« La captivité de guerre au XXeme siécle » A.M. Pathé et F. Théofilakis (dir.), Editions Armand Colin, 2012

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De la mémoire au temps présent

Le présent ouvrage entend relever un défi thématique, celui de tenter une « histoire totale » de la captivité de guerre.

Il commence en abordant les liens entre systèmes des camps, droit international et action humanitaire à travers l’organisation administrative et les logiques de surveillance qui ont présidé à la gestion d’une captivité de masse, à l’applicabilité des normes militaires et juridiques, et à la définition des régimes de captivité et de violence. Il s’intéresse ensuite aux langages de la captivité, à ces traces sur les corps et les esprits derrière les barbelés.

La focale s’élargit encore en considérant les rapports entre captifs et sociétés qui les gardent, les emploient ou les côtoient. L’évolution des représentations amis-ennemis au contact du quotidien des vaincus, tout comme la dialectique entre l’intérêt économique d’employer cette main d’œuvre et la nécessité idéologique de préserver la figure de l’ennemi sont notamment discutés.

La question coloniale, avec la prise en considération des prisonniers « indigènes » (que ce soit par le prisme des rapports franco-allemands ou celui des guerres en Algérie), est également abordée.

Enfin, si le XXème siècle européen est le siècle des excès, c’est également celui de la constitution d’un corpus juridique – le droit international humanitaire – qui s’élabore dans la tranchée de la guerre précédente. Or, c’est précisément cette dynamique que font éclater les guerres nouvelles, essentiellement intra-étatiques, tant l’asymétrie remet en cause les normes guerrières et ouvre le débat sur les formes de captivité du temps présent, notamment les prises d’otages et les détentions arbitraires, à l’instar du camp de Guantanamo.

Enjeu thématique, enjeu archivistique, cet ouvrage fait aussi le pari que la captivité fournit un excellent terrain d’échange entre disciplines des sciences humaines et entend tirer profit de leur décloisonnement en invitant, à la fin de chaque partie, un spécialiste autre qu’historien, à poser un regard « décalé » sur la captivité. Chacun, à leur façon et selon leur pratique – un juriste, une ethnologue, un sociologue, et un médecin humanitaire politiste – offre une « contre-voix » et une voie pour s’affranchir des logiques institutionnelles. Indisciplinarité et interdisciplinarité.

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