États Généraux de l’Humanitaire:brasser les idées pour améliorer les pratiques

0

Joseph Dato, directeur d'HumacoopLes États Généraux de l’Action Humanitaire auront lieu à Annemasse les 27 et 28 novembre prochains à l’initiative d’Humacoop, réseau régional de formation et de sensibilisation à l’action humanitaire.
Joseph Dato qui dirige cet organisme nous en dit plus sur ce qui sera un « moment privilégié d’échange entre les acteurs de l’humanitaire du Nord et ceux du Sud afin de capitaliser les expériences… »

Geneviève Sababadichetty : Cela fait une vingtaine d’années maintenant qu’Humacoop, par son projet associatif, cherche notamment à faire le lien entre les différents acteurs de l’humanitaire. Qui sera représenté à ces États généraux ?

Joseph Dato : Le fil conducteur de ces rencontres est de questionner, via nos invités du « Sud », les pratiques et les impacts des projets de développement ou humanitaires, mais aussi les modalités d’intervention de ces acteurs.

Les Conventions de Genève ne sont pas respectées, l’accès aux populations dans certaines zones est devenu impossible aux travailleurs expatriés ainsi qu’aux journalistes. Néanmoins, une multitude d’acteurs nationaux mènent des actions de solidarité pendant ces conflits (Somalie, Yémen, Sahel, etc.). Quelques-uns de ces acteurs prendront la parole pour exprimer leur point de vue et proposer des réponses aux futurs enjeux et défis de l’humanitaire.

Seront donc présentes des ONG occidentales mondialisées comme Action Contre la Faim, Médecins Du Monde, Médecins Sans Frontières, le Groupe URD, Secours Islamique France, Handicap International… et des acteurs de Côte d’Ivoire avec l’ONG Mesad, du Yémen avec l’organisation Counterpart International, d’Égypte avec un représentant de People’s Health Movement, réseau mondial de soignants sont le siège est au Caire, mais également des invités du Liban grâce à Amel, ONG médicale et médicosociale libanaise, de Tunisie avec le Bureau Association Conseil, et enfin des représentants d’Haïti, du Mali et du Sénégal.
Les États généraux réuniront des acteurs vraiment diversifiés afin de croiser des regards.

GS : L’humanitaire est en crise et les rencontres inter-ONG se multiplient en France afin de porter la réflexion des uns et des autres. Quels sont les résultats concrets ?

JD : Ces résultats sont difficiles à mesurer, en tout cas pour l’instant. De plus, nous manquons d’indicateurs pour les mesurer. Ce qui est prégnant cependant, c’est la conscience d’un certain malaise face aux limites de l’impact de l’action humanitaire dans certains contextes de crises multipliées et amplifiées (Moyen-Orient, corne de l’Afrique, grand Sahel, etc.), en plus des catastrophes naturelles.

« L’âge d’or » de l’action humanitaire est selon nous un mythe, mais l’accélération, la multiplication et l’intensité des violences, les tensions financières qui affectent nombre d’associations et d’institutions sont une réalité même si des fonds se débloquent, fort heureusement, pour lutter par exemple contre l’épidémie de fièvre Ebola ou la crise en Syrie récemment. Conscience aussi des dangers d’instrumentalisation politique dès lors que des États sont bailleurs de fonds des secours dans un conflit et partie prenante à ce même conflit (comme c’est le cas en Syrie). En clair, les ONG deviennent une composante de la diplomatie, l’aide devenant de fait un instrument de cette diplomatie. Un consensus sur ces points et ces risques est évident parmi les ONG.

Tous ces questionnements, qui sont maintes fois posés lors de rencontres inter-ONG, font avancer la réflexion qui, elle, pourra alimenter l’action et l’émergence de nouvelles modalités d’intervention.

GS : Quels thèmes seront abordés et avec qui ?

JD : Les thèmes qui seront abordés aux États généraux sont des thématiques larges qui sous-tendent des enjeux spécifiques. Le colloque s’ouvrira sur une table ronde sur la santé, qui adressera les enjeux d’alerte et de mobilisation, notamment les modalités de réponse des ONG et des pouvoirs publics à l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola.

Face à l’essor des nouvelles technologies de communication, il nous semblait également pertinent d’aborder la problématique de la communication mise en place par les ONG. Ainsi, on abordera la question de l’impact des réseaux sociaux sur les stratégies de communication des ONG, de la place des ONG du « Sud » dans l’espace de communication « humanitaire », mais aussi celle de la place des bénéficiaires dans ces stratégies, etc.

La discussion sur les ONG en zone de conflits sera divisée en deux tables rondes, une première sur l’évolution du cadre juridique et l’émergence ou non de nouvelles normes, et une deuxième sur l’adaptation des ONG à ces nouveaux contextes d’intervention.

Enfin, il est indispensable de prendre le temps d’étudier quelles pourront être les perspectives de l’action humanitaire à moyen et long terme, en partant du principe que c’est en s’alimentant des réflexions et des points de vue d’acteurs du « Sud » issus des sociétés civiles affectées par les crises et les conflits que de nouvelles modalités d’intervention et de collaboration pourront voir le jour.

GS : On parle beaucoup d’innovation, qui sera d’ailleurs l’un des quatre thèmes principaux du sommet mondial humanitaire de 2016, comme réponse aux besoins des bénéficiaires. Quelle est votre position sur le sujet ?

JD : L’innovation est un vaste thème. Le terme invoque-t-il des innovations technologiques, pratiques, c’est-à-dire d’autres méthodologies d’approche opérationnelles ? On peut également parler d’innovation dans les modalités de partenariat et dans les stratégies de plaidoyer.

S’agit-il aussi d’innover dans le sens d’appréhender différemment certains terrains qui de fait constituent une vraie réduction de « l’espace humanitaire » (Grand Sahel, corne de l’Afrique, Moyen-Orient, etc.) ? Il existe également des innovations médicales. Epicentre, la filiale pour la recherche médicale de Médecins Sans Frontières, travaille par exemple à la production de nouveaux médicaments ou de nouveaux moyens de diagnostic (VIH, tuberculose, etc.) plus rapides et plus proches des populations prises en charge. La Fondation Mérieux de son côté travaille à l’implantation de laboratoire de recherche aux niveaux locaux.

Il est à mes yeux également nécessaire qu’il y ait plus d’analyses ayant une approche science sociale, plus d’anthropologie réflexive. Innovation n’est pas forcément nouveau, mais on peut parler de rénovation, par exemple dans le devoir de « lanceur d’alerte » des ONG qui est passé à la trappe ces dernières années, face aux exigences toujours plus strictes des bailleurs de fonds.

Si innovation signifie nouvelles technologies, alors l’innovation a également ses limites naturelles : qui dit nouvelles technologies dit moyens techniques, or les moyens techniques n’existent pas partout et en cas de catastrophes naturelles ils risquent d’être endommagés, voire inexistants (accès internet, etc.).

Voir le programme provisoire des Etats Généraux