Rencontre avec Kangoulya, initiateur du mouvement Open Tunisia

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Attachés à la neutralité du Net et à une conception du partage et de l’Open data, les partisans du logiciel libre en Tunisie n’ont eu de cesse de promouvoir leurs idées auprès des décideurs politiques. Depuis la révolution, l’objectif est clair. Il faut inscrire ces principes dans la rédaction de la future Constitution, et consacrer ainsi un nouveau mode de fonctionnement pour le nouvel Etat tunisien en devenir : l’Open Gouvernance. Kangoulya (pseudonyme), à l’origine du mouvement Open Tunisia, revient sur cette nouvelle conception de l’action politique, qu’il entend bien voir se concrétiser dans les mois à venir.

Gaël Grilhot : Pouvez-vous revenir sur la notion d’« Open gouvernance » ?

 Kangoulya : L’idée, c’est de pouvoir mettre en place une plateforme de rédaction collaborative, et de l’appliquer non seulement pour rédiger la Constitution, mais aussi tous les autres textes législatifs ou règlementaires. Qu’il s’agisse des lois, du Code pénal, etc., ou encore les codes de procédure interne des différentes administrations. Naturellement nous ne pouvons pas laisser ce genre de wiki collaboratif ouvert et accessible à tout le monde. Il faut gérer des droits. Et lorsqu’il y a des choses qui ne sont pas modifiables par tout le monde, il y a nécessité de validation par un modérateur. C’est le même principe que le logiciel libre. Cela nécessite un important travail d’intégration des contenus, dans la mesure où toutes les données publiques doivent être accessibles à tous.

 Gaël Grilhot : Quelles sont les initiatives que vous avez développées dans ce sens ?

 Kangoulya : Depuis septembre 2010, nous avons regroupé les acteurs du « Libre » en Tunisie et entrepris de discuter avec les différentes instances pour les sensibiliser à ces problématiques. La révolution a créé un chamboulement auquel nous ne nous attendions absolument pas. Nous nous sommes alors structurés au sein du mouvement Open Tunisia, et nous avons fait le tour des présidents des trois principales commissions (chargées de gérer la transition démocratiques, ndlr) lorsqu’elles ont été créées, et nous leur avons exposé le principe… Je pense que le message est passé et qu’ils l’ont pris en compte. Après ça, il y a eu des séminaires, organisés par Euromed et la FIDH, qui se sont enchaînés sur la transition. Et à chaque fois, nous en avons profité pour sensibiliser tous les participants, pour faire passer l’idée de l’Open Gouvernance. Mais le gros du travail a été de sensibiliser tous les bords politiques et toutes les couleurs à nos idées.

Gaël Grilhot : Y compris Ennahda ?

 Kangoulya : Je ne suis pas pro-Ennahda, je n’ai pas voté pour eux, mais nous avons tout fait pour que toutes les couleurs politiques soient sensibilisées à ces questions. La neutralité du net, la transparence, le libre accès à l’information, à la connaissance, devraient être contenues dans la Déclaration des droits des internautes (DDI),et acceptées par les différentes tendances politiques. Nous aurons alors plus de chances de les faire adopter. Qu’elles soient inscrites noir sur blanc dans la Constitution. Bien sûr, c’est un peu comme la charte de Nicolas Hulot en France. Ils peuvent signer des chartes pour ces idées, tenir des séminaires sur la question, mais concrètement, ça ne les engage à rien, s’ils n’en sont pas convaincus. Que ce soit PDM, PDP, Ennahda ou d’autres partis, ils disent tous approuver ces idées. Maintenant, est-ce qu’ils vont les appliquer, cela c’est une autre chose…


 

 

Gaël Grilhot

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Gaël Grilhot est journaliste indépendant.

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