Le Mali fait face à une crise multisectorielle (politique, sécuritaire et humanitaire) qui s’est déclenchée suite au coup d’Etat du 22 mars 2012 et qui a eu comme corollaire l’occupation des trois régions du Nord (Tombouctou, Gao et Kidal) par des différents groupes armés. La signature d’un accord entre le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) et le Médiateur de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suivie de la prise de fonctions du Président par intérim, de la nomination d’un Premier Ministre et la nomination d’un nouveau gouvernement n’ont pas permis une normalisation de la vie politique et institutionnelle, ni le retour à l’intégrité territoriale.

En tant que Forum des ONG Internationales au Mali (FONGIM), nous sommes particulièrement concernées par cette situation et par les implications humanitaires de la crise politico-sécuritaire qui affecte le pays et la région. Le conflit a fortement accru les besoins des populations du Nord déjà affectées par une crise alimentaire,  des milliers de déplacés et de leurs communautés hôtes. Actuellement, 4,6 millions de personnes se trouvent en situation d’insécurité alimentaire au Mali[1].

Pourtant, malgré les besoins de plus en plus pressants, la majorité des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) du Mali ont pris la décision de suspendre leur assistance bilatérale et leurs allocations de fonds pour le développent, du fait de l’incertitude politique.

Le FONGIM apprécie l’effort des PTF de poursuivre l’aide humanitaire, et pour certains parmi eux, d’accroître l’aide au développement à travers les ONG, maintenir l’exécution des volets d’appui direct aux populations dans les domaines des services sociaux de base et maintenir pour certains l’appui aux collectivités décentralisées.

Le FONGIM comprend que la reprise de la coopération au développement soit subordonnée à la réalisation de progrès sur la voie du plein rétablissement de l’ordre constitutionnel, la nécessité de se doter de déclencheurs pour apprécier la situation, ainsi qu’au respect des dispositions juridiques et légales.

Toutefois, le FONGIM demeure préoccupé par l’impact de telles mesures qui aggravent véritablement une situation sociale, économique et financière déjà très préoccupante du fait du conflit et de la crise alimentaire. Nous rappelons aux PTF les risques certains de recul des indicateurs sociaux de base et ceux de la croissance économique, la perte des acquis et investissements de ces deux dernières décennies, l’appauvrissement accentué des populations, surtout rurales, suite à la suspension d’un grand nombre d’actions de développement et le déficit du financement des services sociaux de base, sans compter l’accentuation des effets de l’insécurité alimentaire. Cette crise socio-économique, accentuée par l’arrêt ou ralentissement de nombreuses activités du secteur privé, est potentiellement explosive et une menace à la stabilité dans le pays entier.

Le FONGIM est également concerné par le fait que, sans une approche créative de la part des bailleurs des fonds pour continuer à aider le peuple Malien, la suspension de l’aide au développement n’érode la capacité du gouvernement et des ses agences techniques à coordonner une réponse immédiate à la crise. Par ailleurs le maintien de la suspension risque d’engendrer une sérieuse réduction des investissements notamment les projets visant à accroitre la résilience des communautés. Le FONGIM encourage les PTF à se concentrer sur les priorités suivantes, afin de procéder rapidement à une augmentation à l’échelle des financements, dans les intérêts à court et long-terme du peuple Malien :

(1)   Reprendre l’aide au développement et accroitre l’assistance humanitaire afin de répondre aux besoins liés à la sécurité alimentaire et d’assurer un accès continu aux services sociaux de base. Le FONGIM souhaite que des efforts concertés de la part des bailleurs de fonds soient mis en œuvre pour identifier des mécanismes alternatifs permettant de canaliser l’assistance suspendue vers la société civile, les autorités locales ou les autorités gouvernementales les plus appropriées. Il s’agit d’assurer que les actions d’une minorité de la population ne nuisent pas à l’ensemble des Maliens.

(2)   Renforcer la capacité du gouvernement de transition, en particulier des organes apolitiques et de nature technique afin que l’Etat Malien puisse remplir ses engagements internationaux de développement. Le FONGIM encourage les PTF à définir de nouvelles modalités de coopération avec le Gouvernement de transition en attendant la normalisation de la situation, notamment à travers : une plus grande implication de la société civile malienne et des ONG Internationales dans la définition de priorités de développement jusqu’à la reprise de la coopération et les modalités et mécanismes alternatifs de financement de ces priorités. Le FONGIM encourage les PTF à dresser rapidement une stratégie visant à fournir tout le support nécessaire au gouvernement de transition pour qu’il puisse appliquer sa stratégie d’urgence et de préparation pour la récolte 2012-2013, stratégie incluant des projets d’assistance focalisés sur la fourniture d’un appui technique et financier, et là ou la situation politique actuelle le demande, le développement de nouveaux mécanismes pour l’acheminement d’une telle assistance.

(3)   Maintenir l’appui aux mécanismes de renforcement de la résilience, y compris les filets sociaux de sécurité. L’action humanitaire ne doit pas être menée au détriment d’une vision à long-terme, capable de résoudre les problèmes chroniques de l’insécurité alimentaire au Mali et dans la région. Avant la crise politico-sécuritaire au Mali, des progrès considérables avaient été faits pour le développent des projets pilotes de filets de sécurité, visant à renforcer la résilience des communautés face aux crises. Le             FONGIM demande aux PTF d’assurer que de tels projets soient toujours à l’ordre du jour, prêts à être réalisés aussitôt que les conditions politiques les permettront.

(4)   Reconnaitre les défis opérationnels dans le Nord et adapter les mécanismes de financement pour assurer que l’assistance humanitaire puisse arriver à ceux qui en ont besoin.  Les organisations humanitaires ont actuellement un accès limité aux vastes régions du nord. Les membres du FONGIM s’efforcent à donner de l’assistance aux populations du Nord et travaillent à la mise en œuvre d’un cadre commun d’opérationnalisation de l’assistance humanitaire, afin de minimiser les risques liés au non-respect des principes humanitaires. Le FONGIM appelle les PTF à se mobiliser pour aider à gérer les risques croissants dans cette région et leur demande de prendre en compte les conditions opérationnelles dans leurs décisions concernant le déboursement des fonds et de développer des mécanismes suffisamment flexibles pour pouvoir maintenir la programmation dans ces circonstances difficiles.

(5)   Communiquer le soutien des PTF à la population malienne, en rappelant les orientations de coopération pendant cette période de transition et en explicitant la définition des déclencheurs pour la reprise de la coopération au développement.

Le FONGIM souligne que les actions de développement de ses membres se poursuivent dans les cinq régions du Sud du Mali et réitère son intérêt et sa disponibilité à accompagner les PTF dans la recherche et la mise en œuvre d’alternatives à la coopération bilatérale et multilatérale.

 Fait à Bamako le 11 juillet 2012

 [1] Système d’Alerte Précoce, Mali

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