L’Est de la RDC vu par les média rwandais : entre censure et autocensure…

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Par Gaston Mangar, journaliste (Kigali)… La presse rwandaise est unanime pour condamner toutes les graves violations des droits de l’Homme dans la région du Kivu, frontalière du Rwanda, et n’hésite pas à l’écrire. Les médias rwandais ont «plus de mal», par contre, à prendre une position claire, réfléchie, décidée, en conférence de rédaction, quand il est question de politique et d’enjeux régionaux : autant de sujets qui reviendraient à commenter les décisions du gouvernement et du président Kagamé…

Les troupes rwandaises sont entrées en territoire congolais, au nord Kivu, le 20 janvier et sont officiellement rentrées dans leur pays le 26 février dernier. Dans sa parution du 23 janvier 2009, Grands Lacs Hebdo, titrait «Le retour officiel de l’armée rwandaise en RDC suscite des appréhensions». L’article évoquait notamment l’inquiétude des femmes des deux Kivu. Notre confrère pressentait les représailles qui allaient suivre l’opération conjointe entre les deux armées régulières : FARDC, de Kinshasa, et RDF, Rwanda Defense Force, de Kigali connue sous le nom de «Umoja wetu», contre les rebelles hutu rwandais.

Grands Lacs Hebdo donnait la parole à des Congolaises : «C’est notre population qui va mourir car les Rwandais qu’on recherche vivent dans nos villages». Les femmes de la société civile appelaient alors le gouvernement à une solution pacifique négociée avec les FDLR, les rebelles hutus extrémistes, accusés d’avoir perpétré le génocide des tutsis du Rwanda en 1994, et opposés depuis au régime de Kigali.

Les femmes de Bukavu demandaient à la Monuc, la Mission d’Observateurs des Nations-unies au Congo, «d’ériger un couloir humanitaire pour protéger les femmes contre les viols et les violences sexuelles lors des opérations militaires». «Les femmes et les enfants seront encore une fois exposés», avait mis en garde Solange Lwashinga, la secrétaire exécutive du Caucus, un groupe de femmes congolaises pour la paix du Sud Kivu. Raison pour laquelle ces femmes, craignant le pire, souhaitaient «qu’il y ait une conférence entre Rwandais pour le retour pacifique des réfugiés Rwandais (établis dans l’Est de la RDC)».

Le bihebdomadaire Umuseso de fin février dernier a donné raison à ces femmes, l’opération contre les rebelles étant officiellement terminée… Citant le rapport de HRW sur l’opération Umoja Wetu, le journal affirme que les maquis des rebelles hutus n’ont pas été nettoyés. «L’opération n’a abouti à rien de positif. Un petit nombre de membres des FDLR est rentré, leurs bases arrière n’ont pas été détruites. Mais l’opération n’a fait que tuer un bon nombre des civils». Et Umuseso d’affirmer que seulement 3 des 6 000 militaires rwandais sont rentrés au pays, l’autre partie étant restée sur place aux côtés de l’armée congolaise pour poursuivre les opérations contre les génocidaires. «Avec cette situation, la fin de la guerre n’est pas encore en vue », estime le bihebdomadaire.

Petit retour en arrière…

C’est le 22 janvier, peu avant minuit, que Kigali et Kinshasa décide de mettre hors d´état de nuire le général Laurent Nkunda, le président du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). Laurent Nkunda et son mouvement, depuis des mois, et avec le soutien non avoué de Paul Kagamé, étaient entrés en rébellion contre le président Kabila, avec pour premier objectif, vu de Kigali, d’anéantir les rebelles hutus Rwandais et de protéger les Congolais d’origine tutsis. Le Rwanda accusait depuis longtemps la RDC d’utiliser ces rebelles pour vouloir renverser le régime en place.

La presse et le gouvernement rwandais ont, pendant de longs mois, présenté Laurent Nkunda comme un sauveur, celui qui allait «résoudre» le problème des FDLR et celui qui s’opposait ouvertement à Kabila fils. C’était sans compter le retournement de situation que fût l’accord passé fin janvier le Rwanda et La RDC… Laurent Nkunda, devenu embarrassant pour les deux capitales, est alors arrêté…

Le deuxième volet de l’accord passé entre les deux pays concerne l’intervention de l’armée rwandaise dans l’Est de la RDC, avec le feu vert de Joseph Kabila, et le feu vert implicite de la communauté internationale. Cette opération musclée a-t-elle été une réussite ? Au mois de mars, les Nations-unies ont relevé de nombreuses exactions commises par les FDLR contre les populations civiles.

De toute évidence, les rebelles hutus sévissent toujours. Certes ils sont, dit-on, désorganisés. Mais ils ne sont pas anéantis. Evoquant ce bilan mitigé, Grands Lacs hebdo estimait le 14 mars que «les FDLR ont gardé toute leur capacité de nuisance». La presse a longtemps approuvé la guerre que menait Laurent Nkunda contre les génocidaires et contre Joseph Kabila. Le «chairman» du CNDP, pour les radios publiques et privées, a longtemps été le «libérateur» des banyamulenges et des autres communautés proches des tutsis du Congo.

Mais depuis, le président Kagamé a décidé de faire de Nkunda un ennemi, de l’arrêter, et de serrer la main de celui (le président Kabila) qui, jusqu’alors, était infréquentable car il se servait de ces anciens génocidaires contre le Rwanda. La presse rwandaise a emboîté le pas au pouvoir, et Nkunda « le libérateur » ne trouve désormais plus grâce dans les colonnes des journaux. Les médias sont passés d’une sorte de fanatisme savamment orchestré, à une autocensure qui ne laisse plus la place que pour quelques maigres entrefilets sur les rivalités au sein du CNDP et son leader déchu, Laurent Nkunda.

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