Collecte de fonds: une augmentation des dons nettement ralentie

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Recherches et Solidarités vient de sortir les résultats de son enquête “A l’écoute des Donateurs” : les dons ont augmenté moins vite en 2012 et les tendances pour 2013 semblent fragiles…

En 2011, 16% des donateurs déclaraient qu’ils donneraient plus dans l’année. Ils étaient seulement 11% en 2012. Ce pronostic à la baisse s’est révélé exact : la progression des montants de dons déclarés par les Français avec leurs revenus, en 2012, est deux fois moins importante qu’en 2011 (4% contre 8%) ; l’évolution de la collecte(1) s’en ressent également, elle passe de 5% en 2011 à 1% environ, en 2012 (un peu moins que l’inflation).

Un pronostic pour 2013 en demi-teinte

La proportion des donateurs qui ne vont rien changer au montant de leurs dons, cette année, faiblit à 52% en 2013 (60% en 2012), au bénéfice de la proportion des donateurs qui donneront moins (22% en 2013 contre 18% en 2012). Pour autant, la part de ceux qui pensent donner un peu plus reste stable, et beaucoup hésitent encore.

Des donateurs plus hésitants ou contraints de donner moins

Les donateurs de plus de 70 ans, considérés par les associations comme particulièrement généreux, sont moins nombreux à avoir donné un peu plus, depuis le début 2013, et également moins nombreux à envisager de le faire en fin d’année. D’ailleurs, leur part au sein des contribuables déclarant des dons tend à se réduire en 2012.

C’est aussi le cas des contribuables des tranches intermédiaires (23.000 à 39.000 euros de revenus). Ceux-là mêmes qui s’estiment dans une situation financière convenable et qui, dans l’enquête 2013, envisagent moins souvent qu’en 2012 de donner plus, et envisagent plus fréquemment de reporter leur décision à la fin de l’année.

Même constat de la part de ceux qui disent disposer de moyens très convenables : ils sont 10% (contre 4% en 2012) à prévoir de donner un peu moins en 2013, et 5% (1% en 2012) à ne pas être encore en mesure de dire ce qu’ils feront. On retrouve bien là l’effet psychologique déjà observé en 2008, de la part de ces donateurs dont la situation demeure acceptable, malgré la crise. Effet psychologique lié à la crainte du lendemain, peut-être aujourd’hui doublé d’un effet « ras le bol fiscal ». Certains donateurs pourraient-ils aussi confondre l’impôt avec leur libre participation citoyenne aux actions que mènent les associations dans un objectif d’intérêt général ? Ne devraient-ils pas plutôt penser que le don déclaré fiscalement peut leur permettre d’affecter librement une partie de leur impôt au bénéfice d’une action qui leur tient à coeur ?

A contrario, des donateurs plus généreux

Touchés par les situations difficiles et les évènements dont ils sont témoins, certains ont donné plus depuis le début 2013 et sont prêts à faire de nouveaux efforts en fin d’année. On les trouve surtout parmi les donateurs aux fortes contributions (plus de 500 euros) et parmi ceux, assez souvent les mêmes, qui considèrent qu’ils disposent de moyens financiers très convenables.

Cet élan de générosité se traduit dans les déclarations fiscales des contribuables des plus hautes tranches (plus de 39.000 euros annuels) : ils représentent, en 2012, 46% des donateurs (contre 41% en 2008) et 64% des montants déclarés, (contre 61% en 2008).

Deux notes d’espoir

La jeunesse, avec une progression des moins de 40 ans parmi les contribuables qui déclarent des dons.
Ils constituaient 13% des donateurs en 2008, ils sont 14,5% en 2012, notamment sous l’effet du don en ligne. Ils représentent 13% des montants déclarés, contre 11% en 2008, et se distinguent tout particulièrement parmi les 10% de donateurs décidés à donner un peu plus cette année.

L’usage de plus en plus répandu du numérique à tous les âges pour se renseigner sur les associations auxquelles donner, pour dialoguer avec elles, pour suivre leurs actions ou encore leurs dépenses … ou tout simplement pour donner. Le micro don et le don participatif (crowdfunding) ont fait leur percée en France il y a quelques mois, et ont maintenant toute leur place sur la toile et bientôt dans tous les esprits.

Les derniers mois de l’année seront décisifs !

Au moment de l’enquête, en septembre, près d’un donateur sur dix ne savait pas encore ce qu’il donnerait et s’il donnerait. Il reste quelques semaines aux Français pour faire mentir les chiffres et pour qu’ils prennent conscience de l’importance des actions portées par les associations et du soutien dont elles ont besoin. Plusieurs d’entre elles ont eu la triste occasion de le rappeler ces derniers jours lorsqu’elles ont appelé à venir en aide aux sinistrés du typhon Haiyan qui a frappé les Philippines.

Le typhon Haiyan

Après le tsunami (26 décembre 2004) et le tremblement de terre d’Haïti (12 janvier 2010), le 7 novembre 2013 restera tristement dans les mémoires. Le typhon Haiyan a ravagé les Philippines, faisant des milliers de morts et des dizaines de milliers de personnes sans abri, ayant tout perdu. Les associations présentes dans la région, ainsi que celles qui sont spécialisées dans les interventions d’urgence se sont mobilisées, faisant appel aux dons.

Au moment de la publication de cette étude, il est un peu tôt pour faire un premier bilan : nous nous limiterons à rappeler que ce type de catastrophe mobilise les donateurs « réguliers », sans que cela se ressente généralement sur les montants qu’ils donnent habituellement aux associations de leur choix. L’enquête réalisée entre le 13 et le 15 novembre par l’IFOP, pour le compte de l’agence Limite le confirme : 10% des donateurs réguliers ont déjà donné pour les Philippines, et 34% envisagent de le faire. Les donateurs « intermittents », qui ne donnent que de temps en temps se sont nettement plus mobilisés : 31% ont déjà donné et 54% envisagent de le faire. Même si cela ne transparaît pas encore dans cette enquête, il peut aussi déclencher un premier don (un Français sur dix avait donné pour la première fois lors du Tsunami) chez celles et ceux qui sont frappés par les images qu’ils reçoivent.

(1) L’évolution de la collecte est inférieure à celle des dons déclarés, cette dernière dépendant aussi des dispositions fiscales et de la propension des Français à déclarer ou non leurs dons.

Grotius International

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La rédaction de Grotius International.