La place des francophones dans les opérations de paix

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Par Jocelyn Coulon… Si la planification, le déploiement et la gestion des opérations de paix sont devenus une source de préoccupations au sein de l’ONU et d’autres organisations internationales et régionales, une problématique émerge présentement au sein de l’ONU sur les opérations de paix en territoires francophones. En effet, depuis quatre ans, quelque 55% des Casques bleus de l’ONU sont déployés dans huit pays francophones: Congo démocratique, Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique, Sahara, Burundi, Liban, Haïti. Or, seulement 16% de ces Casques bleus proviennent de pays francophones.

Cette situation alarme l’ONU qui réclame des États membres des personnels francophones afin de permettre un meilleur contact entre les forces de paix, d’une part, et la population et les dirigeants locaux, d’autre part. Cet appel a été relayé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Afin de susciter des vocations, l’OIF a lancé un programme visant à inciter les États francophones à augmenter leur participation et a organisé en 2009 deux forums régionaux, l’un à Bamako au Mali, les 15, 16 et 17 juin, et l’autre, à Yaoundé au Cameroun, les 8, 9 et 10 novembre.

Le Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix a agi comme opérateur et maître d’œuvre de ces forums avec la collaboration financière et institutionnelle des gouvernements canadien, français, malien et camerounais. Au total, 21 pays d’Afrique francophone, le Canada, la France et la Belgique ainsi que l’ONU, l’Union européenne, l’Union africaine et la Communauté économique des États d’Afrique centrale ont participé aux débats portant sur les étapes à suivre afin de participer aux OMP. Plusieurs constats ont été établis.

Un sérieux problème

Dès l’ouverture des forums et tout au long des débats, les intervenants ont souligné le déficit de personnels francophones dans les OMP. Le secrétaire général adjoint aux opérations de paix de l’ONU, Alain Le Roy, a affirmé que l’absence de personnels francophones dans les OMP en territoires francophones posait à l’ONU «un sérieux problème».

Selon lui, cette absence de francophones est à ajouter à la liste de défis auxquels l’ONU fait actuellement face dans ses missions de paix. Il a même reconnu que «certains de ces défis seraient plus facilement surmontés» si les personnels de l’ONU maîtrisaient le français en Haïti, au Congo démocratique ou en Côte d’Ivoire. Il a de plus souligné le déficit de personnel francophone spécialisé et de personnels féminins qualifiés.

Jean-Marie Guéhenno, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix, et Jocelyn Coulon, directeur du Réseau, ont documenté la faible présence des États francophones sur le terrain et cela à tous les niveaux. L’ensemble des participants ont aussi rappelé l’impérieuse nécessité d’un engagement fort et concret des pays francophones du Sud comme du Nord.

Plusieurs conférenciers et participants ont exprimé le fait que les États francophones font face à de nombreux obstacles à l’ONU dont celui du respect du principe de l’égalité et de l’équilibre dans l’utilisation du français et de l’anglais au niveau du recrutement, de la formation et de l’accès à la documentation. Bien que la maîtrise du français par les personnels déployés en territoires francophones soit essentielle, plusieurs ont également souligné la nécessité d’une connaissance fonctionnelle de l’anglais de ces mêmes personnels afin qu’ils puissent interagir avec les structures onusiennes, notamment le DOMP.

Au-delà des questions linguistiques concernant la génération de force, des représentants de l’ONU sont intervenus sur les standards et les procédures. Ils ont insisté sur la rationalisation du choix des personnels, la nécessité d’un tri lors des sélections nationales, le respect de l’âge limite, des conditions physiques et de santé et la préparation des candidats aux tests de sélection.

Un obstacle majeur

Il ressort des débats que les besoins financiers et logistiques demeurent un obstacle majeur du point de vue des États contributeurs francophones du Sud. Ces États peinent à atteindre les standards établis par l’ONU en ce qui concerne, notamment, la formation et les équipements de base. Sur le plan des équipements, l’acquisition et le renouvellement du matériel nécessaire pour participer aux OMP demeurent problématiques. À cet égard, le responsable de la gestion financière au Bureau d’appui de l’ONU a apporté un éclairage indispensable sur les mécanismes de remboursement de l’ONU pour les personnels et les matériels des États contributeurs.

Le DOMP a exprimé le besoin d’avoir des interlocuteurs avertis au sein des représentations permanentes francophones à New York. L’attaché de Défense du Sénégal auprès de l’ONU a ainsi rappelé l’importance pour chaque pays de disposer à New York d’un représentant militaire afin d’établir un lien permanent et solide avec le DOMP. D’autres représentants ont souligné l’importance de mettre en place une organisation efficace entre les ministères de tutelle.

Plusieurs participants ont souligné un certain manque d’informations concernant les formations et surtout les partenariats bilatéraux et multilatéraux possibles. À cet égard, le modèle de partenariat entre le Bénin et la Belgique, présenté lors des forums a suscité un vif intérêt. Au cours des cinq dernières années, la participation du Bénin aux OMP est passée de quelques militaires à près de 1500 aujourd’hui. Les deux intervenants n’ont toutefois pas caché les problèmes auxquels ils font face, en particulier le remplacement des matériels. Par ailleurs, les représentants du Canada, de la France et de l’Union européenne ont présenté les grandes lignes de leurs différents programmes d’appui au renforcement des capacités africaines francophones aux OMP.

Les forums de Bamako et de Yaoundé ont posé les bases d’un dialogue permanent entre les États africains francophones et les instances de l’ONU. Certes, la préparation en vue de participer aux OMP de l’ONU est un processus complexe ; mais ce cycle de forums entendait aller au-delà de la simple présentation des écueils à éviter. Il concevait plutôt la participation aux OMP comme une opportunité à saisir, comme un pilier de la modernisation et de la professionnalisation des forces armées et de sécurité nationales.

Ainsi, la participation aux OMP représente un choix structurant pour l’État contributeur, choix qui comporte des avantages, mais également certaines contraintes et certains risques. D’où l’importance à prendre toute la mesure des diverses dimensions de cette participation et de son implication à moyen et long terme.

Jocelyn Coulon est directeur du ROP, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix.


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