Facebook et Twitter au secours de l’humanitaire?

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Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter peuvent-ils être utiles aux actions humanitaires d’urgence? Une expérience encourageante a été tentée en Côte d’Ivoire au plus fort de la crise post électorale, alors que la bataille d’Abidjan faisait rage entre les partisans d’Alassane Ouattara et ceux de Laurent Gbagbo. La capitale économique ivoirienne était livrée aux hommes en guerre. Dans la plupart des quartiers il n’y avait plus ni eau courante ni électricité. Les hôpitaux ne fonctionnaient plus. Retour sur cette “expérience”…

C’était au début du mois d’avril 2011. L’offensive des FRCI, les forces armées pro-Ouattara, et les bombardements des forces onusiennes et françaises sur Abidjan venaient de débuter. Les combats contre les forces pro-Gbagbo faisaient rage. Le chaos régnait dans la capitale ivoirienne. Des morts, des blessés et des milliers de personnes vivant des situations toutes aussi catastrophiques les unes que les autres. Un habitant blessé que ses proches ne peuvent emmener à l’hôpital de peur de prendre une balle perdue.

Des centaines de personnes réfugiées dans une église ou dans les locaux d’une ambassade, privées de nourriture depuis des jours. Une femme enceinte sur le point d’accoucher ne sachant pas à qui s’adresser, un homme gravement malade privé des médicaments indispensables à sa survie. Comment faire passer ces informations qui, si elles sont transmises à temps et si les humanitaires peuvent intervenir, peuvent sauver des vies?

Un groupe d’internautes ivoiriens a eu une idée qui a fait son chemin : créer une chaîne de solidarité sur les réseaux sociaux Facebook et Twittter, à travers l’initiative CIVSOCIAL. Le procédé est simple: toute personne ayant connaissance d’une situation d’urgence « poste » l’information sur l’un ou les deux réseaux sociaux que toutes les autres personnes qui y ont accès peuvent lire.

Au fil des jours, des dizaines d’informations de ce type ont été échangées sur ces deux réseaux. Toutes n’ont pas trouvé de réponse immédiate. Mais dans plusieurs cas, CIVSOCIAL a sans doute contribué à sauver des vies. Ici, ce sont des dizaines de personnes terrées dans un lieu de culte, sans alimentation et sans eau, dont la situation dramatique a pu être portée à la connaissance d’organismes comme la Croix rouge. Là, c’est une jeune femme qu’une autre personne a pu aider à accoucher grâce aux conseils téléphoniques d’un médecin alerté grâce à CIVSOCIAL.

Rapidement, le lien s’est fait aussi avec des personnes vivant hors de Côte d’Ivoire. Les unes cherchaient à s’enquérir de la situation humanitaire sur place, quitte à proposer d’envoyer de l’aide, les autres fournissaient des informations très précises grâces aux contacts téléphoniques avec des personnes en difficultés vivant en Côte d’Ivoire.

C’est donc une véritable chaîne de solidarité qui s’est créée. Mais, aussi simple que le système puisse paraître, il demande une attention constante des modérateurs et des initiateurs de ce projet. Dans une période où les opinions sont particulièrement polarisées en Côte d’Ivoire, éviter les dérapages nécessite une attention de tous les instants. Il a fallu plusieurs fois faire des rappels à l’ordre pour éviter des polémiques n’ayant pas lieu d’être sur un réseau à but humanitaire. L’autre danger qui guette le réseau, ce sont les appels à l’aide bidons et autres demandes d’assistance financière, masquant des arnaques. D’où la vigilance de l’équipe de bénévoles qui a demandé, à plusieurs reprises, aux utilisateurs des réseaux d’éviter de donner des numéros de téléphones personnels, tout en lançant des appels à la prudence.

Reste un écueil de taille: utiliser ce type de méthode suppose d’avoir accès à l’Internet sur un ordinateur ou un téléphone portable ce qui n’est le cas que d’une minorité de la population dans les zones de conflits et notamment à Abidjan.

Cela dit, l’utilisation simplifiée de Twitter, via les SMS, peut faciliter l’accès au service. Et CIVSOCIAL, sans remplacer bien sûr, les structures traditionnelles d’assistance humanitaire, aura apporté sa pierre à l’édifice. «Poster» une information sur Facebook et Twitter, en sachant que des centaines de membres peuvent lire simultanément une information où qu’ils se trouvent dans le monde, est un moyen efficace pour alerter instantanément de nombreuses personnes, hors des circuits traditionnels.

Sans doute, ce type de démarche devrait être davantage professionnalisé. Mais elle aura prouvé que les réseaux sociaux peuvent être bien plus qu’un outil de loisir, puisqu’ils sont avant tout un instrument d’échange d’informations qu’il suffit d’utiliser à bon escient.

 

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