Tunisie, des « dérives médiatiques » au « quatrième pouvoir »

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« Après la révolution, nous avons eu beaucoup de problèmes concernant la formation des journalistes, que ce soit en matière de déontologie ou de professionnalisme. »  Elue présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens en juin 2011, Najiba Hamrouni était auparavant en charge des questions sur la liberté de la presse au sein de la même organisation.

 Sous le régime de Ben Ali, le SNJT a joué un rôle de contre-pouvoir. Il tente depuis le départ de l’ancien dictateur de professionnaliser un secteur en crise. Mais la libération de la presse a engendré toute sorte de « dérives ». Selon Mme Hamrouni, « le problème s’est surtout posé pour ce qui est des débats politiques, de la couverture médiatique des élections, ou des activités des Partis politiques. Avant, nous n’avions pas l’habitude d’interviewer toutes ces personnalités politiques, la presse et les journalistes étaient orientés vers des thèmes et des personnalités bien précis ».

 Khelil Ben Osman est bloggeur, un de ceux qui ont contribué à faire tomber le régime de Ben Ali. Avec d’autres personnes, ils s’appliquaient à démentir les fausses informations distillées par les « soldats du net » du régime. Selon lui, le principal danger immédiatement après la révolution a été « l’absence de vérification de l’information, surtout par les médias “professionnels” », qui reprenaient toute sorte de rumeurs lancées sur les réseaux sociaux.

Khelil en est convaincu, « la transparence et la valeur de l’information, c’est ce qui va faire que des citoyens s’engageront de plus en plus, et surtout seront plus concernés par leur quotidien et par la société dans laquelle ils vivent. » Avec plusieurs de ses amis, il fonde alors l’Association Tunisienne des Libertés Numériques (ATLN), et monte une plateforme communautaire destinée à « chasser les rumeurs » qui circulent sur le net (ch9lek.org), souvent lancées selon lui par des anciens du RCD.

 Mais si son travail porte aujourd’hui ses fruits, et que certains médias utilisent cet outil pour accréditer ou non leurs informations, il n’en reste pas moins que ce travail élémentaire et fondamental de vérification devrait avant tout être dévolu aux journalistes.

C’est pour combler ces lacunes, que le SNJT a décidé de mettre en place des sessions de formation, notamment avec l’institut Panos Paris, dont le premier objectif était de travailler sur la couverture médiatique de la Constituante. A ce propos, les attentes de Najiba Hamrouni vis-à-vis de la nouvelle Constitution sont importantes. Elle souhaite qu’y soit inscrit un article protégeant une « liberté de la presse sans limite et sans intervention». Selon elle, le secteur sera amené à se développer. « Nous ne pouvons pas avancer sur le plan économique ou politique sans avoir un quatrième pouvoir respecté et professionnel. Nous avons déjà rédigé en ce sens le nouveau Code de la presse, des nouvelles lois qui organisent la presse, et nous attendons que la Constitution appuie ces nouvelles lois. »