Drame humanitaire en Europe : Lampédusa, “l’île bagne”…

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Par Giovanna Gatteschi…La petite île sicilienne de Lampédusa, « forte » de ses 21 kilomètres carrés, proche des côtes tunisiennes, fait la Une de l’actualité en Italie depuis plusieurs mois. En 2008, 37.000 immigrés irréguliers et demandeurs d’asile sont arrivés en Italie par la mer, dont 31.000 à Lampedusa…

Le drame se joue tous les jours, ou presque… 27 mars, les gardes-côtes annoncent avoir intercepté une embarcation chargée de 244 immigrés clandestins au large de la Sicile. 29 mars, 222 immigrés dont 43 femmes et 3 enfants sont interceptés… 30 mars, deux bateaux transportant des immigrés coulent. Le premier transportait 253 personnes, le second 350. Dans un premier bilan (source policière) 23 personnes ont pu être sauvées…

31 mars, 21 morts et 200 disparus au large de la Libye… Les recherches se poursuivaient mercredi 1er avril.  Par pudeur et en mémoire de ces victimes, nous nous abstiendrons de tout commentaire dans le texte ci-dessous, qui se présente comme une interrogation sur le travail des journalistes italiens.

Le débat politique italien, régulièrement, se focalise sur Lampédusa. C’est alors que la presse évoque le drame humain qui se joue sur l’île. Mais avec quels mots ? Pour quels desseins ?

Tous les grands journaux italiens appartiennent à « des chapelles politiques » et des groupes industriels. Globalement, et sans caricaturer, cette presse semble plus s’intéresser aux joutes politiciennes qui ont pour prétexte la situation sur Lampédusa qu’à ce qui se passe réellement sur l’île.

Parmi les migrants de lampédusa on trouve une grande majorité de demandeurs d’asile, venant notamment de la Corne de l’Afrique, du Niger et du Ghana. 30 % d’entre eux sont originaires du Maghreb.

Les migrants sont interceptés en mer et transférés sur l’île, où ils restent quelques jours dans un centre avant d’être orientés – suivant leur statut juridique – vers différentes structures de la péninsule. Mais aujourd’hui, pour faire face à un afflux massif en 2008 et au cours des premiers mois de 2009, le ministère italien de l’Intérieur a décidé de maintenir les migrants sur l’île…

Dans un centre conçu pour accueillir normalement 350 personnes et aménagé par la suite pour en héberger 800, et ce seulement en cas d’urgence, se côtoient plus de 2.000 personnes placées dans des conditions inhumaines. « La situation est explosive » déclarent les agences humanitaires. Le 23 janvier dernier, la population de Lampédusa a manifesté son ras-le-bol. Une grève générale a été décrétée. Les habitants ne veulent pas que l’île devienne une prison à ciel ouvert…

A cette même date, le ministre de l’Intérieur, M. Maroni, de la Ligue du Nord, a annoncé la décision de l’Etat italien de transformer le centre de transit en centre d’identification et expulsion. Mi-février, en réaction à cette mesure, le centre a été incendié par les migrants placés en rétention. Le ministère de l’Intérieur a pris dans la foulée un décret législatif prévoyant jusqu’à six mois de détention pour les migrants récalcitrants placés dans ces centres appelés dorénavant, d’identification et expulsion. A cette annonce, les étrangers se sont révoltés et les habitants de Lampédusa ont manifesté dans les rues de la petite île pour les soutenir. En huit jours, début mars, plus de 1 000 clandestins sont arrivés à bord d’embarcations de fortune dans l’archipel des Pélages, où se situe la petite île de Lampedusa…

Vif débat politique par presse interposée…

La presse comme simple écho du débat politique quant il s’agit de Lampédusa… Le 25 janvier, Il Giornale de Milan, qui appartient à la famille Berlusconi, écrit : « Lampedusa, otage des clandestins ». L’éditorial est très virulent. La manifestation de la population est qualifiée de « comédie ». «Ces idiots sont toujours prêts à verser une petite larme pour les pauvres étrangers ». Haro sur les Ong qui, je cite, « ont fait de l’assistanat leur fond de commerce »…

Et puis les étrangers « volent et violent ». Le Corriere della Sera, le principal journal italien, de centre-droit, évoque le 23 janvier « les milliers de manifestants dans la rue : affrontements avec la police… la tension entre le préfet et le maire est forte. On retrouve, note le Corriere della Ser, quelques migrants au milieu de la foule ». Le 24 janvier Sylvio Berlusconi affirme : « Ce n’est pas un camp de concentration, ils [les étrangers] sont libres de boire une bière ». Un mois plus tard, le 24 février, Le Libero, proche de Sylvio Berlusconi, constate que 200 nouvelles embarcations sont arrivées à Lampédusa… « Les centres sont débordés et les clandestins libres » écrit le journal.

La décision du gouvernement italien d’expulser les migrants est saluée : « Le gouvernement mise sur les centres d’identification et expulsions pour freiner les étrangers ». Le journal de centre-droit La Stampa, qui appartient à la famille Agnelli de Turin, décrit le 25 janvier une situation humanitaire alarmante dans un article intitulé : « Immigration, urgence Lampedusa… Chasse à l’homme »… Le quotidien raconte la fuite des migrants du centre de rétention, pour aller nulle part sur cette île de 21 kilomètres carrés… Des scènes jugées indignes d’un pays démocratique. « Depuis hier les clandestins en attente de rapatriement ne partent plus pour le continent. C’est la révolte sur l’île bagne » écrit La Stampa.

La Republica, de centre-gauche, évoque de son côté, le 23 janvier, le sort de cette jeune femme nigérienne débarquée « congelée » sur l’île, et qui meurt à l’hôpital de Palerme. Il Manifesto, journal de la gauche engagée, titre le 27 janvier : « L’Alcatraz de Lampedusa ». Dans son édition du 23 février, La Republica parle du « dépotoire de l’Europe ». Les élus de Lampédusa affirment dans les colonnes du quotidien : « C’est comme à Guantanamo ». Le 2 mars, dans L’Unità – l’ancien journal du Parti Communiste Italien, rattaché au Parti Démocrate, le député M. Touadi, parle de « La colline de la honte »… Nous ne sommes pas aux portes de l’Europe, nous sommes en Europe…

 

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