Ebola : la Relation d’Aide à Distance, pour répondre à l’anxiété de la population

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lutte-contre-ebolaLa lutte contre le virus Ebola se développe actuellement dans des conditions et des contextes de plus en plus difficiles. L’une des urgences est de casser la chaîne de contagion en relayant une information et une prévention comprise et admise par les populations. L’utilisation du téléphone portable représente un outil tout à fait adapté dans un contexte de haute contagiosité. En effet, il permet de disséminer l’information et la prévention.

Dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, des dispositifs de RAD (Relation d’Aide à distance) téléphone et Internet ont été mis en place à travers le Consortium International des dispositifs de Relation d’Aide à Distance (CIRAD).

Ces dispositifs permettent de déconstruire les idées fausses et les peurs réelles ou fantasmées des populations où qu’elles se situent. Les dispositifs de RAD sont un élément essentiel et complémentaire des systèmes de santé permettant d’assurer la structuration la plus efficiente et adaptée possible aux enjeux que représente Ebola.

L’exemple d’Info SIDA au Burkina Faso

Parmi les pays membres du CIRAD, le Burkina Faso est l’un des pays à proposer via le dispositif RAD une réponse à la maladie à virus Ebola. En effet, depuis le début du mois d’août 2014, en réponse au souhait du Ministère de la Santé burkinabé de mettre en place un numéro vert pour répondre aux préoccupations de la population sur l’épidémie Ebola, notre partenaire AFAFSI (Association des Femmes Africaines Face au SIDA) à travers la ligne verte « Info SIDA » a proposé et obtenu que sa ligne soit utilisée comme la ligne officielle d’information et d’orientation sur Ebola.

Pour ce faire, les écoutants d’Info SIDA ont reçu au préalable des formations de la part du ministère pour garantir la qualité de leur réponse. AFAFSI a été invitée à rejoindre le Comité National de Gestion de l’Epidémie (CNGE) comme membre. A ce titre, elle participe aux réunions hebdomadaires du dit comité. Des spots radio et télévisuels et des affiches associant le numéro de la ligne aux différents messages de sensibilisation ont été élaborés et largement diffusés.

La variable « Ebola » a été intégrée dans la fiche d’appel pour permettre de restituer l’ensemble des sollicitations sur Ebola (nombre d’appels, type d’appel, profil des appelants…). Les premières tendances sur les appels reçus par Info SIDA confortent la pertinence et l’intérêt d’un tel outil pour informer, soutenir et, le cas échéant, orienter les populations.

90 % des sollicitations concernent Ebola

Info SIDA est accessible à tous sur l’ensemble du territoire burkinabé et fonctionne 24 heures sur 24. En deux mois d’activité (du 19 août au 19 octobre 2014), il y a eu 3168 appels concernant Ebola, équivalent à 90 % de la sollicitation du dispositif. Les principaux modes de connaissance du numéro sont la télévision (58,7 %), la radio (15,7 %) et l’entourage (15,1 %).

Profil des appelants

Le public est surtout masculin avec quatre appels sur cinq émis par un homme. L’âge moyen est proche de 23,5 ans [min : 9 – max : 85]. Les moins de 15 ans représentent 6 % des appels. Un tiers a entre 15 et 19 ans, près de trois sur dix ont entre 20 et 24 ans et près d’un tiers a plus de 25 ans.

Thèmes des appels

La plupart des appels abordent plusieurs thèmes. Près de la moitié des appels interrogent des généralités sur la pathologie : D’où vient le virus Ebola ? Y a-t-il un cas confirmé au Burkina ? Quels sont les symptômes d’Ebola ? Quels sont les pays touchés ? Est-ce qu’il existe un remède ou un vaccin ?

« … le virus Ebola a été inventé par les Américains pour réduire le nombre des Africains qu’ils jugent trop élevé. » Homme, 19 ans. « Peut-on guérir du virus Ebola ? » Homme, 27 ans. « Y a-t-il un cas au Burkina ? Y a-t-il des remèdes contre cette maladie à virus Ebola ? Comment faire pour savoir si tu es atteint du virus Ebola ? » Homme, 19 ans. « … renforcez le dispositif de surveillance à la frontière de la Côte d’Ivoire, car à la frontière Côte d’Ivoire-Libéria il y a beaucoup de Burkinabés et vu la situation, bon nombre va vouloir rentrer ce qui n’est pas sans risque. » Homme, 39 ans. Extraits d’appels sur les généralités de la pathologie.

Dans un tiers des entretiens, les appelants questionnent les modes de transmission du virus : Comment se transmet le virus ? Est-ce que la viande sauvage peut transmettre le virus ? Et l’eau ?

