Inondations à Ouagadougou : une catastrophe vite oubliée…

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Par Sarah Elkaïm… C’était le 1er septembre dernier, à l’aube. Des trombes d’eau s’abattaient sur Ouagadougou. Les pires inondations depuis un siècle. En quelques heures, plusieurs quartiers de la capitale du Burkina Faso étaient submergés. Des quartiers « non lotis », pour la plupart, à Dapoya ou Tanghin, qui abritaient des populations très précaires. Le déluge fait une dizaine de morts et 150 000 sinistrés dans une ville d’un million et demi d’habitants.

A quelques encablures du palais Omnisport flambant neuf de Ouaga 2000, le quartier de Lagnoiyri, « la maison », en mooré, est dévasté. Souleymane, 22 ans, se souvient de cette nuit-là : « J’ai été réveillé par le niveau de l’eau, elle est montée jusque là ! s’exclame-t-il en portant  sa main à son cou. On a pris les enfants dans les bras, ils avaient très peur, et on a couru jusqu’au goudron. L’eau rentrait partout, même dans les maisons construites en dur ! » Les services de la mairie sont venus récupérer les habitants. Puis, sa famille, cinquante personnes au total, a décidé de revenir à Lagnoiyri. Et reconstruit ce qu’elle peut. « Dans six mois, veut croire Souleymane, le terrain sera parcellé. C’est la mairie qui l’a annoncé. »

Les familles sont amenées dans l’un des quatre-vingt treize campements aménagés dans l’urgence. Trois mois plus tard, près de 15 000 personnes vivent encore dans quatorze de ces sites.

Une catastrophe qui n’a pas fait la « Une »

La presse française a très peu évoqué l’inondation. Quelques quotidiens s’y sont un peu attardés, quelques dépêches dans les hebdomadaires, dont les informations n’étaient le plus souvent pas mises en perspective. Des sujets sur les chaînes d’informations internationales, quelques articles de la presse régionale quand ladite région possède un lien avec le Burkina Faso.

Sans doute le nombre de morts n’était pas suffisant, la catastrophe pas assez spectaculaire, pour remplir les colonnes des journaux. Pourtant, au-delà de la situation des sinistrés, c’est la gestion désastreuse de l’urbanisation qui est mis à nu par le déluge. La plupart des victimes vivaient dans des zones déjà déclarées vulnérables. Et l’inondation n’a pas seulement touché les habitats les plus précaires. L’hôpital central Yalgodo, sur un site sensible, près du barrage n°3, n’est pas épargné.

Le Journal du Jeudi, « hebdromadaire » satirique inspiré du Canard Enchaîné français, note que « le déluge du 1er septembre est une piqûre de rappel sur la nécessité d’avoir un véritable hôpital de référence, bien équipé, bien doté en ressources humaines, financières et techniques et qui résiste aux intempéries. » Et la nécessité d’engager une politique de logements digne de ce nom.

La réponse du maire Simon Compaoré à ce problème est édifiante : « Les gens viennent squatter la périphérie de Ouagadougou tout en sachant qu’il n’y a pas suffisamment de logements, et après ils réclament des écoles et des dispensaires ! ».

La presse burkinabè suit au jour le jour les conséquences des inondations. Les journaux proches du pouvoir, comme Le Pays, se contentent le plus souvent de relayer les déclarations des ministres. Mais des titres indépendants persistent aussi au Burkina : L’Indépendant, hebdomadaire créé par Norbert Zongo, assassiné en 1998 dans des circonstances troubles, ou Le Journal du Jeudi, se font plus critiques. De nombreux articles sont consacrés aux opérations de relogement. Le premier ministre Tertius Zongo annonce des mesures un mois et demi après l’inondation. La somme nécessaire est établie à 8,6 milliards de FCFA (13 millions d’euros). Les sinistrés ont jusqu’à fin novembre pour quitter les camps.

Une absence de prévision des risques

Pas question pour le gouvernement ni pour la mairie de reconstruire les habitats des victimes situés en zone inondable, « quitte à utiliser la force pour empêcher les familles de reconstruire de leur côté » prévient Simon Compaoré. Mi-novembre, sur le site d’hébergement de Hamdalaye, les familles qui étaient locataires au moment du sinistre commencent à empocher l’aide de 50 000 FCFA (76 euros). Les anciens propriétaires devraient eux recevoir 280 000 FCFA (427 euros).

Des sommes loin d’être encourageantes. Le 24 novembre, le ministre de l’habitat et de l’urbanisme lance officiellement les travaux de viabilisation de terrains d’accueil à Yagma et à Bassinko, en banlieue nord. 25.000 parcelles doivent être dégagées, 11.000 sont déjà prêtes. Des dispositions insuffisantes pour les sinistrés. « Avec 50.000 F CFA, il est impossible pour quelqu’un de vivre dans la zone parce qu’il n’y aura pratiquement pas d’activités commerciales avant un certain temps », affirme Jean Baptiste Bambara, une victime interrogée par Fasozine. Le ministre conseille à ceux qui le désirent d’installer leur tente sur les parcelles qu’on va leur donner. Rien n’est fait pour les familles, comme celle de Souleymane, qui ont reconstruit leurs maisons de banco. Des habitats toujours précaires.

Sarah Elkaïm est journaliste indépendante.

Grotius International

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La rédaction de Grotius International.