Famine : l’aide à la Corne de l’Afrique doit viser aussi la résilience à long terme

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Sinistres témoignages de l’ampleur de la crise qui touche plusieurs millions de personnes dans la Corne de l’Afrique, les images d’enfants mourant de faim symbolisent en outre un manque de réactivité, selon les experts de l’humanitaire.

« Il est tout à fait scandaleux que les avertissements n’aient pas été entendus, que les enseignements tirés des famines précédentes aient été ignorés », a dit Barbara Stocking, directrice générale d’Oxfam. La crise qui sévit dans la Corne de l’Afrique Corne de l’Afrique, provoquée par la sécheresse, les conflits et les prix élevés des vivres, touche au moins 11,6 millions de personnes, notamment dans deux régions du sud de la Somalie, frappées par la famine. Et la situation risque fort de s’aggraver.

Pourtant, à en croire les experts, cette crise aurait pu être atténuée si l’on avait mobilisé les ressources nécessaires à l’avance. De plus en plus d’éléments démontrent qu’il est bien plus efficace d’améliorer la résilience des populations face aux cycles de sécheresse naturellement récurrents que d’intervenir à la suite des catastrophes.

Les fonds accordés par les bailleurs seraient ainsi utilisés à bon escient, selon les experts. Aider les fermiers à trouver des moyens de subsistance alternatifs ou leur apprendre à cultiver des variétés résistantes à la sécheresse est donc bien plus efficace que de fournir une aide alimentaire en cas de pertes de récoltes.

« Nous avons la preuve tangible, notamment en Afrique, qu’il nous faut seulement cinq francs suisses [6,20 dollars] par habitant et par an pour renforcer la résilience des populations », a déclaré Mohammed Mukhier, qui dirige l’unité de Réduction des risques de catastrophes à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

« Si l’on prend l’intervention d’urgence et les opérations d’urgence, il faut peut-être compter 200 francs [250 dollars] par habitant pour pouvoir distribuer des secours d’urgence sur des périodes d’à peine trois à quatre mois ». Les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds ont convenu, lors d’une réunion d’urgence tenue à Rome, le 25 juillet, que les interventions menées face à la crise devaient permettre de répondre aux besoins immédiats des populations désespérées et les aider à renforcer leur résilience pour éviter que des crises semblables se produisent à l’avenir.

Réduction des risques

Au vu de la menace que représentent les catastrophes naturelles à l’échelle mondiale, et notamment du risque de voir se multiplier les tempêtes, les crues et les sécheresses, il est particulièrement urgent d’utiliser judicieusement les fonds accordés par les bailleurs. Les partisans de la stratégie de réduction des risques soutiennent que les bailleurs n’ont plus les moyens d’accorder des fonds qui vont principalement au financement post-catastrophe. Les coûts augmentent en effet et compromettent les investissements d’aide au développement habituels.

Malgré cela, les avertissements lancés à l’approche de la catastrophe dans la Corne de l’Afrique ont été largement ignorés. « Les mesures qui auraient permis de sauver le bétail – et de fournir du lait et d’assurer des revenus pour acheter des vivres – auraient coûté bien moins cher que de nourrir les enfants atteints de malnutrition, mais très peu d’investissements ont été effectués au moment où il le fallait et aujourd’hui, c’est trop tard », a dit Simon Levine, de l’Overseas Development Institute. A présent, « il est bien trop tard pour traiter autre chose que les symptômes les plus graves », a-t-il écrit sur le site Internet de la cellule de réflexion indépendante britannique.

Si des fonds considérables sont souvent alloués aux interventions post-catastrophe, relativement peu de fonds sont accordés à la préparation et à la planification d’urgence. En effet, la prévention des risques est souvent difficile à financer car elle n’est pas aussi médiatisée que les interventions d’urgence. Les gouvernements donateurs doivent rendre des comptes aux contribuables et démontrer l’efficacité des mesures prises – ce qui est difficile à faire lorsque la catastrophe a été évitée.

Les bailleurs étant désormais mobilisés (bien que les promesses de fonds n’atteignent pas encore, loin s’en faut, les deux milliards de dollars requis), la priorité, dans la Corne de l’Afrique, consiste aujourd’hui à distribuer des secours d’urgence, mais aussi à assurer une assistance à long terme. « Les secours à court terme doivent être associés à un renforcement de la viabilité à long terme », a déclaré Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies. «Il faut pour cela transformer l’agriculture de façon à améliorer la résilience des moyens de subsistance ruraux et à réduire au minimum l’ampleur des crises à venir. Il faut que les pratiques de production vivrière, d’élevage, de pisciculture et d’entretien des forêts soient adaptées au climat et qu’elles permettent à tous d’avoir accès toute l’année à la nutrition dont ils ont besoin».

Kanayo F. Nwanze, président du Fonds international de développement agricole (FIDA), a souligné que pour améliorer la résilience des communautés de paysans et d’éleveurs, il fallait un engagement à long terme. « Mais comme on peut le constater en regardant la situation désastreuse de la Corne de l’Afrique, il ne reste plus beaucoup de temps », a-t-il déclaré aux délégués présents au cours de la réunion de Rome. Tenter d’éviter de nouvelles crises d’insécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique est un défi colossal.

En effet, les conflits ont gravement nui aux efforts de développement et de secours en Somalie, et compromettent la mobilité des communautés pastorales et de leur bétail, pilier de la sécurité alimentaire dans la région. Toutefois, la réduction des risques de catastrophes est de plus en plus considérée comme un impératif humanitaire, une mesure essentielle pour lutter contre la pauvreté et assurer un développement durable. « Pour améliorer la résilience des communautés de paysans et d’éleveurs en Afrique de l’Est, il faut que les gouvernements de la région et la communauté internationale des bailleurs prennent un engagement ferme, à long terme », a déclaré Kevin Cleaver, vice-président associé du FIDA. «Les pluies seront insuffisantes. Mais nous, nous devons être à la hauteur».

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