le précise M. Cunnane, ce sont « des groupes de résidents zanzibaris, parmi les mieux placés, qui délivrent ces outils et conseils contre la malaria jusque dans les régions les plus reculées, et les moins bien dotées en services de santé ». Cette pyramide, qui part du haut vers le bas, est donc efficiente et rend les Américains optimistes quant à un relais des autorités locales sur les actions menées.

A Zanzibar, les salariés du ZMPC, tout comme ceux des autres organisations, ne sont pas dupes. Qu’en sera-t-il si un sponsor arrête son financement ? La crainte de revivre un scénario identique à celui des années 70 est bien réelle. Zanzibar avait vu son taux de prévalence descendre à moins de 2% avant qu’il ne remonte en flèche après l’arrêt du financement du programme par certains bailleurs.

L’effort doit être maintenu, et c’est à ce niveau qu’un important travail de sensibilisation doit être fait auprès des populations. « Malgré les progrès réalisés, nombreux sont les habitants qui négligent encore les sprays à l’intérieur de leur habitation ou de dormir sous une moustiquaire », rappellent un Zanzibari du ZMPC, qui préfère rester anonyme. Le 25 avril dernier, lors de la Journée mondiale, le ministre de la Santé de Zanzibar ne disait pas autre chose : « J’invite les habitants de Zanzibar à nettoyer l’environnement proche de leur habitation et d’y vaporiser les sprays anti-moustique. Il en va de notre lutte contre la malaria. Il faut se protéger ».

Un message clair à destination de la population car l’équilibre reste très fragile. Au ZMPC, on se doit d’être réactif. Chaque semaine, les centres de santé de l’archipel envoient par SMS leur nombre de cas de malaria. En cas de hausse inattendue, dans une zone plus particulièrement, des investigations sont menées afin d’en déterminer les causes. Objectif du millénaire pour le développement, l’éradication de la malaria – à travers l’exemple de Zanzibar – est également bénéfique à l’économie. Car outre les arrêts de travail et les jours d’école en moins, des centaines de touristes reviennent, rassurés par les cas de « palu » en chute libre.

Selon l’OMS, ce sont 485 vies d’enfant qui seraient sauvées quotidiennement à travers le monde grâce aux progrès en cours dans la lutte contre la malaria. A Zanzibar, les relevés montrent toujours moins de malades et surtout de victimes. Un combat en passe d’être gagné, à coup de sprays et de moustiquaires. De précieux alliés.

 

 

 

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