« L’eau des rivières est-elle contaminée par Ebola ? » Femme, 14 ans. « Nous avons tué des gros rats voleurs dans notre cuisine alors nous nous demandons si nous pouvons les consommer. » Femme, 19 ans. « Le virus se trouve dans le lait de vache, oui ou non ? Nous avons appris par l’intermédiaire d’un ami qu’on dit à la radio que le lait de vache n’est pas buvable. » Homme, 20 ans. « Est-ce que les moustiques peuvent transmettre le virus Ebola ? » Homme, 30 ans. « Je suis un chasseur et je confirme qu’il y a des oiseaux qui quittent des pays étrangers jusqu’au Burkina donc je suis convaincu que ces oiseaux peuvent être infectés et infecter à leur tour nos oiseaux. » Homme, 60 ans. Extraits d’appels sur les modes de transmission du virus.

Un tiers des appelants évoquent également les moyens de prévention : Comment se protéger d’Ebola ? Quels sont les animaux à ne pas manger ? Comment désinfecter ? Quel est le matériel de protection ?

« Y a-t-il un savon spécial pour le lavage des mains pour lutter contre Ebola ? » Femme, 15 ans. « Je suis la directrice d’une école et ma rentrée est prévue pour la semaine prochaine. Que dois-je faire pour les enfants en ce qui concerne Ebola surtout pour la prévention ? » Femme. « Quels sont les animaux sauvages à ne pas manger ? » Homme, 15 ans. « Est-ce qu’on peut se saluer dans les marchés puisque le virus Ebola est très contagieux ? » Homme, 22 ans. « J’ai appris que, pour éviter la maladie Ebola, il faut se badigeonner le corps avec du sel au coucher. C’est vrai ou pas ? » Homme, 23 ans. Extraits d’appels sur les moyens de prévention.

D’autres thématiques en plus des trois principales précédemment évoquées sont abordées. Elles concernent la prise en charge des personnes infectées, les voyages dans les pays voisins (notamment les pays où l’épidémie est déclarée comme la Guinée Conakry), ou encore elles expriment des dénonciations de cas suspects ou de pratiques qui semblent à risque. Beaucoup d’appels témoignent d’un sentiment élevé de peur dans la population générale qui se traduit par de l’agressivité à l’encontre des écoutants. Ces situations positionnent souvent le personnel de la ligne comme le premier niveau de contact avec le terrain.

« Existe-t-il un centre de prise en charge des personnes infectées du virus Ebola ? » Homme, 25 ans. « Il y a des gens qui continuent à faire la chasse, que faire pour les arrêter ? » Homme, 21 ans. « Une de mes voisines est décédée et sa famille a évacué le corps nuitamment. La défunte revenait du village, ses selles et vomissements étaient accompagnés de sang. » Femme, 35 ans. « Est-ce que je peux avoir confiance à mes frères orpailleurs actuellement en Guinée mais qui comptent venir pour la fête de Tabaski ? J’ai peur d’être infecté par le virus Ebola. » Homme, 21 ans. « J’ai un voisin qui vient d’arriver de la Guinée et qui dit n’avoir pas été contrôlé à la frontière. Je veux savoir ce que je dois faire. » Homme, 25 ans. « Je m’inquiète parce que je viens d’apprendre sur RFI qu’une activité de football doit avoir lieu au Burkina Faso et que les Guinéennes doivent participer. Pourquoi le gouvernement n’a pas pris une décision pour interdire cette activité ? » Femme. « Je suis un agent de santé de la région de (…), nous n’avons pas de matériel de protection et nous avons peur de la maladie surtout que nous avons appris que, pour avoir le matériel de protection, il faudra débourser chacun 75 000 F. » Homme, 35 ans. « Je vous appelle pour signaler quelqu’un qui semble malade et qui dit qu’il est rentré de la Guinée Conakry depuis maintenant une semaine. Tout le monde a peur parce que le malade veut rentrer dans le marché. J’ai appelé la police parce que la population menace de le lyncher, mais pourquoi vous n’êtes pas encore venu le chercher ? » Homme (cette situation a fait l’objet d’une coordination entre le numéro vert, la police et le Ministère de la Santé). Extraits d’appels sur d’autres thèmes.

L’analyse des appels montre qu’Info SIDA a été utilisé par des publics très diversifiés (personnel soignant, administrations nationales et internationales, commerçants, cultivateurs, élèves, enseignants, etc.) mais que leurs préoccupations sont les mêmes : se protéger et empêcher la propagation d’Ebola.

Les témoignages recueillis sur le numéro vert montrent la nécessité de poursuivre les efforts, d’une part, pour sensibiliser les populations au virus Ebola, d’autre part, pour coordonner l’ensemble des acteurs qui interviennent sur le terrain afin de gérer de façon efficace les situations rapportées par la population.

 

Landry ZAONGHO, coordinateur de la ligne Info SIDA – AFAFSI/BF
Elisabete de CARVALHO, responsable SIS-Observatoire
Alim EL GADDARI et Pedro GARCIA, chargés de mission SIS-International

Les quatre auteurs travaillent sur un programme commun dans le cadre du Consortium International de dispositifs de Relation d’Aide à Distance (CIRAD), regroupant neuf dispositifs nationaux de RAD en Afrique de l’Ouest et du Centre.

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