Open data, gestion de crise et action humanitaire, le « web humanitaire » est déjà une réalité

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La forte médiatisation des récentes crises majeures a mis en exergue de nouvelles pratiques dans la gestion et le traitement de l’information de ce type d’événements. Internet est devenu un carrefour où sinistrés et leurs proches, gouvernements, ONG, services de sécurité civile se retrouvent pour échanger et gérer la crise. Conçu à l’origine pour résister à des attaques sur le sol américain, décentralisé sur la planète entière, Internet est aujourd’hui un atout majeur de la gestion de crise.

La baisse des coûts d’équipement en terminaux connectés à Internet, la démocratisation des téléphones cellulaires et l’émergence fulgurante des réseaux sociaux catalysent la diffusion de l’information de crise sur le réseau des réseaux.

Les derniers grands bouleversements ont mis en valeur et éprouvé de nombreux outils en ligne permettant la remontée, la gestion et la diffusion de l’information. Dans l’urgence, des communautés d’internautes et de technophiles sont nées ou se sont mobilisées pour apporter leur aide aux populations affectées par des désastres. Des actions ont été entreprises et coordonnées par des outils nés sur le web comme les wikis, les messageries instantanées, la téléphonie VoIP et les cartes collaboratives.

Les portes d’entrée de l’information de crise sont les téléphones mobiles, les tablettes et les ordinateurs personnels. À partir de ces terminaux les sinistrés, volontaires technologiques, diffusent et partagent l’information via les SMS, les réseaux sociaux, et les portails collecteurs d’information mis en place par les Etats, ou ad-hoc créés par des comités citoyens.

C’est ainsi qu’au Kenya, en Haïti, à Christchurch ou encore au Japon des projets comme Ushahidi, Sahana, CrisisCommons, OpenStreetMap ou CrisisMappers ont prouvé leur utilité. Ces projets sont d’une redoutable efficacité, car ils sont au cœur de l’innovation dans la gestion de crise. Ils créent des outils qui vont recueillir, organiser, traiter l’information.

Ces plates-formes sont basées majoritairement sur des logiciels libres. L’ouverture du code source a permis à des centaines de développeurs de les améliorer, et de les faire évoluer au gré des contraintes techniques, géographiques ou politiques. Cette liberté permet aussi à des pays en développement d’intégrer ces outils à leur chaîne de communication, bien qu’elle incite à plus de transparence et de coopération entre les administrations et les citoyens.

Aujourd’hui, de grandes entreprises comme Google ou ESRI mettent en place, pendant les catastrophes naturelles, des outils permettant de rechercher des proches, remonter l’étendue des dégâts, ou d’indiquer où trouver de l’aide et de la nourriture. La capacité de ces grands opérateurs à monter en charge permet de répondre très rapidement à l’afflux des connexions des sinistrés et de leurs proches. En la matière, l’aide des citoyens et des ONG est importante. En effet, en raison des limitations commerciales et/ou juridiques ces grands groupent ne peuvent pas toujours intervenir dans tous les pays.

La souplesse de ces plates-formes citoyennes permet aussi un excellent moyen de préparation et de simulation des crises. Des populations entières sont ainsi familiarisées à la prise en main de ces outils pour s’organiser, prendre les décisions adéquates au contexte problématique, et de remonter rapidement les informations aux secours.

L’enjeu de ce type de programme informatique, la Fondation Sahana Softaware l’a bien compris. Depuis le tsunami de décembre 2004 en Indonésie, elle a développé des outils de recherche des disparus. Au lieu de coller et de distribuer des photos des disparus, Sahana met à disposition des hôpitaux, des ONG et des citoyens une plate-forme web pour décrire les personnes recherchées et pour laisser un message à leurs proches.

Des communautés de volontaires, experts en technologie, comme CrisisCommons organisent des CrisisCamp. Des individus se retrouvent pour apporter l’aide la plus efficace possible aux sinistrés. Les ateliers de travail se focalisent sur des applications mobiles, d’autres sur la création et le déploiement de sites web thématiques ou encore sur la cartographie des zones concernées. Les conclusions des travaux est ensuite déployé et amélioré par les bénévoles. Ce cercle vertueux se reproduit à chaque grande crise puisque chaque CrisisCamp peut profiter du retour d’expérience de ses homologues internationaux. Les simulations et les rencontres entre deux incidents permettent de recruter et de préparer les volontaires. Elles facilitent aussi la collaboration avec les acteurs traditionnels de l’action humanitaire et de l’urgence.

CrisisMappers est une autre communauté se focalisant uniquement sur l’aspect cartographique. Elle agrège toutes les sources de données cartographiques sur les régions touchées par la crise. Il y a une constante activité de veille des données exploitables. Avant les crises, les fournisseurs potentiels ou les jeux de données existants étaient indexés pour permettre une plus grande réactivité aux incidents. Au moment de la crise, ce sont des dizaines de professionnels et de passionnés de la cartographie qui se fédèrent pour apporter leur aide en ligne.

OpenStreetMap, quant à lui, est un projet de cartographie libre rassemblant bientôt près de 500 000 contributeurs. Ce projet est né parce que la plupart des cartes ne sont pas libres, ni ouvertes. OpenStreetMap aide à la création cartographique collaborative tout comme le projet Wikipedia collecte des informations collaboratives culturelles. Ces cartes sont créées à partir de photos aériennes ou satellitaires libres, de « cartoparties » ou d’import de jeux de données libres. Chaque crise majeure est l’occasion d’activer un des dispositifs de la charte de l’espace. Les opérateurs d’imagerie spatiale se sont en effet engagés à mettre à disposition des services de secours des photos satellitaires des zones sinistrées. C’est aussi grâce à cette charte que des communautés comme CrisisMappers ou OpenStreetMap peuvent commencer la réalisation de cartographies quelques heures seulement après les intempéries. Les ONG sur place mettent à jour et remontent des informations du terrain. La carte est ainsi réactualisée en temps réel. Ce programme rassemble plus de 700 volontaires qui se sont mobilisés en quelques heures après le séisme d’Haïti en 2010.

La succession des crises ces dernières années n’a fait que confirmer l’utilité de ces communautés, qui n’ont de cesse d’améliorer  leurs modes opératoires afin d’augmenter la qualité des données et leur diffusion. Elles veulent aussi diminuer les risques d’atteinte au personnel humanitaire sur le terrain. Une collaboration avec les acteurs traditionnels de l’urgence permet de combiner l’expérience de ces derniers avec la réactivité et la pluralité des nouveaux acteurs du web de l’urgence.