Haïti, une occasion manquée…

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12 janvier  2010 – 12 janvier 2011… Préparons-nous à la sinistre consécration de la date anniversaire du séisme qui a achevé de laminer l’île d’Haïti. Nous allons subir la litanie des doléances sur les manquements d’une solidarité qui n’a pourtant pas fait défaut. Cependant, pour toute la communauté internationale, une occasion a été manquée : reconstruire, avec les populations, les autorités haïtiennes… un pays.

La mobilisation a été exceptionnellement rapide et pourtant les critiques n’ont pas manqué, et vont se poursuivre, de la part de  ceux qui ne comprennent pas  que l’organisation n’ait pas été en place le jour même, avec de l’eau partout, des secouristes à pied d’œuvre,  des hôpitaux de secours opérationnels, du stockage de nourriture, et bien sûr des engins de déblaiement. Tout cela s’est pourtant mis en ordre de marche en quelques jours et d’une manière globalement assez exemplaire.

En dépit de la difficulté à aider un Etat faible, sans autorité, on est entré dans une belle mécanique d’horlogerie et plus exactement de perfusion pour aider un million de personnes à reprendre pied et à sortir de  l’état de sidération dans lequel la catastrophe avait plongé la ville et ses environs.

L’impasse de la reconstruction

Avant le séisme une grande partie de la  ville de Port-au-Prince était un chaos  anarchique, sans réseau d’eau, ni d’assainissement correct, souvent sans électricité.  Les services du cadastre, qui  ne couvraient qu’une faible partie de la ville, ont disparu. Les questions posées : doit-on reconstruire à l’emplacement de Port-au-Prince, avec quelles normes, quel urbanisme, sur des terrains appartenant à qui ? Quelle autorité assurera  la définition et l’application  de ces nouvelles règles? N’ayant toujours pas trouvé de réponse,  il  faut  parler plutôt en terme de décennies que d’années pour imaginer la reconstruction  de la capitale.

Cette capitale a grossi au cours des précédentes décennies, les Haïtiens  de l’intérieur venant chercher de l’argent, de l’éducation… de la sécurité. Surdimensionnée, la ville avait escaladé des zones inconstructibles ou la rive littoral insalubre du bidonville de Cité Soleil ou de Martissant, rendant déjà impossible avant le séisme toute politique cohérente d’urbanisme.

Après le séisme, une partie importante de la population, difficile à évaluer, a cherché à trouver refuge à l’intérieur du pays exerçant une forte pression sur des régions exsangues du point de vue des ressources alimentaires, de l’équipement, de l’emploi et des capacités de scolarisation. Quelques semaines  plus tard, les gens sont revenus sur Port au Prince asphyxiant à nouveau  la ville.

Le redéploiement en région

Alors, le bon sens et quelques voix de la société civile haïtienne ont prôné le redéploiement d’une  partie de l’aide pour revitaliser les régions et freiner le retour vers la capitale pensant qu’il fallait saisir là, l’occasion d’un rééquilibrage du pays. Le  contexte urbain des villes de l’intérieur offre un cadre plus adapté  que  la capitale sinistrée à des actions de développement. Dans  l’environnement délaissé des campagnes, d’innombrables  communautés, de toute obédience, existent et  peuvent relayer une aide massive  en  contribuant  à inverser l’exode vers Port-au-Prince.

Une aide non seulement massive, mais répondant   à tous les besoins d’une population en grand dénuement. En terme de santé, de nourriture, d’accès à l’eau, d’éducation, de relance agricole, de culture  en évitant le saupoudrage des projets et les actions isolées sans coordination entre elles,  afin d’atteindre le seuil  qui assure un  effet d’entraînement économique local. Les grandes ONG françaises qui ont la confiance des donateurs, une bonne connaissance des réalités haïtiennes, souvent un acquis dans des réalisations  qui auraient pu être exemplaires  (si  elles  n’avaient pas été isolées), ont été accaparées par l’urgence,  l’ampleur de l’aide à apporter aux populations directement sinistrées, le surmenage des équipes.

La concentration des ressources humaines, des moyens financiers, la manne du cash for work (argent contre travail) à très grande échelle s’est cantonné à la capitale enflant à nouveau le mouvement d’exode rural. L’argent manquant,  le mouvement va bientôt s’arrêter, le  dévouement de centaines d’humanitaires va se reporter sur d’autres fronts,  les ressources financières de l’aide à Haïti se trouvant épuisées, laissant Port-au-Prince dans un état de total délabrement, 3% des gravats ayant été évacués en un an…

Une politique volontariste de déploiement intégrée  aurait pu être menée en région   parallèlement  aux  actions d’urgence par un consortium d’ONG appartenant à des domaines d’intervention complémentaires, non seulement pour rétablir des conditions de vie décente aux populations, mais pour inciter des habitants  de la capitale à rester en province. Une  mobilisation significative, en régions,  de nos ONG,  performantes, professionnelles, partageant les mêmes valeurs,  aurait  été  un facteur d’entraînement pour inciter le déblocage des  promesses d’ aides des Etats  aujourd’hui paralysées par l’absence de lisibilité  des intentions du gouvernement.  Elles pouvaient le faire avec une grande légitimité, en lien avec la société civile haïtienne, pour venir durablement en aide à une population incroyablement aguerrie, résistante et encore debout dans cette descente aux enfers toujours plus profonde.

Une occasion manquée ?