Ici Dakar ! Les Français parlent aux… A propos de soliloques et de Françafrique.

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On avait déjà eu le Paris-Dakar. On a désormais le Discours-de-Dakar, exercice de rhétorique politique française se tenant tous les 5 ans dans la capitale sénégalaise : Sarkozy 2007, Hollande 2012.

Le premier Dakar rhétorique a fait le « buzz ». N’en rajoutons pas. Quant au second, n’en préjugeons pas la postérité.

On cherchera donc en vain  une analyse de texte dans notre propos qui vise à simplement offrir un regard africain sur deux  phénomènes : le Discours-de-Dakar et la Françafrique.

Mais avant, on aura quand même constaté une extraordinaire récurrence dans les propos :

2007 :« Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte… Je ne suis pas venu… vous donner des leçons...».

2012 : « Je ne suis pas venu ici, à Dakar… pour imposer un modèle, ni pour délivrer une leçon. Je considère les Africains comme des partenaires, comme des amis ».

  Les Discours-de-Dakar : soliloque français

Lorsque les présidents français parlent à Dakar, à qui s’adressent-ils ? Aux Africains, a priori. Mais pas uniquement et, peut-être même, pas principalement car tout indique que les Discours-de-Dakar ne sont d’abord qu’une liturgie politique franco-française. C’est bien d’abord aux Français  que s’adresse le propos qui tient de l’exorcisme et dont la phase paroxystique est constituée par l’incantation sur la mort de la Françafrique. On donne ainsi des gages à certains courants de la société française sensibles à cette thématique.

La France n’a pas soldé son passé africain et n’assume que difficilement le présent de la relation franco-africaine. L’Afrique y reste un « problème » pathologique, celui d’une relation fort peu « normale » construite sur des réalités et des images simplistes : « fardeau »  ou « sanglot » de l’homme blanc, maladies, misère, famines, dictature, rois-nègres, immigration etc. Le tout enveloppé d’un parfum répugnant, la Françafrique, dont chacun s’éloignera ostensiblement des effluves car, même si tous ou presque en sont touchés,  la Françafrique est une maladie honteuse et l’Africain un ami utile mais avec lequel il vaut mieux ne pas être vu dans la bonne société.

La Françafrique : l’Hydre franco-africaine

Créature monstrueuse de la mythologie grecque,  L’Hydre de Lerne possédait plusieurs têtes, dont une immortelle. Et chaque fois qu’on les lui coupait, elles se régénéraient doublement. Héraclès (dont c’était l’un des douze travaux) s’y attaqua avec l’aide de Iolaos qui vint à bout du monstre en brulant les moignons de son cou. Pour la petite histoire, Héraclès mourra en imprégnant ses flèches avec le sang de la bête.

La françafrique est un peu l’hydre de la mythologie franco-africaine : un monstre à multiple têtes qu’on affirme périodiquement vouloir tuer et dont la mort pourrait réserver quelques surprises.

Si la paternité du concept revient à l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, la Françafrique désigne aujourd’hui un fourre-tout permettant d’assurer la dénonciation de la « face cachée » des relations franco-africaines (mallettes, trafic d’influence, barbouzes, coup d’Etat…).

Pourtant, la Françafrique ne saurait se réduire à cela car il s’agit d’une construction qui « fait vivre », en France, plus de gens qu’on ne croit. Les acteurs des fameux réseaux françafricains, ceux qui en assurent la dénonciation (partis et associations diverses) et la publicité (journalistes et médias) appartiennent paradoxalement tous à une même réalité, celle d’une vision particulière de l’Afrique : une Afrique-comptoir ancrée dans la dépendance dont les Autres savent mieux qu’elle-même ce qui est bon pour elle.

En fait, ceux qui font la Françafrique et ceux qui la dénoncent soit « dorment dans le même lit en faisant des rêves différents », soit« dorment dans des lits différents en faisant le même rêve » d’Afrique.

Mais, la Françafrique, c’est aussi cette « odeur du père » (selon la formule de V.Y. Mudimbé) dont n’arrivent pas à se débarrasser les anciens colonisés qui s’en accommodent ou s’en plaignent tout en y participant.

En attendant  les faits concrets, constatons avec l’universitaire Bertrand Badie que F. Hollande « est dans la continuité de Sarkozy. Pas tellement sur le verbe et la forme, car les deux hommes n’ont pas le même tempérament, mais sur le plan thématique, sur la ligne politique, François Hollande n’a pas montré de volonté forte de rupture. Il n’y a pas eu de débat sur l’intervention en Libye». (Le Journal du dimanche, 27 septembre 2012).

 

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