Par Ali Dziri (Alger)… La presse privée et étatique désapprouve et dénonce, autant que le gouvernement algérien, le mandat d’arrêt émis par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président soudanais Omar El Bachir. Avec quelques nuances.

L’Algérie, qui n’est pas signataire du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, déplore cette décision qui « constitue un grave précédent, porteur de menaces réelles pour la paix, la sécurité et la stabilité au Soudan et dans la région ». Tout en emboitant le pas à la position officielle, L’Expression note qu’une « telle démarche de la CPI aurait été crédible, plus, la bienvenue et de bon sens, si celle-ci s’appuyait sur un droit qui s’applique et applicable de manière indifférente, cohérente et équitable à tous les pays, quel que soit leur statut, afin qu’ils répondent des crimes qu’ils ont eux-mêmes commis, commandité ou couvert ».

Le quotidien cite les cas des Etats-Unis qui ont envahi l’Irak et Israël « responsable de la mort de plus de 15.000 Palestiniens – depuis l’Intifadha de 1987 » – et qui « tua en outre en début d’année 1330 Palestiniens, utilisant même des armes prohibées ». L’Expression qui ne blanchit pas pour autant le président soudanais, écrit qu’il  « est patent que M.Bechir n’a pas les mains tout à fait nettes » et qu’il  «a sans doute à répondre de beaucoup de choses». Mais, s’interroge ce journal, pourquoi lui en particulier?

Un tribunal pour les Africains

Liberté relève que « la Cour n’a pas émis de mandat d’arrêt contre M. Béchir pour génocide, contrairement à ce qu’avait demandé le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo ». Tout en citant le président sénégalais A.Wade qui dit avoir « l’impression que ce tribunal ne juge que des Africains”, Liberté souligne que la CPI « semble s’acharner contre les Africains oubliant les autres criminels de guerre, à commencer par les généraux israéliens, auteurs d’innombrables boucheries contre le peuple palestinien ».

Ce mandat d’arrêt contre un chef d’État lancé par la CPI, le premier depuis son entrée en fonction en 2002, fait grincer des dents « Le Midi Libre ». Ce quotidien francophone privé et progouvernemental estime qu’il y a « deux poids et deux mesures ». Tout en soulignant que « Omar El Bachir n’est pas un parangon de vertu », ce journal cite le cas d’Israël qui jouit d’une impunité absolue.  La Knesset israélienne, relève Le Midi Libre, ne vient-elle pas d’adopter une loi qui met ses officiers à l’abri des poursuites pour crimes contre l’humanité ? La conviction de ce journal est qu’il y a « deux poids et deux mesures ».

Le Quotidien d’Oran (premier tirage national en français)  fait un large tour de la question. Omar Hassan Al Bachir est «wanted», écrit-il et  « les hauts dirigeants sont implicitement appelés à le renverser. La CPI, officiellement, ne fait pas de politique. D’autres s’en chargent ».  Le Quotidien d’Oran croit déceler une opération en préparation visant à renverser le président soudanais. « L’organisation Crisis Group, think tank occidental, à dominante anglo-saxonne, y appelle ouvertement », croit pouvoir déduire ce journal. Il constate que « une cinquantaine d’ONG ont appelé à des pressions sur les autorités soudanaises pour qu’elles exécutent le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale ».

Officiellement, personne ne fait de politique et tout le monde n’est animé que par le souci de justice, commente le Quotidien d’Oran.  Il cite Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine pour qui « la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l’impunité qu’en Afrique comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Ghaza, en Colombie ou dans le Caucase ».

Il faut rappeler que, l’été dernier, l’Algérie a désapprouvé le projet de la CPI d’inculper Omar El Bachir. Son ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, avait aussitôt a réitéré la «solidarité totale de l’Algérie avec le peuple et les dirigeants soudanais». Il avait estimé que la demande du procureur de la CPI avait un «caractère politique qui consacre la thèse de l’ingérence dans les affaires internes des États sous prétexte de la protection des droits de l’Homme, même si cela se fait au détriment d’un Etat souverain dirigé par un président légitime».

Ali Dziri, journaliste (Algérie)

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