Par Lovasoa Rabary-Rakotondravony… Moins de cinquante ans après avoir acquis son indépendance, Madagascar s’achemine vers la quatrième République. La transition de 2009, la troisième que connaît la Grande Ile en cinquante ans de République, permettra pour la énième fois aux Malgaches de réfléchir au régime politique qui leur sied et au système démocratique qui leur convient.

En cinquante ans de République et presque autant d’indépendance, Madagascar a connu quatre mouvements populaires, ayant abouti au renversement du pouvoir « démocratiquement » élu.

En mai 1972, Philibert Tsiranana, qui venait pourtant d’être réélu président de la République avec plus de 90% des suffrages en janvier de la même année,  a dû transférer les pleins pouvoirs à la suite d’un mouvement d’étudiants, devenu mouvement populaire. La première République a ainsi pris fin, et Madagascar est entré dans une phase de transition qui allait durer trois ans.

En 1991, Didier Ratsiraka, qui semblait reparti pour un troisième mandat confortablement acquis par les urnes en 1989, n’a pu résister à la pression de la rue et à dû se résoudre à un compromis avec ses adversaires politiques en acceptant la Convention du 31 octobre qui mettait fin à la deuxième République et qui allait gérer la transition vers la troisième République.

En 2002, alors qu’il était revenu au pouvoir à la faveur de la seule alternance au pouvoir conforme aux principes démocratiques occidentaux qu’ait connu Madagascar, Didier Ratsiraka s’est de nouveau vu contraint d’abandonner le pouvoir à la suite d’une longue crise post-électorale. Malgré une majorité écrasante au sein des institutions nationales et territoriales, l’Amiral n’a pas pu défendre son bilan au deuxième tour de l’élection présidentielle de décembre 2001, la rue, ensuite relayée par la juridiction électorale, ayant décidé que son principal adversaire avait gagné dès le premier tour du scrutin.

En mars 2009, Marc Ravalomanana, sous la pression de la rue et de la division de l’armée, a dû lui aussi transférer ses pouvoirs à un directoire militaire. Il venait pourtant d’être réélu au premier tour de l’élection présidentielle en 2006, la nouvelle Constitution qu’il avait proposée avait obtenu une écrasante majorité de oui au référendum constitutionnel de 2007, et le Parlement ainsi que les assemblées des collectivités territoriales étaient largement dominées par le parti présidentiel. Les « putschistes », qui refusent d’être ainsi qualifiés, se prévalent à chaque fois de la légitimité de leur action, mettant en avant le soutien de la population qui les a suivis dans la rue, et insistant sur des présumées fraudes et autres artifices dénaturant le choix exprimé par le peuple lors des élections.

Des dispositions constitutionnelles régissent l’alternance au pouvoir et prévoient même des procédures de destitution et de déchéance du président de la République, mais celles-ci n’ont été mises en œuvre qu’une fois, en 1996. Le professeur Albert Zafy, arrivé au pouvoir à la faveur du mouvement populaire de 1991 en a fait les frais. Mais ses successeurs, pour ne pas avoir à subir la même mésaventure ont pris soin de rendre plus rigides les procédures d’empêchement, au point de les rendre difficiles, voire impossible à faire aboutir.

La rue « décide »…

Les procédures légales étant difficiles, voire impossibles à mettre en œuvre, et les élections perdant de plus en plus en crédibilité à leurs yeux, les Malgaches n’ont trouvé d’autres moyens de faire pression sur leurs dirigeants à renoncer au pouvoir qu’en descendant dans la rue. L’accession d’un homme « nouveau »  au pouvoir est aussi l’occasion de changer de système politique. Souvent pourtant, les Constitutions et les lois sont taillées sur mesure pour celui qui en a l’initiative.

Un régime de transition a l’avantage d’impliquer dans les réflexions sur les systèmes politiques à mettre en place des tendances qui n’auraient pas eu l’occasion de s’exprimer si la révision de la Constitution ou l’initiative des lois s’était fait suivant les règles prévues par les textes en vigueur. A Madagascar, la tradition veut que les projets de loi soient gardés secrets jusqu’à ce qu’ils soient adoptés, « pour que les gens ne soient pas induits à l’erreur par des textes qui ne sont pas encore officiels ». Et au parlement, déjà dominé par le parti au pouvoir, l’initiative des lois est rarissime. Les débats, s’ils ne sont pas inexistants, se retrouvent limités.

Si elle n’est pas écourtée par la nécessité de procéder le plus vite possible à une élection présidentielle permettant le retour rapide de la « normalité » constitutionnelle tel que le conçoit la Communauté internationale, la transition devrait ainsi permettre aux Malgaches de réfléchir au système politique qui leur sied, et qui convient à leur culture.

Sur la base de leurs expériences passées et les errements de leur histoire, les Malgaches pourront réfléchir sur la forme que prendrait l’Etat en matière de décentralisation, sur le régime politique qui régirait le pays, ou encore sur le nombre des mandats du président et sur  la manière de destituer ce dernier. La loi sur les partis pourra être débattue par tous les partis avant d’être adoptée et tout ce beau monde sera consulté dans l’élaboration du code électoral, ainsi que de tout autre texte pouvant influencer d’une manière ou d’une autre la vie publique.

Mais au-delà du système à mettre en place sur le plan national, la transition devrait aussi définir la manière dont les Malgaches peuvent participer à la gestion de leur cité entre deux élections. Car, faut-il le rappeler encore, si les élections sont un principe essentiel de la démocratie, la démocratie se nourrit surtout de la participation des citoyens à la vie quotidienne de leur cité. L’idée est tout simplement d’apprendre aux Malgaches à ne pas donner carte blanche aux politiques par le biais d’un simple bulletin de vote, au risque d’en être très vite et facilement déçu.

Lovasoa Rabary-Rakotondravony est journaliste à Antananarivo. (L’Hebdo de Madagascar, L’Express de Madagascar, correspondante de BBC Afrique.)


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