A l’université Paris 8 : le documentaire algérien à l’honneur

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A l’occasion des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, Grotius. International revient sur le documentaire algérien à travers le témoignage de trois acteurs et spécialistes de la question.

Vendredi 8 et samedi 9 mars, l’université Paris 8 en Seine-Saint-Denis a organisé un colloque de deux jours pour s’interroger : « Colloque-Projection : Le Documentaire Algérien objet du patrimoine national ? ». Des réalisateurs et des universitaires français et algériens se sont succédés pour établir le compte-rendu de plus de 50 ans de films et pour analyser leur progression thématique et structurelle.

Naissance dans la guerre

L’évolution du documentaire algérien est liée à l’histoire du pays. Comme nous le rappelle Khedidja Oulm, il est né pendant la guerre d’Algérie pour participer à une véritable « guerre des images » dans le but était de donner à voir la réalité vécue par les Algériens que les images et les médias français, pris dans les tenailles de la propagande officielle, ne diffusaient pas. Après l’indépendance, le documentaire devient un outil de propagande, cette fois, entre les mains du nouvel Etat algérien qui n’hésite à programmer son extinction quand les réalisateurs ont voulu, d’après l’universitaire Mohamed Bensalah, « passer du cinéma de commande au cinéma de création » pour mieux questionner la mal-vie de la société et porter un regard critique sur l’histoire postindépendance. Un tour de force réussi par l’écrivaine et cinéaste Assia Djebar avec La Nouba qui sort des canaux idéologiques où la documentariste se veut une mémoire vivante qui dit « je ». Les années 90 ont plongé le documentaire algérien dans un coma profond. Cela dit, des chefs-d’œuvre ont été réalisés tel que Douleurs muettes de Azzedine Meddour qui interroge des enfants ayant survécu aux massacres islamistes. Au même moment, le documentaire de l’émigration se développe et se poursuit aujourd’hui encore, alors que le documentaire en Algérie renaît peu à peu et filme ce que Vincent Sorrel, en parlant du cinéma de Tariq Tequia, nomme « l’atomisation de la société algérienne » avec « un refus des images convenues ».

Un cinéma méconnu… en Algérie

Néanmoins, si beaucoup de ces documentaires ont reçu un accueil favorable dans le monde où ils sont primés, en Algérie, ils ne sont pas connus. En effet, la télévision algérienne, une des dernières chaînes « soviétiques » au monde, censure tout ce qui ne fait pas l’éloge du pouvoir en place ou ne chante pas la beauté du désert et des montagnes du pays. Pourtant, très souvent, elle soutient financièrement ces créations. Les salles de cinéma sont aussi rares parce qu’elles ne sont pas restaurées ou parce qu’elles ont été détruites par les islamistes dans les années 90. « Vous aviez 400 salles, il n’y a plus que 6 ou 7 », s’indigne le réalisateur égyptien Youcef Chahine dans un débat à Alger dont l’extrait est diffusé par Salim Aggar dans son documentaire Ça tourne à Alger.

Autre question que se sont posée les interlocuteurs et qui revenait de manière obsessionnelle durant les débats : comment préserver les archives documentaires laissées à l’abandon en Algérie ? Des images d’une valeur exceptionnelle, dont certaines ont été tournées pendant la guerre d’Indépendance, moisissent et, pour être restaurées, sont coupées, ce qui aura inévitablement une incidence sur l’écriture filmique de l’histoire de l’Algérie dans les années à venir. Des kilomètres de pellicule seront définitivement perdus s’ils ne sont pas numérisés aujourd’hui. La prise de conscience existe chez les autorités algériennes qui ont rapatriés des bandes entières dans les sous-sols de la Bibliothèque Nationale d’Alger (BNA). Mais selon Mohamed Ben Salah, les conditions de leur préservation ne sont pas réunies.

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