Arche de Zoé : Un procès pour ne pas oublier

0

Le procès de l’Arche de Zoé s’est ouvert (lundi 3 décembre 2012) devant le tribunal correctionnel de Paris en l’absence de ces deux principaux prévenus : l’ancien président de l’association, Eric Breteau, et sa compagne Emilie Lelouche, vivant actuellement en Afrique du Sud, et qui ne souhaitent pas s’expliquer et ni être représentés.

L’association avait tenté, fin 2007, de faire venir en France pour les faire adopter 103 enfants, présentés comme des orphelins du Darfour, au Soudan, alors qu’ils ne l’étaient pas, selon les autorités tchadiennes.

Quatre autres prévenus seront jugés: le médecin Philippe van Winkelberg, le logisticien Alain Péligat, la journaliste Agnès Pelleran et Christophe Letien, un membre de l’association qui avait coordonné l’opération depuis la France. Ils sont poursuivis pour escroquerie, exercice illégal de l’activité d’intermédiaire pour l’adoption et aide à l’entrée et au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France ayant pour effet de les éloigner de leur milieu familial ou de leur environnement traditionnel. La peine encourue est de 10 ans de prison et 750.000 euros d’amende.

Philippe van Winkelberg est par ailleurs poursuivi par l’Etat tchadien et les familles des enfants, regroupées dans l’Association tchadienne pour le bien être familial, qui lui réclament 6,3 millions d’euros de dommages et intérêts au titre qu’il serait la seule personne solvable de l’Arche de Zoé. Les deux plaignants ont été déboutés mais le jugement est en appel devant la cour d’Aix-en-Provence qui rendra sa décision le 18 décembre prochain.

L’affaire de l’Arche de Zoé avait été rendue publique le 25 octobre 2007 alors qu’à Abéché, au Tchad, un Boeing 757 était bloqué au décollage pour la France par les autorités tchadiennes. S’apprêtaient à monter à bord 103 enfants de la région, majoritairement tchadiens, présentés par leurs accompagnateurs membres d’une association française inconnue, l’Arche de Zoé, comme des orphelins du Darfour.

Arrêtés et transférés à N’Djamena, les six membres de l’association ainsi que quatre intermédiaires locaux seront jugés du 21 au 26 décembre et condamnés à huit ans de travaux forcés et 6,3 millions d’euros de dédommagement. Transférés en France, ils seront rejugés par le tribunal de Créteil le 28 janvier 2008, condamnés à  huit ans de prison, après un accord judiciaire entre les deux pays. Avant d’être graciés par le président tchadien, Idriss Déby, le 31 mars 2008.

Le procès qui se tient aujourd’hui fait suite à une enquête préliminaire lancée par le parquet de Paris en juillet 2007, avant même l’interpellation des membres  de l’Arche de Zoé au Tchad, suite à un signalement du ministère des Affaires étrangères. L’association proposait alors, via une association jumelle, le Cofod, à des familles d’accueil de recevoir un enfant orphelin de la guerre du Darfour dans une perspective d’adoption.

Opération pseudo-humanitaire, l’affaire de l’Arche de Zoé avait révélé en creux bon nombre de questions sur la pratique des ONG. Comme celle de l’instrumentalisation de l’humanitaire par les partisans d’une cause (en l’occurrence celle du Darfour), celle de la « toute-puissance du bien » (sauver des enfants contre l’avis même de leurs famille et en leur mentant), celle de l’adoption (avec des risques de déracinement, voire de faire de ces enfants des apatrides), celle de la domination de la victime (le sauveur venu du Nord avec sa solution qu’on ne discute pas), celle enfin de l’éthique même de la pratique humanitaire (les organisateurs de l’opération ayant caché leurs vrais desseins aux autorités, aux populations et aux personnels locaux qu’ils avaient recrutés).

Véritable cas d’école, l’affaire de l’Arche de Zoé mérite qu’on s’y arrête une nouvelle fois, même si ce procès vient bien tard et se déroule en l’absence de ses deux principaux initiateurs. Produit d’un moment (une forte mobilisation de l’opinion publique sur la question du Darfour après le choc émotionnel du Tsunami, signaux contradictoires envoyés par l’Etat, mélange de naïveté et de cynisme, instrumentalisation de l’adoption), l’Arche de Zoé reste sans doute un cas unique dans l’histoire de l’humanitaire mais dont les ingrédients restent, hélas, reproductibles.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ajoutez votre commentaire !
Votre Nom