After Work humanitaire : La captivité, rançon de l’engagement humanitaire ?

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La captivité serait-elle devenue la rançon de l’engagement humanitaire ? D’aucuns diront qu’il ne faut pas exagérer. D’autres que les événements de ces dernières années peuvent amener à se poser la question. Et ils auront raison : selon un rapport réalisé par l’Humanitarian Policy Group[1], les attaques contre les travailleurs humanitaires ne cessent d’augmenter depuis 2006. Elles concernent avant tout les expatriés et les représentants de l’ONU. Ne serait-ce qu’en 2008, 260 acteurs humanitaires ont été enlevés, sévèrement blessés ou tués. L’année 2011 n’a fait que confirmer cette idée, avec plus de 200 victimes humanitaires de violences. 

La Commissaire Européenne à l’action humanitaire, Kristalina Georgieva, le répétait encore le 15 décembre dernier[2] : « l’action humanitaire est malheureusement devenue un des métiers les plus dangereux dans le monde actuel ».   Ainsi, le personnel humanitaire court des risques alors même qu’il tente de maintenir une assistance vitale pour les victimes de conflits et de catastrophes dans le monde. D’où vient cette augmentation de violence à leur égard ? De leur présence dans des pays de plus en plus dangereux ? Les pays classés « à risque »[3] sont souvent aussi ceux où la population souffre le plus cruellement de l’essentiel. Rien qu’en Afghanistan, l’un des pays les moins sûrs au monde, plus de 2 600 ONG et organisations humanitaires internationales[4] sont recensées sur place. D’un changement d’image ? Peut-être… Institutionnalisation de l’aide, implication d’une force armée dans les processus d’acheminement de l’aide, de distribution etc. ont pu jouer sur le regard que portent les populations locales sur les ONG, qui revendiquent principes d’impartialité et de neutralité …

Le manque de sécurité de leurs travailleurs peut aussi amener les organisations à adapter leurs pratiques à chaque situation. Ainsi, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) a décidé d’attribuer des gardes du corps à ses employés en Tchétchénie ou en Somalie[5]. Cependant, il semble que la plupart du temps, les ONG se retirent du pays si les risques sont trop élevés, tout en agissant, au mieux, à partir des pays voisins. la chercheuse Bridget Guarasci, publiée récemment sur Slate.fr, « aujourd’hui, en Somalie, comme auparavant en Irak, le niveau élevé de la violence ne permet pas aux employés de l’ONU ou des ONG internationales de se déplacer en toute sécurité dans le pays. La solution: Skype et le GPS, qui sont devenus des outils essentiels au déploiement des programmes d’aide humanitaire et de développement« [6].

Bien sûr, les humanitaires ne sont pas les seuls à être confrontés à cette réalité. En Irak, au Darfour, en Colombie, mais aussi en Afghanistan ou au Pakistan, ce sont aussi des journalistes ou de simples touristes qui sont désormais la cible de preneurs d’otages toujours plus motivés.

La Fondation Casques Rouges souhaite soulever toutes ces questions qui dessinent les contours de l’humanitaire d’aujourd’hui, en se penchant sur le cas des affaires d’enlèvement et de prise d’otages, au cours d’un After Work humanitaire dédié. Autour d’anciens otages, de diplomates, de dirigeants d’ONG, vous êtes vous aussi invité à débattre et réfléchir sur ce phénomène croissant qui donne aujourd’hui un nouveau visage à l’action humanitaire. Proposées dans le cadre du Salon du livre humanitaire, Humani’BOOK, que la Fondation Casques Rouges organise annuellement, ces rencontres s’annoncent riches en débats et en réflexion.

L’After Work humanitaire « La captivité : le prix à payer de l’engagement humanitaire ? » aura lieu le vendredi 9 mars 2012, à partir de 19 heures, au cinéma Nouveau Latina (20, rue du Temple, Paris 4e), autour de :
– Nicole Guedj, ancien Secrétaire d’Etat aux droits des victimes et Président de la Fondation Casques Rouges,

– Isabelle Lambret, otage de 2008 à 2009 en Somalie,

– Pierre Salignon, Directeur, Médecins du Monde,

– Patrick Verbruggen, Directeur de Triangle Génération Humanitaire,

– Cyril Cosar, psychologue, Action Contre la Faim,

– Philomé Robert, journaliste haïtien à France 24 assurera la modération des échanges. Pierre Micheletti, Professeur associé à l’IEP de Grenoble, introduira les débats.

Pour confirmer votre participation à l’Afterwork humanitaire du 9 mars .

 

[1] Bailey S. ; Pavanello S. ; Elhawary S. ; O’Callaghan S. 2009. Early recovery : an overview of policy debates and operational challenges. Humanitarian Policy Group, Overseas Development Institute, Londres.
[2] Communiqué de presse de la Commission européenne « La Commission européenne se félicite de la résolution des Nations unies sur la sécurité des travailleurs humanitaires », 15 décembre 2011. Disponible sur : http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/11/1550&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en
[3] Humanitarian Outcomes, Aid Worker Security Report 2011. Disponible sur : https://aidworkersecurity.org/sites/default/files/AidWorkerSecurityReport2011.pdf
[4] « L’humanitaire en danger », Géopolitis, émission du 27 novembre 2011. Disponible en podcast sur : http://tsr.blogs.com/br/2011/11/lhumanitaire-en-danger.html?wysistatpr=ads_rss_texte_blogs
[5] KRÄHENBÜHL Pierre, « La militarisation de l’aide humanitaire et ses dangers », 22 février 2011, par directeur des opérations au CICR.
http://www.icrc.org/fre/resources/documents/article/editorial/humanitarians-danger-article-2011-02-01.htm
[6] GUARASCI Bridget, « L’humanitaire et le GPS », Slate.fr, 8 novembre 2011. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/45181/humanitaire-gps-technologie