Entreprises et solidarité internationale : qu’en pensent les ONG professionnelles de développement?

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Le 1er mars, François Hollande a clôturé les Assises du développement et de la solidarité internationale, processus de concertation organisé par le Gouvernement et qui a réuni pendant quatre mois l’ensemble des acteurs du développement pour débattre des orientations de la politique française. Parmi eux : les acteurs publics français, les ONG, les organismes de recherche, bien sûr, mais également des acteurs plus récents dans le domaine du développement : les entreprises.

Greenwashing, confiance des Français en berne, opérations de communication douteuses, pratiques nuisibles socialement ou pour l’environnement… l’image de certaines entreprises questionne l’opinion sur leur capacité à agir dans l’intérêt général. Les entreprises peuvent-elles vraiment contribuer à la solidarité internationale ?

Nos ONG professionnelles de développement, rassemblées au sein du Groupe initiatives, en sont convaincues. Persuadées qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre développement social et économique, mais au contraire que le développement économique est une composante indispensable du développement, nous incluons la dimension de l’économie d’entreprise dans nos actions de terrain au Sud (appui aux petites entreprises du secteur populaire urbain, défense des modèles d’agriculture familiale, création d’institutions de microcrédit, etc.).

Les entreprises du Nord, notamment européennes, ne sont pas en reste. A travers la Responsabilité sociale et environnementale (RSE), le social business, le Bottom of the Pyramid (Bop) ou l’économie sociale et solidaire (ESS), les acteurs économiques peuvent contribuer au développement. Il est révolu le temps du simple mécénat et de la philanthropie ! Désormais les nouveaux modèles de social business et d’ESS, garants d’une certaine «biodiversité économique», permettent d’envisager des modèles de développement inclusifs et durables. De nouvelles exigences pèsent en matière de RSE sur les entreprises (normes internationales, Grenelle II), de nouveaux partenariats s’organisent, des innovations sont en œuvre. Il manque pourtant une réflexion stratégique sur la forme que pourraient prendre les  alliances entre aide au développement et entreprises.

Pendant quatre mois, nos organisations se sont mobilisées dans le cadre du processus des Assises et ont formulé des positions communes. Elles ont milité pour que ressortent de ces Assises une loi de programmation et un espace de concertation entre société civile et pouvoirs publics sur le développement. Elles se sont également fortement impliquées sur la question de la contribution des entreprises pour le développement, débattue dans le cadre du chantier sur l’innovation.

Trois jours avant la clôture du processus, le Groupe initiatives demande à Pascal Canfin, ministre du Développement, et à Benoit Hamon, ministre de l’ESS et de la Consommation, de porter dans les conclusions des Assises les conditions d’une nouvelle collaboration entre pouvoirs publics, entreprises et associations pour des opérations de développement inclusif et durable. Cela passe par :

  • L’élaboration d’une charte par les différentes parties prenantes, listant les critères de qualité pour les opérations menées dans le cadre de cette collaboration
  • reconnaissance d’une obligation de respect des critères RSE et des Droits humains dans toute démarche d’entreprise dans le champ du développement
  • Des conditions contractuelles et des soutiens publics structurels pour financer et pérenniser les associations de solidarité, parties prenantes de ces opérations.
  • La possibilité d’opérer des montages financiers combinant financements public et privé, en particulier pour financer l’incubation de projets de business social.
  • L’appui à la mise en place dans les pays du Sud de politiques publiques, y compris fiscales, permettant de favoriser l’accès des populations aux services essentiels et favorisant les entreprises et les associations s’impliquant dans ces opérations de type « business social »

Sortons de l’opposition stérile entre ONG et entreprises, c’est par le dialogue tripartite entre ces deux acteurs et les pouvoirs publics que l’innovation pour le développement gagnera en efficacité et que nous confronterons nos logiques d’action individuelles au service d’un intérêt commun : la lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le monde.

Signataires:

Les présidents du Groupe initiatives et des ONG membres : Christian Lespinats (Groupe Initiatives), Marc Oswald (APDRA), Claude Roger (AVSF), Dominique Hounkonnou (Ciedel), Dominique Frémaux (Essor), Thierry Cabirol (Geres), Pierre Jacquemot (Gret), Michel Colin de Verdière (GRDR), Gilles Bodo (HSF), Alain Larreture (ID), Johny Egg (Iram).